Comme un bourgeon de théâtre d'été en plein hiver

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Le Clash de Daniel Lemire repose sur la... (Photo: Sylvain Mayer)

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Le Clash de Daniel Lemire repose sur la rencontre difficile entre deux mondes à l'occasion d'un souper où deux couples font connaissance pour discuter du mariage de leurs enfants.

Photo: Sylvain Mayer

Linda Corbo

Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Avec la légèreté de son propos, son rythme soutenu, ses gags en enfilade, quelques exercices d'improvisation entre les comédiens, voire même certains décrochages pour cause de fou-rires, la nouvelle comédie de Daniel Lemire, intitulée Clash, nous est arrivée vendredi au Centre des arts de Shawinigan comme un bourgeon de théâtre d'été en plein hiver.

Le Clash dont l'auteur parle ici repose sur la rencontre difficile entre deux mondes à l'occasion d'un souper où deux couples font connaissance pour discuter du mariage de leurs enfants.

D'un côté, on y retrouve le couple Allard (Dominique Pétin et Vincent Bilodeau), un tandem modeste, un peu drabe et jusque-là sans histoire.

Et de l'autre, les Bergeron (Geneviève Rioux et Sylvain Marcel), des citadins imbus qui misent leur vie sur le paraître et leur compte en banque.

On retrouve donc ces quatre individus disparates à la fin d'un premier souper en commun au sein de la maison de campagne des Allard, soirée que l'on devine plutôt rasoir et que Brian Bergeron, un agent d'immeubles désagréablement arrogant, a bien hâte de voir se terminer.

Sauf qu'au moment de quitter les lieux, une tempête de verglas empêche tout déplacement, forçant la rencontre à s'étirer quelques jours, dans le contexte aride d'une panne d'électricité.

Ce sera l'occasion de confronter valeurs et choix de vie, d'où le clash imaginé par Daniel Lemire.

Or pour sa toute première pièce de théâtre, l'auteur semble avoir tablé sur un texte prudent assorti de gags sûrs mais faciles, un exercice qui a l'avantage de viser juste pour faire entendre les éclats de rire au sein du public, mais qui a aussi le désavantage de demeurer dans la sphère du connu, voire même du déjà-mâché.

Voilà ce qui arrive quand on est perçu comme un génie. Audacieux et peu convenu en stand-up comique, Daniel Lemire hérite d'un passé humoristique qui décuple les attentes et qui le place facilement dans son propre ombrage.

Bref, le voilà aujourd'hui un peu victime de ses succès.

Le contexte qu'il nous propose ici fait souvent appel à des situations caricaturales et repose trop peu sur une véritable réflexion de fond. Dans ce qu'il souhaitait être une tragédie comique, le deuxième qualificatif l'emporte.

Son scénario fait sourire au départ. Or plus la soirée avance, plus la tension monte, et plus les sourires s'élargissent pour se transformer ici et là en éclats de rire bien sentis.

Vendredi soir au Centre des arts de Shawinigan, le public a accueilli le tout comme il se doit, une petite partie de plaisir sans autre prétention.

Même Pierre Lebeau demeure sobre dans sa mise en scène, sinon en sortant un peu des sentiers battus avec l'utilisation du son en avance rapide pour simuler le temps qui passe.

Autrement, il mise sur un décor rustique élaboré, sur des jeux d'éclairage habiles pour traduire l'ambiance ténébreuse de la panne d'électricité et sur une trame sonore efficace pour donner le ton à la soirée.

Ceci dit dans cet ensemble, l'efficacité de la production repose d'abord et avant tout sur le jeu des comédiens, qui fait mouche, à commencer par un Sylvain Marcel qui rafle la pole position avec un sens du comique indéniable que les spectateurs dégustent. Du bonbon.

À ses côtés, Geneviève Rioux surprend dans la peau d'une femme-enfant adorable dans toute sa fêlure.

Son personnage se raccroche tant bien que mal à un joyeux mélange de pilules et de vodka, le tout traduit chez elle par une prestation à la fois drôle et gracieuse.

Hormis les décrochages de vendredi soir, Dominique Pétin est impeccable de justesse.

Reste le personnage de Christian Allard, qui était campé par Pierre Lebeau jusqu'à ce que ce dernier se désiste pour accueillir un nouveau contrat à Montréal.

C'est donc Vincent Bilodeau qui reprend le costume de ce directeur d'école un peu bourru et désoeuvré, qui s'éveille au contact de sa jolie convive.

À Shawinigan, avec une seule autre représentation derrière la cravate, le décalage avec les autres comédiens se faisait sentir un brin.

On lui souhaite de réajuster le tir et de doser un peu la nature burlesque de sa prestation avant son passage à Trois-Rivières le 13 mars prochain.

D'ailleurs pour les Trifluviens qui ont rendez-vous avec cette pièce, réfrénez un peu les attentes, mettez vos neurones en mode comédie sympathique et vous en serez quitte pour une agréable soirée.

 

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