C'est du moins ce qui pouvait s'observer hier soir à la salle J.-Antonio-Thompson, où le public a réagi spontanément par des rires francs tout au long de la soirée, sans manquer de se lever en bloc en fin de représentation pour saluer les comédiens.
Une ovation bien sentie pendant que sur scène, la distribution saluait en retour dans un esprit festif, faisant virevolter leurs costumes d'époque dans un espèce de yé-yé contemporain éclaté qui clôturait de belle façon une soirée tout bonnement rafraîchissante.
Apparemment, c'est ce qui arrive quand le metteur en scène René Richard Cyr rencontre Shakespeare et qu'il entreprend de tirer toutes les ficelles de son humour et de ses intrigues amoureuses. Or qui plus est, l'homme de théâtre québécois sait drôlement bien s'entourer.
Cette fois-ci, il le fait notamment avec Macha Limonchik, qui est délicieuse comme elle peut l'être dans la peau de Béatrice. David Savard est celui qui s'avérera le plus efficace sur la gamme de l'humour, en abordant un personnage orgueilleux et blasé à souhait, jusqu'à ce que Cupidon le transforme en guimauve. Or il faut voir le sens du comique de notre homme, qui s'exécute d'ailleurs en toute agilité.
La véritable surprise proviendra néanmoins de Vincent-Guillaume Otis, que l'on connaît moins dans la gamme de l'humour, et qui se révèle tout à fait dans le rôle un peu plus secondaire du perfide Juan, alors que Maxim Gaudette répond fidèlement à la commande dans la peau de l'amoureux transi.
Savard et Gaudette incarnent Bénédict et Claudio, deux amis qui reviennent tous deux de la guerre, sains et saufs, jusqu'à ce que l'amour les frappe de plein fouet. Au départ, la chose se fait douce entre Claudio et Héro (Gaudette et Sophie Desmarais) et un peu plus tordue entre Bénédict et Béatrice (Savard et Macha Limonchik).
Or mauvais tours et malentendus auront tôt fait de teinter la soirée pour brouiller les cartes, compliquer les choses, et donner un petit coup de drame à la comédie. Un changement de ton qui survient aux deux tiers de la soirée, qui opère bien et qui apporte un peu plus de tonus à la production.
Au sein de la distribution, on adopte jusque-là le ton de la légèreté avec un plaisir contagieux, et avec une gestuelle leste et des déplacements qui s'apparentent parfois à la chorégraphie.
Le tout prend place dans les décors d'un jardin, dignes des productions du TNM, qui ont l'habitude de nous gâter dans ce domaine. Cette fois encore, on joue avec les éléments de décors en finesse, notamment en utilisant les arbres pour illustrer les changements de saison en quelques accessoires ajoutés aux branches. Même subtilité dans les jeux d'éclairage.
Reste qu'on ne retrouve rien de bien transcendant dans le propos de cette pièce, à des lieues des Hamlet, Macbeth, Othello et compagnie. Ceci dit, personne ne semblait s'en plaindre hier, les réactions donnant plutôt raison au propos de René Richard Cyr, qui questionne dans le programme de soirée.
«Et si le théâtre pouvait aussi quelquefois être aussi simple et libre qu'un franc sourire et aussi noble et rafraîchissant qu'une bonne mordée dans une pomme bien rouge et bien juteuse...» Comme quoi une pomme juteuse peut très bien être perçue comme une grosse friandise.











