Marqué par son agression à l'hôtel de Parent

 

Gabriel Delisle
Le Nouvelliste

(La Tuque) Moins de 48 heures après avoir été ligoté et séquestré par trois jeunes Trifluviens, le gardien de nuit de l'Hôtel central de Parent, Bernard Racine, est retourné au travail mardi soir pour la première fois. Il demeure profondément marqué par le crime dont il a été victime dans la nuit de lundi dernier.

«J'étais très nerveux. Dès que j'entendais un petit bruit, j'allais voir de quoi il s'agissait», témoigne Bernard Racine. Il avoue avoir de la difficulté à trouver le sommeil depuis. «J'ai très mal dormi avant de revenir au travail. Je n'arrêtais pas de penser à ce qui est arrivé», dit-il.

Bernard Racine s'accorde quelques jours de repos. Il passera ceux-ci sur un lac à pêcher. «Je vais aller me calmer et retrouver mes esprits», affirme celui qui se remet doucement de son agression.

Rien ne laissait présager que la soirée de dimanche allait très mal se terminer pour le gardien de nuit de l'Hôtel central. Bernard Racine a demandé aux clients du bar de quitter les lieux vers 3 h lundi matin. Une demi-heure plus tard, il ne restait plus personne. «J'ai barré les portes et vidé les appareils de vidéopoker «, explique-t-il.

Un bruit anormal s'est fait entendre vers 4 h 20. «Les trois hommes ont brisé une vitre et sont entrés. J'ai pris la fuite par une porte de derrière. Je savais que je n'avais pas le temps d'appeler la Sûreté du Québec de l'hôtel.»

Le gardien a tenté de se réfugier chez un voisin, mais il a perdu pied et a été rattrapé par un des malfaiteurs. «Si je ne tombais pas, il ne me rattrapait jamais.»

Un des voleurs s'est approché de Bernard Racine, toujours au sol, pour lui dire de rester tranquille. «Si tu ne fais rien, il ne t'arrivera rien, m'a-t-il dit», se rappelle le gardien résigné à obtempérer.

Les trois voleurs portaient des masques qui rendaient très difficile leur identification. Ce n'est que lorsque ceux-ci ont parlé au gardien qu'ils ont révélé leur identité. «J'ai bien compris qui c'était. Ils venaient de fréquenter le bar de l'hôtel. Je leur avais même demandé de partir à la fermeture», souligne le gardien.

C'est à ce moment que les trois voleurs l'ont ligoté avec des attaches autobloquantes (Ty-rap) et l'ont séquestré dans les toilettes des femmes, attaché au tuyau du lavabo. «J'avais des attaches partout. J'avais même un Ty-rap sur la bouche», souligne M. Racine.

Le gardien a attendu que les voix des trois individus se taisent pour tenter toutes manoeuvres de libération. Il a rapidement réussi à dévisser le tuyau du lavabo pour sortir des toilettes. «Je n'arrivais toutefois pas à enlever les attaches autobloquantes tout seul «, dit-il.

Ce n'est que plusieurs minutes plus tard que la cuisinière est arrivée à l'hôtel pour découvrir son collège toujours ligoté.

Ironiquement, un des accusés connaissait Bernard Racine pour avoir, il y a quelques semaines, cueilli des bleuets avec lui.

«J'ai accompagné Mathieu Dontigny dernièrement pour récolter des bleuets. Il a d'ailleurs des membres de sa famille ici à Parent. Disons qu'ils sont extrêmement fâchés contre leur neveu», souligne-t-il toujours dans l'incompréhension des motifs qui les ont poussés à commettre un tel crime.

La copropriétaire de l'hôtel et conseillère municipale du district de Parent à la Ville de La Tuque, Sylvie Lachapelle, est soulagée que les trois jeunes Trifluviens doivent répondre de onze chefs d'accusations.

Elle déplore par ailleurs l'impact que ce crime ait eu autant sur le moral de ses employés que sur les affaires de l'hôtel qui a dû être fermé toute la journée de la fête du Travail. «Nos employés et nous avons vécu un important stress. Et ce sont des pertes financières importantes», affirme Mme Lachapelle qui dirige avec son conjoint l'Hôtel central.

Rappelons que les trois jeunes hommes de Trois-Rivières soupçonnés d'être responsables du vol qualifié de l'Hôtel central ont été formellement accusés mardi à Mont-Laurier après avoir été appréhendé par la Sûreté du Québec lundi à Mont-Saint-Michel.

Mathieu Talbot-Milette, 19 ans, Mathieu Dontigny, 25 ans, ainsi que Martin Talbot, 20 ans, font tous face à onze chefs d'accusation dont ceux de séquestration, de vol qualifié, d'introduction par effraction, de vol de deux armes à feu ainsi que de possession d'armes prohibées.

Les trois accusés demeurent détenus jusqu'à leur prochaine comparution demain au palais de justice de Shawinigan.


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