«Le Barreau et l'ex-bâtonnier, Me Pierre Chagnon, ont cavalièrement mis de côté mon rapport sans même prendre le temps de me rencontrer pour en discuter. Je n'ai même pas eu un accusé de réception. Je suis profondément déçu du peu de respect accordé à mon travail. Ce n'est pas en criant au non-sens et en rejetant tout du revers de la main qu'on fait évoluer la société. Il faut savoir mettre ses culottes», a-t-il déploré hier.
On sait qu'en 2009, Me Bertrand a accepté d'agir comme procureur indépendant pro bono à la demande de la famille Provencher.
Toujours sous le sceau du secret professionnel, il avait pour mandat de recevoir les confidences ou des informations pouvant révéler l'endroit où se trouve Cédrika, disparue depuis le 31 juillet 2007. Une récompense de 170 000 $ était promise.
Son mandat a pris fin en décembre 2009 et en février 2010, Me Bertrand a rencontré la presse pour faire part des conclusions de son rapport.
Il disait alors avoir recueilli et analysé 342 informations, dont 21 jugées suffisamment pertinentes et crédibles pour être retenues pour les fins d'enquête.
Il émettait du même coup une série de recommandations à l'intention des législateurs, des autorités policières et judiciaires, du ministère de l'Éducation et de la société en général.
Il avait notamment proposé la reconnaissance d'un statut légal pour les procureurs indépendants lorsqu'ils participent aux enquêtes sur disparition, et ce, afin de prévenir les empiétements avec le travail des autorités.
Il suggérait aussi que ces procureurs puissent disposer d'un budget et de ressources humaines suffisantes.
«Dans mon cas, la tâche a été colossale. J'ai eu besoin entre autres de l'aide d'un détective privé. J'avais également une vingtaine de téléphonistes pour répondre aux appels. Tout cela a représenté un investissement de 100 000 $ en temps et en argent pour toute mon équipe», a-t-il précisé.
Par contre, s'il déplore l'attitude du Barreau, il a pris soin de remercier la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Michèle Courchesne.
«Elle a tenu compte de mon rapport dans son plan d'action en milieu scolaire, pour lutter et prévenir toute forme de violence à l'endroit des jeunes. Elle a reconnu que l'enlèvement d'un enfant constituait un événement tragique qui interpelle toute la société», a-t-il ajouté.
Me Bertrand s'est également dit satisfait de la réponse du premier ministre Jean Charest et de la ministre de la Justice Kathleen Weil, car ils lui ont assuré que son rapport de mission recevrait toute la considération méri- tée.
D'autre part, il ne cache pas une certaine déception quant à l'absence de résultats tangibles à ce jour.
«Il y a eu des pistes sérieuses mais elles n'ont pas encore permis de retrouver Cédrika. Je croyais que la récompense de 170 000 $ suffirait à faire délier les langues, peut-être pas celle du meurtrier mais celle de témoins. Je crois que le responsable de l'enlèvement a de toute évidence agi seul, vraiment seul. C'est pourquoi il est plus difficile de trouver des traces. Par contre, je ne crois pas que Cédrika est morte. Il y a encore de l'espoir. On n'a qu'à penser à tous ces cas de personnes retrouvées des années plus tard comme en Europe et aux États-Unis», a-t-il indiqué.
Il est vrai que sa mission à titre de procureur indépendant a été très difficile tant sur un plan personnel autant que professionnel, d'où la valeur qu'il accorde à son rapport.
«J'ai eu quatre enfants et neuf petits-enfants. Je peux vous assurer que le 31 juillet, pour le troisième anniversaire de sa disparition, moi et mon épouse allons penser très fort à Cédrika. Elle fait partie de nous, elle est presque devenue notre enfant. Je trouve d'ailleurs la famille tellement courageuse; elle sait avancer sans être dans une situation complète de désespoir. Elle vit sa souffrance dans le calme, à l'intérieur», a-t-il conclu.










