Le premier vient de Marseille, le second de Paris et les deux ont un cheminement similaire, avec entrée sur la scène artistique en compagnie de leur groupe respectif (Fonky Family pour Sat et Sniper pour Tunisiano), et carrière solo par la suite.
Les deux hommes se produiront demain dès 20 h au parc portuaire de Trois-Rivières, devant un public que les organisateurs aimeraient bien voir dépasser les 2000 personnes. Dans le même voyage, les deux rappeurs français se produisaient aussi à Québec et Montréal ces derniers jours.
Sat l'artificier
Il est arrivé mardi en sol québécois et s'en réjouit. «Je suis venu de nombreuses fois avec Fonky Family et très vite, je me suis senti bien ici. J'aime la mentalité des gens. Chaque fois, je reçois un bel accueil, beaucoup d'amour et de respect», dit-il. «Après la France, c'est un peu ma deuxième patrie musicale.»
D'ailleurs le rappeur aime tester son matériel au Québec. En décembre 2007, tout juste avant de lancer son premier album solo intitulé Second Souffle, c'est ici qu'il l'avait défendu.
Demain, il répétera l'exercice en interprétant quelques pièces de son prochain album, qu'il souhaite sortir au début de l'année 2010. «C'est la première fois que je les ferai sur scène», dit-il. «Ce concert-là va marquer la fin de l'aventure de mon album précédent et annoncer le prochain».
Pour les fans, il réserve toutefois aussi ses plus connues, incluant celles de Fonky Family, avec qui il a profité d'une belle popularité ici. À leur première visite au Québec, ils en étaient d'ailleurs restés éberlués.
«On débarquait sur un autre continent et on ne se doutait pas que les gens pouvaient connaître notre musique et la ressentir de la même façon que nous.»
Pour ses deux albums, Sat a d'ailleurs collaboré avec un compositeur québécois et comme il vient de créer sa propre étiquette de disque, il entrevoit quelques liens artistiques à venir.
«Il y a une passerelle à refaire entre la France et le Québec», considère-t-il. «Une passerelle qui a déjà existé mais qui était moins forte ces dernières années. J'ai des projets en vue avec des gens d'ici et je vais profiter de mon passage pour rencontrer de nombreuses personnes.»
En France, il agit aussi comme un rassembleur. Pour son prochain album, il a rallié une vingtaine d'artistes de la scène marseillaise à qui il a offert une collaboration, fidèle à ce qu'il aime insuffler au rap, à savoir des valeurs humanistes et sociales, contrairement à la violence et la brutalité qui ont souvent terni le genre, jusqu'à laisser croire que le crime pouvait être payant. «J'essaie de ramener le rap à ses valeurs premières de solidarité et les artistes ont tous embarqué.»
L'homme de 34 ans, père d'un enfant de 5 ans, n'est toutefois pas homme de compromis. «Mon but, ce n'est pas de faire de l'argent, sinon j'aurais fait de la musique accessible pour les 8 à 11 ans, sans fond et sans forme», dit-il.
«Ma philosophie, c'est qu'on m'aime pour ce que je suis, ou qu'on ne m'aime pas. Mes chansons ne sont que le prolongement de ma vie.»
Tunisiano le Sniper
Son groupe portait ce titre et c'est encore ce qualificatif qui lui colle à la peau lorsqu'on décrit son écriture. Tunisiano était en nomination cet hiver aux Victoires de la musique dans la catégorie «Album de musique urbaine».
Il a écrit des pièces pour les bandes sonores des films Mesrine et Taxi 4, et il défendra à Trois-Rivières son premier album solo Le regard des autres, lancé en 2008. Son prochain est prévu pour le printemps 2010.
Avec Sniper, il compte plus d'un million d'albums vendus, dans une carrière qui a toutefois donné l'occasion au groupe d'accuser quelques démêlées avec la justice française, pour incitation à la haine, ce que Tunisiano explique par quelques phrases sorties malencontreusement de leur contexte.
N'empêche, il dit avoir transformé graduellement sa façon d'écrire aujourd'hui. «En grandissant, je me suis dit que je n'avais pas envie de choquer les gens.»
Ce qui a eu comme incidence de rallier quelques nouveaux adeptes qui étaient jusque-là moins enclins à la vulgarité du rap. «Mon écriture a mûri. Avant, j'avais moins de vocabulaire, j'étais moins réfléchi et mon écriture était plus spontanée. Je fais attention maintenant pour être précis dans mes mots.»
Ceci dit, Tunisiano considère que la dénonciation doit demeurer et il n'adhère aucunement au rap «plus lisse, plus doux, plus propre». Ce genre a été gratifié aux Victoires cette année, événement auquel il n'a pas assisté malgré sa nomination, en réaction. «Deux mois avant, on savait déjà qui allait gagner. Les gens ne savent pas que tout est voté d'avance. Ça ne sert à rien.»
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