Denis Villeneuve a reçu l'hommage, encore une fois joliment emballé, avec modestie et humour.
«Dans d'autres circonstances, j'aurais peut-être refusé parce que je trouve que les hommages, c'est un peu prématuré: je ne fais que commencer ma carrière. Mais comme j'aime énormément Ciné-Campus, ça me fait toujours plaisir de revenir.»
La directrice générale de Ciné-Campus, Stella Montreuil, a très justement résumé l'intention en précisant que c'est une façon de dire à différents artisans québécois du cinéma combien les Trifluviens sont fiers d'eux.
Et ce ne sont pas les occasions d'être fier de Denis Villeneuve qui manquent.
Les responsables de la soirée ont fouillé pour dénicher un film réalisé par le jeune homme alors qu'il suivait un cours de cinéma au cégep trifluvien de même que son premier court-métrage pour le compte de l'ONF, REW-FFWD, en plus de son brillant Next Floor, son court-métrage le plus connu ayant remporté un prix à Cannes, un Génie, un Jutra et 33 autres prix dans plus de 120 festivals de films à travers le monde. Rien que ça.
On a passé à un cheveu de réaliser un coup fumant en présentant en première mondiale le film tourné par Anaïs Barbeau-Lavalette en marge du tournage d'Incendies qui s'est déroulé l'été dernier, en Jordanie.
Seulement, la cinéaste a dû, à son grand regret, surseoir à sa promesse à la dernière minute parce que le montage de son film n'est pas terminé.
S'il a insisté sur la douleur que lui a causé le visionnement de son film d'étudiant au cégep et de son premier court-métrage, Villeneuve a aussi bien exprimé le plaisir profond qu'il ressentait à revenir dans sa ville natale.
«Je vous remercie beaucoup, a-t-il dit au public. Ça m'a beaucoup touché. Autant ç'a été pénible de voir certaines images, autant d'autres m'ont réjoui et votre présence me touche beaucoup.»
L'hommage arrive à un moment très pertinent dans la carrière de VIlleneuve qui considère que sa pause de quelques années, avant Polytechnique, a fait de lui un autre cinéaste.
«C'est clair que j'ai une plus grande maîtrise de la direction d'acteur et de l'écriture. La pause m'a permis de retourner à l'école, en quelque sorte. Je suis beaucoup plus en contrôle de mes outils. Polytechnique et Incendies, ce sont des films beaucoup plus maîtrisés que mes premiers qui étaient vraiment des esquisses, des films intuitifs. J'ai peut-être commencé trop jeune à faire du cinéma et il a fallu que j'arrête pour continuer d'apprendre.»
«Mes premiers films étaient peut-être plus intéressants pour des psychanalystes mais là j'ai plus le goût de faire du cinéma qui s'adresse aux autres.»
Polytechnique n'en est pas le meilleur exemple parce qu'il a été fait en collégialité.
«Ç'a été très difficile à tourner parce que je devais toujours être à l'écoute et faire la part des choses pour chaque décision, en mettant pour ego de côté. C'est tellement plus facile de tout décider sur un plateau comme pour Incendies. Je continue à croire que Polytechnique était une excellente idée mais j'ai trouvé ça terriblement difficile. Je voulais donner la parole à des étudiants qui ont vécu les événements et j'ai reçu énormément de témoignages d'étudiants et de professeurs qui étaient heureux qu'on en parle.»
Il reste qu'Incendies, malgré qu'il soit encore en gestation, se présente comme le film dont le cinéaste sera le plus fier.
«C'est encore un film de guerre qui épouse le point de vue des victimes et qui parle de condition féminine mais, au centre, le film se penche sur le rapport à la colère, à la haine, un autre élément central de Polytechnique.»











