Depuis lundi, la troupe est à la salle J.-Antonio-Thompson de Trois-Rivières avec, au menu, trois représentations qui ont trouvé preneurs chez quelque 750 spectateurs par soirée, pour un total de quelque 2250 billets vendus. Or les Trifluviens sont servis.
Après avoir passé l'été dernier au Théâtre du Rideau Vert et avant de déménager ses pénates au Théâtre du Capitole de Québec pour une partie de l'été, la troupe offre ici une production rodée au quart de tour, et ce, même si on donne à Trois-Rivières les trois premières représentations depuis l'été dernier. Et surtout, même si cinq changements ont eu lieu dans la distribution de cette deuxième mouture.
Entre autres modifications, Lynda Johnson et Renaud Paradis ont tous les deux été remplacés, la première ayant d'ailleurs cédé son personnage à Natalie Byrns, que les Trifluviens ont pu apprécier dans le spectacle Showtime l'été dernier.
Cinq changements donc, qui n'altèrent toutefois en rien l'ensemble de la production. La metteure en scène Denise Filiatrault était d'ailleurs à Trois-Rivières lundi soir, pour s'assurer que la production prenne un beau deuxième départ. Ce qui fut fait.
Le jeu et les voix sont justes, les chorégraphies signées Monik Vincent sont recherchées et bien rendues, l'humour est bien dosé et les costumes s'harmonisent parfaitement avec l'époque. Bref, tout baigne pour remonter le temps jusqu'au début du XXe siècle et pour transporter le spectateur dans un petit village d'Ukraine, au coeur d'une famille juive fort sympathique, mais qui se retrouvera en plein bouleversement.
Le spectateur se prendra d'affection rapidement pour Teyve (superbe Martin Larocque), un père de famille bourru au coeur sensible, qui ne jure que par les traditions, mais qui devra réviser ses positions, mû par l'amour de ses trois filles, Tzeitel (Natalie Byrns), Hodel (Émilie Josset) et Chava (Émily Bégin).
On parle ici de trois jeunes filles qui, tour à tour, éviteront les plans de la marieuse du village pour tenter de faire leur propre choix d'avenir amoureux. Ceci dit, elles créeront de sérieuses secousses au coeur de l'autorité du paternel et dans le coeur de leur mère Golde (Linda Sorgini), un couple lui-même issu de la longue tradition des mariages «arrangés».
C'est avec une scène dépourvue de tout décor, sinon de quelques éléments seulement, que la metteure en scène Denise Filiatrault nous offre cet univers, ce qui n'est pas dans ses habitudes. Si on est loin des décors somptueux des comédies musicales à la My Fair Lady, l'efficacité sera tout de même au rendez-vous avec l'utilisation d'un écran géant qui fera alterner les images.
On se retrouvera du coup dans l'atmosphère d'une brasserie, tantôt à l'extérieur de la maison devant l'étable, dans l'ambiance d'un soir de pleine lune avec éclairage aux lampions ou à la gare.
Pendant deux heures 45, aucun véritable temps mort ne se présente, la production offrant plutôt un rythme soutenu, des déplacements lestes et un très bel équilibre entre les dialogues et les chants.
Au sortir du spectacle, on retiendra la fort jolie voix de Linda Sorgini et, surtout, la solide prestation de Martin Larocque qui, plus qu'à son habitude, épouse toutes les tonalités cette fois et prend plaisir à conjuguer avec une belle palette de nuances. Il fait de son personnage bourru un premier-rôle qui charme rapidement le public et qui récolte les ovations en fin de soirée.
Une note en terminant pour souligner le jeu habile et l'humour de Michel Olivier Girard (le tailleur) que l'on souhaite déjà revoir dans une prochaine production.
Pour ceux qui souhaiteraient se reprendre ce soir, des billets sont toujours disponibles pour le deuxième balcon.










