Bleuets: des affaires d'or pour les sud de la Mauricie

 

Gabriel Delisle
Le Nouvelliste

(La Tuque) Alors que les producteurs de bleuets sauvages du Lac-Saint-Jean et de la Haute-Mauricie se préparent à de désastreuses récoltes cet été, les bleuetières du sud de la région abondent de ces petits fruits savoureux. De plus, les gelées printanières n'ont pas affecté les récoltes de bleuets sauvages et de bleuets en corymbes de la même façon.

Entre le 31 mai et le 16 juin, la température est tombée au moins trois fois sous le point de congélation. Pour les producteurs de la Haute-Mauricie, ces épisodes de gel au sol ont été catastrophiques. René Pagé exploite une bleuetière de bleuet sauvage de 100 acres à la Bostonnais.

«Le gel du 31 mai a été très dommageable pour les fleurs de mes plants de bleuets. Il a dévasté jusqu'à 80 % de ma récolte de bleuets», souligne-t-il.

Par ailleurs, le Syndicat des producteurs de bleuets du Québec (SPBQ) a une récolte de 25 à 30 millions de livres de bleuets, alors que la moyenne des cinq dernières années tournait plutôt autour de 70 millions de livres. Il faut remonter à 1998 pour voir une année aussi désastreuse au Québec pour les cultures de bleuets.

La situation des cultures de bleuets dans le Haut-Saint-Maurice se compare à celle qui prévaut présentement au Lac-Saint-Jean. En plus de cultiver le bleuet, René Pagé est apiculteur et dirige l'entreprise Poli-miel qui se spécialise dans les services de pollinisation. Chaque année, ses abeilles ont rendez-vous avec des bleuetières du Lac-Saint-Jean.

«Je croyais que comme je suis un peu plus au sud que le Lac-Saint-Jean ma situation serait un peu mieux, mais ce n'est pas le cas. Je vais avoir des pertes comparables», affirme M. Pagé.

Bonne récolte au sud

Autre son de cloche à la Bleuetière Grande Rivière Sud à Yamachiche où Daniel Lavallée estime que sa récolte de bleuets sera très bonne cette année. Cette bleuetière ne produit que des bleuets en corymbes.

«Ce sera une récolte comparable à celles que nous avons connues au cours des deux dernières années. La cueillette est déjà commencée», prétend-il. «Nous avons nous aussi eu du gel, mais il n'a affecté que 5 % de la récolte.»

Pierrette Marchand, la propriétaire de la ferme Champlinoise à Champlain, abonde en ce sens.

«Nous avons beaucoup de bleuets cet été. Celui-ci est très savoureux et croît plus vite en raison de tout ce soleil que nous avons depuis le printemps», confit-elle. «Nous avons plusieurs variétés de bleuets en corymbes, mais pas de bleuets sauvages.»

La propriétaire de la ferme Éthier-les fruits soleil de Saint-Étienne-des-Grès, Gaétane Beaumier, a des prévisions plus modestes au sujet de sa récolte de bleuet en corymbe.

«Les fleurs de bleuets ont bien été touchées par le gel, mais les dommages sont limités. Nous estimons avoir perdu environ 30 % de notre récolte de bleuets», avoue-t-elle.

«Malgré tout, je crois que nous aurons une meilleure culture que l'an dernier. Toutes les conditions sont là pour beaucoup de beaux fruits.»

Il y a une grande différence entre le bleuet sauvage et le bleuet en corymbe. La variété dite sauvage pousse dans de petits plants près du sol alors que les variétés de bleuets en corymbes se développent dans des arbustes. Ces distinctions expliqueraient en partie le succès des producteurs de bleuet en corymbe de la Mauricie.

«Les bleuets sauvages sont bien plus près du sol que ceux en corymbes. Étant plus près du sol où le gel se fait davantage sentir, les fleurs de bleuets sauvages sont plus affectées», croit Jean-Marie Fortin de Bleuets Mistassini.

Et en forêt?

Malgré une saison très difficile en bleuetière, le bleuet sauvage en milieu naturel semble mieux se porter. Les agents de protection de la faune du ministère des Ressources naturelles et de la faune du Québec rapportent que le petit fruit bleu serait abondant cette année dans les forêts de la Mauricie.

Après deux années désastreuses où le gel au sol printanier avait durement affecté les fleurs des plants de bleuets en forêt, voilà que les ours noirs ont de quoi se mettre sous la dent.

Alors que les bleuets se faisaient rares dans les forêts en 2008 et en 2009, ils abondaient dans les champs des producteurs. «Les fruits en bleuetière et en forêt ne sont pas soumis aux mêmes conditions d'exploitation», précise René Pagé.

Plus globalement, la saison agricole 2010 est exceptionnelle. Tous les producteurs maraîchers rejoints par Le Nouvelliste sont unanimes. Tout arrive plus tôt d'environ deux semaines cette année. Le printemps hâtif a précipité le développement de biens des variétés de végétaux.

«Toutes les productions de fruits ou légumes sont en avance cette année», souligne Daniel Lavallée de la Bleuetière Grande Rivière Sud.

«Tout pousse plus tôt et la saison devrait finir également plus tôt», renchéri Gaétane Beaumier de la Ferme Éthier-les fruits soleil à Saint-Étienne-des-Grès.


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