On l'a décortiqué avec Denis Bouchard et Guylaine Tremblay du côté de la salle J.-Antonio-Thomspon (vendredi et samedi), on l'a effleuré avec le TGP sur une note plus grivoise à la Maison de la culture de Trois-Rivières, et finalement on l'a analysé plus en profondeur avec la bande de Christian Bégin, qui s'est penchée elle aussi sur les aléas du couple samedi soir au Centre des arts de Shawinigan, avec la pièce Pi.
Dans Pi, l'amour n'est toutefois qu'un ingrédient dans la réflexion qui porte plutôt sur le temps qui passe, sur l'état de sa relation amoureuse et sur les constats à faire pour que sa vie concorde avec ses intérêts profonds.
On explore les questionnements qui peuvent surgir autour du sens véritable que l'on veut donner à son quotidien, et inévitablement à son parcours amoureux. Un vaste menu, vous aurez deviné, mais que la troupe des Éternels pigistes nous a servi samedi soir avec finesse et intelligence.
À Shawinigan, la troupe a joué devant une salle à moitié remplie seulement, mais les spectateurs présents y ont passé une soirée de qualité.
Ce rendez-vous était peut-être moins «grand public» que celui de Trois-Rivières, mais il avait de quoi remplir les attentes avec un texte bien ficelé, un propos drôlement intéressant et une facture résolument contemporaine. Disons qu'intellectuellement, on s'élevait d'une coche du côté de Shawinigan.
Le tout repose d'abord sur un texte signé Christian Bégin, qui se révèle admirablement sous un chapeau d'auteur. Or, il n'allait pas en rester là.
L'homme campe également le personnage-pivot de sa pièce, solidement entouré par les comédiens Patrice Coquereau, Marie Charlebois, Isabelle Vincent et Pier Paquette.
Le public se retrouve devant un huis-clos tout au long de cette heure et demie qui oscille entre le drame complet et la comédie noire. Tout est joué dans une seule pièce, soit la cuisine et la salle à dîner attenante du couple Manu (Christian Bégin) et Gabrielle (Marie Charlebois).
Le premier se retrouve confronté à sa vie et à ses idéaux après un accident qui lui a fait connaître la mort pendant 17 minutes, avant de réintégrer son corps.
Huit mois plus tard, son physique est presque sans séquelle, mais son esprit ne l'est pas, baigné plutôt dans une crise existentielle aiguë qui gêne son entourage, sa conjointe en premier lieu, elle qui ne rêve que de le retrouver «comme avant», dans leur vie de couple «comme avant».
C'est donc en désespoir de cause qu'elle organise un souper avec un couple d'amis (Isabelle Vincent et Pier Paquette), ce que Manu accepte avec une condition, celle de ne pas aborder son accident, ni ses conséquences.
Il n'en faudra pas plus pour qu'autour de la table s'installe rapidement un malaise ambiant teinté de non-dits, le tout s'aggravant au point de bousiller complètement la soirée, qui semble désormais bien futile et dénuée de sens pour notre homme en plein questionnement.
La situation atteindra son point de non-retour avec l'arrivée de Marc, incarné par un Patrice Coquereau tout à fait désopilant sinon impayable, un personnage qui fera sauter les dernières réserves avec fracas.
On en est quitte pour une pièce à la fois fine et crue, qui tire à boulets rouges sur le superficiel de certaines relations et sur une attitude snobinarde qui dissimule de faux rapports.
Le tout dans une pièce éloquente pour traduire les malaises et l'ennui, grands silences inclus entre les deux verbiages d'une grande gueule qui discoure sur les méandres de l'art.
La mise en scène est parfaite pour traduire le tout sans fla-fla, en n'utilisant qu'un décor, que quelques bandes sonores et qu'un écran géant, le tout occupé par une distribution de calibre. Bref, un bien agréable coup de coeur.











