Claudette Piché se bat contre la maladie de Lyme

Claudette Piché doit maintenant prendre un cocktail de... (Photo: François Gervais)

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Claudette Piché doit maintenant prendre un cocktail de médicaments chaque jour.

Photo: François Gervais

Le Nouvelliste

(Saint-Séverin-de-Proulxville) Claudette Piché est paysagiste et n'a pas peur des gros travaux physiquement exigeants. D'apparence en pleine santé, au premier coup d'oeil, cette entrepreneure de Saint-Séverin-de-Prouxville se bat pourtant pour sa survie depuis le jour fatidique où elle a senti une piqûre sur son bras droit, à la fin de septembre 2008.

«Je n'a pas vu l'insecte, je n'ai pas vu de marque, mais encore aujourd'hui, je sens l'endroit où je me suis fait piquer», raconte-t-elle.

Depuis ce jour, sa santé a chaviré. Son bras a d'abord presque doublé de volume. Puis, malgré des traitements aux antibiotiques, d'autres symptômes sont apparus: enflure des glandes, maux de gorge, souffle court, douleurs aux articulations, engourdissements, perte d'équilibre, pertes de mémoire, difficultés à trouver ses mots et tremblements, pour n'en citer que quelques-uns.

Claudette Piché est une victime de la maladie de Lyme, une infection provoquée par la bactérie borrelia burgdorferi.

Cette maladie est transmise, dans l'Est du continent Nord américain, par la tique à chevreuil, ou Ixodes scapularis de son nom latin. Cet insecte, qui voyage des États-Unis jusque dans nos régions grâce aux oiseaux migrateurs, est parfois aussi porteur d'autres agents infectieux souvent tout aussi dévastateurs pour la santé humaine que la maladie de Lyme: babésia, bartonella et ehrlichia pour n'en citer que quelques-uns.

«J'ai dû voir 7 ou 10 médecins», raconte Mme Piché. «Aucun ne m'a dit que j'avais la maladie de Lyme.» Les traitements qu'elle reçoit au Québec ne lui apportent d'ailleurs aucun soulagement.

Au fil de son épreuve et des recherches qu'elle entreprend sur le web pour tenter d'y voir plus clair, Mme Piché entre en contact avec la fondation canadienne pour la maladie de Lyme, CanLyme. Elle se fait alors référer à l'International Lyme and Associated Diseases Society (ILADS) qui préconise une antibiothérapie d'au moins quatre à six semaines.

De fil en aiguille, Mme Piché est référée à un médecin américain spécialisé dans le traitement de ce type d'infection, la Dre Maureen McShane, qui la reçoit dans son cabinet de Plattsburg, dans l'État de New York.

La Dre McShane lui prescrit deux médicaments, dont un contre des symptômes semblables à la malaria que lui inflige le babésia. Le cocktail de pilules qu'elle doit ingurgiter quotidiennement pour tenter de vaincre l'infection est impressionnant, mais contient aussi certains remèdes naturels pour soutenir son système immunitaire ou nettoyer son foie. «Je prend 40 pilules par jour, moi qui suis anti-pilules», raconte Mme Piché.

«Je suis rendue à près de 8000 $ de dépenses en médicaments et traitements et je n'ai aucune idée si je vais être capable de me faire rembourser ça», dit-elle.

Quant à guérir, cela demeure pour elle un simple espoir pour le moment. «J'ai fait mon deuil de ma qualité de vie», confie Claudette Piché.

 

Plus de tiques �  cause de changements climatiques?

Seulement 10 % des tiques à chevreuil (Ixodes scapularis) sont porteuses de la borrelia burgdorferi, la bactérie responsable de la maladie de Lyme.

Selon les études entomologiques passives et actives réalisées sur la question au Québec, ce taux est resté le même depuis des années. Toutefois, le nombre de tiques, lui, a augmenté de façon significative ce qui rend la population plus à risque qu'avant.

«Le défi de la tique, c'est de survivre et ce n'est pas nécessairement facile dans un climat comme le nôtre. Une des hypothèses, c'est qu'avec les changements climatiques, ça va être plus facile pour la tique de survivre», raconte le Dr François Milord, directeur de la Santé publique en Montérégie et spécialiste de la question.

«Avec les oiseaux migrateurs (qui transportent les tiques), on peut en trouver à peu près partout au Québec», reconnaît-il.

On se souviendra d'ailleurs de l'histoire toute récente de ce chat trifluvien n'ayant jamais voyagé à l'extérieur de sa Ville sur qui une tique a été trouvée portant la borrelia burgdorferi.

L'Institut national de santé publique, l'Agence de santé publique du Canada et le ministère de la Santé et des Services sociaux mènent des études sur la propagation des tiques depuis 2005 et ont pris part à un projet de surveillance active des tiques dont les résultats sont en cours de publication.

Ce que les scientifiques ont cherché, ce sont des tiques aux trois stades de leur développement: la larve, la nymphe et l'adulte et ce, pendant plusieurs années de suite aux mêmes endroits. Ces trois stades de développement permettent en effet de démontrer que la tique se reproduit où elle a été trouvée.

«On a visité trois régions: Montréal, la Montérégie et l'Estrie. En Montérégie en particulier, près de la frontière avec les États-Unis, on voyait que la tique est en train de s'installer. Elle semble survivre année après année», raconte le Dr Milord.

Ces études n'ont pas couvert la Mauricie, mais déjà, les chercheurs tirent la conclusion que la tique responsable de la maladie de Lyme est en train de s'installer au sud du Québec.

Un second mécanisme de surveillance passive cette fois, a aussi été mis en place pour identifier la présence des tiques au Québec. Dans ce cas, les tiques parviennent aux chercheurs lorsque des citoyens ou des vétérinaires en trouvent sur les animaux de compagnie et se donnent la peine de les envoyer au Laboratoire de santé publique de l'INSPQ. Le nombre de tiques rapportées de cette manière «a augmenté dans les dernières années», dit le Dr Milord.

Pour identifier hors de tout doute la présence de la bactérie responsable de la maladie de Lyme chez un humain, il faut une série de tests en laboratoire. Pour que ces tests soient demandés, il faut que le médecin soit sensibilisé au fait que le patient qu'il a devant lui pourrait être porteur de la maladie de Lyme, une maladie qui présente une foule de symptômes ressemblant à d'autres maladies bien connues.

Pour le président de CanLyme, Jim Wilson, il a si souvent été dit que la maladie de Lyme était confinée aux États-Unis et extrêmement rare au sud de la frontière canadienne, qu'il n'est pas étonnant que les médecins ne demandent pas souvent d'analyses permettant de l'identifier.

«C'est ainsi que s'accomplit la prophétie voulant que la maladie de Lyme est très rare», argumente M. Wilson. «Si le médecin ne pense pas qu'il pourrait avoir devant lui un cas de Lyme, ils ne cherchera pas à démontrer que le patient souffre de cette maladie.»

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