À la salle J.-Antonio-Thompson de Trois-Rivières, il aura fallu planifier trois soirées pour accueillir tous leurs adeptes, avec deux premières représentations données vendredi et samedi, et une supplémentaire à prévoir le 21 octobre prochain. Vendredi, au soir du premier rendez-vous, les retrouvailles ont été appréciées par une salle bondée et réceptive.
Soyons francs, le tandem retrouve ici un public gagné d'avance et reçoit un accueil prévisible, deux éléments qui ne les ont toutefois pas incités à jouer la carte de la facilité pour autant. Voilà qui est tout à leur honneur et qui peut être apprécié à travers une kyrielle de personnages qu'ils offrent à travers des prestations plutôt sportives.
Sur les planches, Guylaine Tremblay et Denis Bouchard proposent non pas un, mais quatre couples, histoire de visiter l'amour conjugal à tous les stades de la vie à deux.
Pour ce faire, les deux comédiens sont seuls sur scène deux heures durant, et nous proposent huit personnages différents, incarnant tour à tour un jeune couple d'adolescents aux prises avec leurs premiers émois jusqu'à un duo d'octogénaires mariés depuis 61 ans.
Or entre ces deux pôles, on fera aussi la connaissance de deux couples adultes, l'un arrivé au terme de sa relation et qui tentera de se divorcer proprement, et l'autre qui doit conjuguer avec une importante différence d'âge et de sérieux problèmes d'infertilité.
Au départ, les comédiens nous présentent successivement chaque duo dans une scène de leur vie conjugale qui traduit bien l'humeur du moment au sein de leur couple.
Sauf qu'une fois tous les couples bien campés, ils haussent d'un autre cran le niveau de difficulté en faisant se croiser les différents personnages entre eux, forçant les comédiens à se métamorphoser en un clin d'oeil, sans changement de costume ou de décors pour favoriser l'exercice.
Tout au long de la soirée, les deux comédiens sont revêtus de noir et n'occupent qu'un seul décor pour alimenter leur propos. Ils passeront ainsi de l'octogénaire à l'adolescent en un changement de ton, de posture ou de gestuelle.
Du coup, on oubliera rapidement les murs en carton de leur plateau de télé pour se retrouver devant deux acteurs de théâtre en pleine possession de leurs moyens.
Or des deux, Guylaine Tremblay attire tout particulièrement l'attention, notamment avec un sens du comique indéniable, bien supérieur à son personnage de Caro dans La P'tite vie d'ailleurs.
En certaines occasions elle tombera un peu dans la caricature avec des traits trop surlignés, ce qui ne nous empêche pas de souhaiter la retrouver dans ce profil éventuellement. Son efficacité transcende joyeusement la scène.
Les quelques moments plus touchants de cette pièce occuperont la deuxième portion de soirée, pour apporter plus de relief à cette production.
La pièce est signée Annie Piérard et Bernard Dansereau, les deux auteurs du téléroman Annie et ses hommes, avec pour effet que les dialogues prennent tout leur naturel dans la bouche des deux comédiens. Quant à la mise en scène, on retrouvera avec plaisir la touche experte de Denis Bouchard.
Entendons-nous, on n'a pas affaire à une pièce de théâtre qui étudie et livre son sujet en sondant les profondeurs, mais la réflexion se fait douce et belle au sein d'une pièce sympathique, qui atteint tout à fait son but auprès des spectateurs. On en ressort tout bonnement charmés, et divertis.











