Prendre le pouls d'une salle d'urgence au théâtre

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La pièce Sacré-Coeur repose sur un texte solide... (Photo: Ève Guillemette)

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La pièce Sacré-Coeur repose sur un texte solide d'Alexis Martin et une bonne distribution dont font partie Édith Paquet, Murielle Dutil, Jacques L'Heureux et Stéphane Demers.

Photo: Ève Guillemette

Linda Corbo

Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le sujet des urgentologues est dans l'air du temps. Après Trauma au petit écran, la pièce Sacré-Coeur nous invite à pénétrer les coulisses d'un service d'urgence au théâtre, avec autant d'efficacité pour sonder le quotidien de ceux qui y vivent leur boulot sous haute tension.

La pièce a fait escale mardi soir à Trois-Rivières dans un rendez-vous concluant. Texte solide, mise en scène imaginative, distribution de beau calibre, heureux dosage entre humour et tragédie, sujet actuel à haut potentiel de réflexion, cette production du Nouveau Théâtre Expérimental offre plusieurs atouts.

Mardi soir, le public trifluvien a toutefois mis un certain temps avant d'ovationner les artisans de cette pièce à l'issue de la soirée, contrairement aux ovations spontanées que l'on voit souvent à la salle J.-Antonio-Thompson. Quelques commentaires entendus à la sortie confirmaient d'ailleurs que s'il y avait eu entracte, certains en auraient profité pour déserter.

C'est dire que la pièce n'a pas fait l'unanimité, tout en visant juste au coeur de certains qui, en contrepartie, sifflaient leur admiration aux comédiens à la tombée du rideau. Mon inclination penche indéniablement de ce côté.

Cette pièce a été écrite par Alexis Martin, en collaboration avec un ami médecin (Alain Vadeboncoeur), ce qui donne à la trame une crédibilité qui se voit et s'entend.

On ne tombe pas ici dans les clichés bonbons pour divertir mais plus profondément dans les états d'âme d'un médecin confronté à la mort jour et nuit, confronté à son instinct pour conjuguer avec des prises de décisions rapides, et à ses patients, qu'ils soient sur sa table d'opération ou à se ronger les ongles dans la salle d'attente.

La pièce nous permet d'entrer en contact avec la cadence furieuse d'un médecin qui valse entre les salles d'opération et de réanimation.

On y observe la ferveur et les bons coups aussi bien que les faux pas, une lassitude devant le fait accompli et quelques désillusions traduites par des sarcasmes qui détonnent dans l'oreille de l'amateur mais qui doivent se révéler un exutoire dans un quotidien où la mort rôde toujours fatalement en coulisses.

Le médecin que l'on suit ici est incarné par Stéphane Demers, fort pertinent dans cet uniforme. À Montréal, c'est Luc Picard qui chaussait ces souliers mais le comédien semble les avoir fait siens sans problème. Drôle de coïncidence, Demers incarne aussi le père décédé du personnage de Laurence Leboeuf dans Trauma, un médecin encore une fois.

Autour de lui, les autres comédiens campent tous différents rôles avec changements de costumes et de profils impressionnants.

On y retrouve notamment une Murielle Dutil tout à fait splendide dans chacun des profils adoptés, pour conclure sur une performance globale relevée.

Tout comme on prendra plaisir à retrouver Jacques L'Heureux dans une palette de jeu tout aussi heureuse. En prime, Pierre Lebeau apparaîtra aussi dans la peau d'un psychiatre suave, celui-là toujours par le biais de vidéos toutefois.

La trame ainsi présentée ne nous amène pas d'un point A au point B, avec montée dramatique et point de chute. On est plutôt devant une pièce composée à la manière d'une courtepointe de scènes qui nous sont offertes pour prendre le pouls d'un service d'urgence, avec les humeurs, les contrariétés et les aléas du métier.

En ouverture de soirée, c'est par la diffusion d'une vidéo corporative sur l'hôpital Sainte-Croix que le public est initié à l'univers hospitalier. La candeur des propos qui s'y retrouvent ne permettront en fait que de constater le clash entre l'image qui veut être véhiculée auprès de la population, et la rude réalité observée par la suite en salles de chirurgie.

Côté mise en scène, on utilise la vidéo à répétition, peut-être trop dans certains cas, et on campe l'action dans un froid décor d'hôpital, dont les pièces se multiplient grâce à un jeu de rideau efficace pour nous transporter d'une scène à l'autre. Bien au-delà de la simple mise en place, on a affaire à une finesse de mise en scène signée Alexis Martin qui réjouit drôlement son spectateur.

Le tout forme une production dont on ne sort pas indemne. Sans y être profondément bouleversé, on entre toutefois en moins de deux heures dans un très bon blues du «doqueteur».

 

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