Un accusé attend son jugement depuis six mois

Michel Lavoie... (Photo: François Gervais)

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Michel Lavoie

Photo: François Gervais

Claude Savary
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'absence prolongée du juge Richard Poudrier de la cour du Québec risque d'entraîner de sérieux problèmes dans un dossier où il devait rendre un jugement le printemps dernier. Le magistrat est en congé de maladie depuis et nul ne sait quand il reprendra du service.

Au moment où il a dû quitter pour des raisons de santé, le juge Poudrier était sur le point de rendre son jugement dans le dossier de Michel Lavoie, un homme de Malartic qui est accusé d'avoir transmis le sida à une conjointe en négligeant de l'aviser de sa séropositivité.

En mai dernier, après 18 mois de détention provisoire, le juge Guy Lambert avait autorisé la remise en liberté de cet homme en prenant en compte justement le fait que le juge Poudrier ne serait pas disponible avant cet automne.

Le procès de Lavoie avait duré plus de neuf jours. Le juge avait permis cet élargissement en mentionnant qu'il fallait protéger les droits de l'accusé qui avait déjà purgé l'équivalent de trois ans de pénitencier (le temps de détention provisoire étant alors compté au double).

Il s'agit ici d'un dossier très important de par la nature même des faits reprochés. Tombé amoureux de la victime, Lavoie aurait caché sa séropositivité lors des premières relations sexuelles. Quelques semaines plus tard, la victime apprenait sa contamination au sida. Michel Lavoie a toujours soutenu qu'il avait bel et bien averti cette femme de sa condition physique.

Me Jean-Marc Poirier, le procureur aux poursuites criminelles et pénales chargé du dossier, avait répliqué avec des éléments de preuve démontrant que Lavoie niait d'une certaine façon ses problèmes de santé et ne suivait pas de manière adéquate les traitements qui lui étaient prescrits. Bref, le juge Poudrier avait à se prononcer sur la crédibilité des témoins et sur la responsabilité de Lavoie dans ce qui est arrivé.

Un embarras

L'absence du juge Poudrier et le fait de ne pas savoir quand il montera à nouveau sur le banc crée donc un embarras évident. Certes les parties au dossier ne veulent pas commenter ouvertement la situation mais le malaise est palpable. S'il advenait que le juge ne revienne pas avant plusieurs mois encore, il faudra élaborer d'autres scénarios.

Le pire serait celui de recommencer le procès. Tant Me Poirier que Me Pierre Spain, le procureur de Lavoie, ne souhaitent en arriver là compte tenu de la complexité et de la longueur de cette affaire. Un autre scénario serait de confier à un autre juge le soin de rendre un jugement à partir des notes sténographiques du procès et des enregistrements numériques. Me Spain est contre l'idée car le nouveau juge n'aurait pas le contexte du procès et ne verrait pas les témoins, leur attitude, leurs gestes.

La solution la plus pratique serait que le juge Poudrier consente à écrire son jugement et à le déposer. Les avocats ne veulent pas bousculer le magistrat mais il est clair que ce scénario pourrait mettre un terme à cette affaire et satisfaire tout le monde, y compris les autres juges qui doivent eux aussi composer avec l'absence de leur collègue. Depuis le printemps dernier, ils doivent avoir recours à des juges de Québec pour faire face au volume des dossiers des palais de justice de Trois-Rivières et Shawinigan.


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