Ce projet de marier Chopin et Nelligan germe dans l'esprit créatif de la pianiste trifluvienne Denise Trudel depuis cinq ans. Voyant venir le bicentenaire de la naissance du compositeur polonais (en 2010), la professeure au Conservatoire de musique de Trois-Rivières a d'abord songé à l'élaboration d'un récital.
Puis au contact d'une amie d'origine polonaise, l'idée d'incorporer la poésie de Nelligan s'est ajoutée au plan.
Cette amie lui a présenté une traduction en polonais de 26 poèmes de Nelligan par Joanna Paluszkiewicz-Magner, dans un livre paru en 2003.
Cette docteure en littérature québécoise de l'Université Laval avait découvert Soir d'hiver plus tôt, dans un séminaire à l'Université de Varsovie.
Le lien entre le poète montréalais et le compositeur polonais est d'ailleurs suggéré par Nelligan lui-même dans son poème Chopin, inspiré de l'émoi d'un concert du pianiste Ignacy Paderewski à Montréal en 1896.
Sur le disque de Denise Trudel, Soir d'hiver est marié à la Prélude op. 28 no 4 en mi mineur, et Chopin est récité sur la Valse op. 64 en do dièse mineur.
Plusieurs titres d'oeuvres de Nelligan portent d'ailleurs des titres révélant son penchant pour la musique, que l'on pense à Vieux piano, Mazurka ou Nocturne.
Du récital au livre-disque
Denise Trudel avait demandé au fils de son amie, Martin Skorek, de réciter les vers de Nelligan en polonais et en français pour accompagner les airs de Chopin sélectionnés parmi un corpus considérable.
Une première présentation publique de cette alliance a eu lieu à l'occasion de la remise d'un doctorat honorifique à l'ancien président polonais Lech Walesa par l'Université du Québec à Trois-Rivières en novembre 2005.
Le duo y avait offert quatre poèmes, épousés par des pièces de Chopin soigneusement choisies par Denise Trudel.
La pianiste a poursuivi la démarche pour augmenter le répertoire et constituer un concert qui a été présenté à quelques occasions jusqu'à ce que l'idée d'immortaliser le concept s'impose.
Après avoir trouvé un éditeur (non sans mal), Mme Trudel a pu concrétiser le projet de disque-livre en enregistrant les 16 pièces de Chopin sur lesquelles le comédien (aussi ingénieur!) Martin Skorek a livré les mots de Nelligan, comme s'il s'agissait d'une musique qui s'amalgamait aux notes de la pianiste.
Le produit (le livre est illustré par Paule Trudel-Bellemare) est presque prêt et devait être disponible à la vente ce printemps. Le but est aussi de pouvoir publier en Europe le livre-disque entièrement bilingue.
Quoi qu'il en soit, deux concerts sont déjà prévus en Pologne en septembre prochain.
Un fond de nostalgie
Le compositeur Frédéric Chopin est né en Pologne en 1810, d'un père français et d'une mère polonaise. Il s'est installé à Paris en 1831 et y mourut 18 ans plus tard. Entièrement dédié au piano, son répertoire comprend nombre de valses, polonaises, études, préludes, nocturnes, mazurkas et berceuses.
Émile Nelligan est pour sa part né en décembre 1879 à Montréal. Atteint de ce qui fut qualifié de psychoses, il fut hospitalisé à la retraite Saint-Benoît à l'âge de 19 ans. Puis, de 1925 jusqu'à son décès le 18 novembre 1941, il fut interné à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu. Il a principalement écrit entre les âges de 16 et 19 ans.
«Chez Nelligan et Chopin, il y a un fond de nostalgie; je ne dirais pas jusqu'à un mal de vivre, mais une grande sensibilité. Ils ont créé jeunes, avec tous les deux un grand raffinement. Chopin était hors de sa patrie et a toujours écrit avec cette espèce de nostalgie de son pays», commente Denise Trudel, qui qualifie l'oeuvre du compositeur d'«inégalée et unique».











