La cérémonie a été inscrite sous le sceau de la haute technologie. Peut-être un peu trop, d'ailleurs. La mise en scène, froide et trop complexe, a nui à l'expression de l'émotion écrasée par un lourd emballage. Cela dit, les gens du milieu artistique ont pu constater l'étonnante étendue des possibilités techniques qui s'offrent désormais à eux pour l'expression de leur art. Des choses inimaginables il y a quelques années à peine apparaissent aujourd'hui accessibles, même dans de petites salles, même en région.
Il reste que c'était soir de fête et on n'a pas manqué de célébrer art et artistes. Par les prix, certes, mais aussi par deux prestations exceptionnelles offertes par le guitariste Antoine Dufour, d'abord, et par la chanteuse Maryline Berthiaume, par la suite. On retiendra d'ailleurs de cette dernière, la petite prouesse technique par laquelle on pouvait voir sur écran géant, le visage de la chanteuse pendant son interprétation alors que Shawn Philip Hunsdale dessinait comme en surimpression sur l'écran géant. Très réussi, et particulièrement impressionnant quant aux possibilités que ça offre.
Les honneurs, maintenant. Le Prix de littérature a été remis à Marcil Cossette, pour son recueil de poésie, son premier, intitulé: Sur le parvis des nuages. Le Prix des métiers d'art est revenu à la joaillière Judith Picard. Le jeune quatuor vocal High Shop, formé de Louis-Alexandre Beauchemin, François Pothier-Bouchard, David Gélinas et Olivier Beauchesne-Sévigny a remporté le Prix d'interprétation en arts de la scène.
Un certain Fred Pellerin a mérité le Prix de création en arts de la scène, pour son spectacle L'arracheuse de temps. Le Prix des arts visuels est revenu à Suzie Allen pour ses deux expositions D'après nature et Flora. Pour ce qui est du Prix de l'initiative culturelle, il a été décerné à la Corporation culturelle de Shawinigan pour l'événement Passeport pour... l'Argentine. Le Prix Culture Mauricie est revenu au Festival international Danse Encore pour la présentation de la 9e symphonie de Beethoven dans le cadre de sa 15e édition. Le Prix Hommage Cogeco a été attribué à Gilles Désaulniers.
L'artiste en arts visuels Carolane Saint-Pierre a, pour sa part, reçu le Prix à la création artistique en région du Conseil des arts et des lettres du Québec assorti d'une bourse de 5000 $.
«C'est un cadeau et un encouragement important à continuer dans un domaine, le cinéma, où ce n'est pas toujours évident parce que c'est dispendieux. En région, c'est encore plus difficile. Heureusement, j'ai pu développer des projets en collaboration avec des artistes dans d'autres disciplines. Trois-Rivières est un milieu où il est facile d'entrer en contact avec des artistes dans toutes sortes de domaines. Ça convient bien à ma formation multidisciplinaire. Un soutien comme celui du CALQ, est essentiel pour nous aider à poursuivre dans un domaine comme le mien qui exige beaucoup de persévérance.»
La reconnaissance des pairs
Le prix Hommage Cogeco du gala Arts Excellence couronne cette année Gilles Désaulniers un artiste verrier qui a marqué de son talent et de sa personnalité la scène culturelle trifluvienne depuis plusieurs années et qui continue de le faire.
Au chapitre de ses réalisations, nombreuses, on peut mentionner la création du département d'arts plastiques à l'UQTR et le fait qu'il a été initiateur du premier atelier d'enseignement universitaire du verre au Canada dont il a assuré la direction pendant trente ans. On doit à ces initiatives la présence d'ateliers collectifs à Trois-Rivières avec la rétention d'artistes dans la région que cela implique.
À titre de créateur, Gilles Désaulniers a réalisé de nombreuses expositions, en groupe ou solo aussi bien au Canada qu'en Europe. Par cet hommage, Culture Mauricie tenait à témoigner de sa remarquable contribution au milieu culturel trifluvien.
Le récipiendaire a reçu cet honneur avec modestie mais un plaisir profond. «Être reconnu par ses pairs, c'est particulièrement touchant. Dans mon milieu de vie, les gens avec qui je coopère, que je rencontre, ces gens-là me disent qu'ils veulent reconnaître mon travail: c'est émouvant.»
Comme de juste, l'artiste est aujourd'hui honoré par certains de ceux qu'il a contribué à former. «C'est une question de circonstances qu'on m'ait demandé de mettre sur pied le département des arts plastiques mais il faut savoir saisir les opportunités que la vie nous présente.»
«Dès le départ, j'ai insisté pour qu'on mette en place un cours de gestion des arts, ce qui n'existait pas ailleurs, à l'époque. Les artistes y ont appris des principes de gestion comme la nécessité de partager les frais fixes et ça a permis la création de nombreux ateliers communautaires dont restent Presse Papier et Silex. Leur existence est liée directement à l'enseignement de l'UQTR. S'il y a tant d'artistes à Trois-Rivières, c'est certainement parce qu'on y enseigne. On n'y pense pas tout le temps mais il arrive des occasions comme celle-ci où on le rappelle et ça fait plaisir.»











