La famille part à l'aventure mais pas à l'aveuglette. Yves Champagne, 46 ans, est ingénieur industriel de formation, spécialisé dans la maintenance. Il a travaillé aussi bien dans le secteur des mines que dans celui des pâtes et papiers. En juin dernier, une offre d'emploi lui a été présentée par Xstrata Nickel qui monte, en Nouvelle-Calédonie, un énorme projet. Le plus gros projet minier de nickel au monde, en fait.
«Quand l'offre est arrivée, on s'est dit que c'était maintenant ou jamais, dit Chantale, parce qu'on veut vivre l'expérience de vivre à l'étranger avec les enfants et plus tard, ils seront trop vieux puisque l'aîné, Ludovic, a 16 ans.» Méika, la cadette, en aura 11 le 18 septembre et Clothilde, elle, est âgée de 13 ans.
«L'idée de partir, me trotte en tête depuis longtemps, dit Yves. Pour la famille, c'est important. Je m'étais dit que si une opportunité se présentait, je sauterais dessus. Partir tout seul ça ne me tentait pas. Mais partir en gang, ça, ça me tentait.»
«Pour moi, voyager, c'est m'installer assez longtemps pour prendre le pouls des gens, se faire des amis, etc, explique Chantale. La première chose que j'ai aimée dans mes recherches sur la Nouvelle-Calédonie, ce sont les couleurs de ce pays vraiment magnifique. En plus, nous allons nous installer dans une maison à flanc de montagne pas loin de la mer.»
«On s'en va dans la brousse!», rigole Yves. Sa brousse, c'est Koné, un gros village d'environ 5000 habitants, dans le nord-ouest de l'île principale.
Le contrat est de trois ans avec l'option d'une année supplémentaire. Ce n'est donc pas un exil définitif, mais personne ne songe à l'éventuel retour. Ils reviendront certes en vacances, mais comptent aussi explorer cette région du globe. Qui sait si l'aventure n'est pas au détour d'un autre archipel du Pacifique?
Pour ce qui est de l'existence là-bas, les inquiétudes sont mineures. La vie en Nouvelle-Calédonie est plutôt confortable, avec une structure sociale héritée de la métropole, la France.
«On va toujours y être des étrangers, explique Yves. Mes amis qui y habitent m'en parlent et la question de l'intégration est peut-être la plus préoccupante. Ce n'est pas un pays où notre niveau de vie va baisser en comparaison d'ici. Le coût de la vie y est élevé mais on y trouve de tout. Le système de santé est très bien. Il y a moins d'attente qu'ici pour se faire soigner. Seulement, pour des cas plus complexes, on va à Nouméa, à 2 h 30 de route de Koné.»
Les enfants devraient s'intégrer naturellement par l'école. Ils n'ont pas été enchantés par l'idée au départ et ont posé leurs conditions dont celle d'entreprendre leur année scolaire ici avant le grand départ, fin septembre. À Koné, ils vont arriver en fin d'année scolaire locale et, dès décembre, commenceront les grandes vacances estivales. À la mi-février, ils vont reprendre le collier à leur juste niveau académique.
«Ce sera une expérience culturelle, une ouverture sur d'autres cultures et ça, c'est une richesse qui va leur rester», affirme leur père.
«Il faut qu'ils s'ouvrent les yeux sur le monde, soutient leur mère. Je ne suis pas inquiète: on ne peut pas imaginer un enfant qui arrive quelque part et qui ne se fait pas d'amis.»
«Nous aussi, comme adultes on en a des rêves et c'est important de les réaliser, poursuit Yves. Si on veut être des bons parents, c'est important de se réaliser personnellement. Ça ne serait pas sain de refouler ces rêves-là.»
Une page à tourner
Après 19 ans au sein de l'équipe de CHEM TVA, le visage de Chantale Carignan est devenu familier. On ne l'y reverra plus après le 9 septembre prochain..
«C'est une grosse page que je tourne, affirme la chef d'antenne locale. TVA, c'est ma famille, j'ai toujours été là. Ça fait partie des deuils à faire. Il y a deux ans, professionnellement, je n'aurais pas été prête à tout quitter. Aujourd'hui, je le suis. J'ai été au pupitre des nouvelles dix ans, puis j'ai fait un saut dans le vide en allant sur le terrain pendant quatre ans de bonheur. Je sens que j'ai fait le tour du jardin. Je suis satisfaite. La prochaine étape dans mon cheminement, ça aurait été d'aller à Montréal et ce n'est pas quelque chose qui m'intéresse.»
Elle ne part pas pour entreprendre une autre carrière. «J'ai même signé un document attestant que je ne m'en vais pas là-bas chercher un emploi. Pour la première année, de toute façon, j'ai l'impression qu'il sera préférable que je sois près des enfants et qu'on vive notre adaptation ensemble.»
«Je veux continuer d'être journaliste mais sous la forme d'un blogue où je ferais des reportages avec des gens que je vais rencontrer. Pour la satisfaction de faire ce dont j'ai vraiment envie.»











