Vivre dans le monde des grands

  • Taille du texte
  • Imprimer
  • Envoyer

    Vous pouvez indiquer plusieurs adresses séparées par des virgules.

    Le commentaire peut contenir un maximum de 1500 caractères.

    Transfert des données
    Merci:

    Votre message a bien été envoyé!

    Pour envoyer à d'autres amis, cliquez ici

Vivre dans le monde des grands

Agrandir

Faire son épicerie est l'une des activités courantes qui présentent des obstacles pour une petite personne. Kathleen Bibeau, sur la photo, doit demander de l'aide pour atteindre plusieurs produits placés trop haut sur les étalages.

Photo: Ève Guillemette

 

Catherine Lapointe
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Kathleen Bibeau a 34 ans. Technicienne en architecture, elle travaille sur un horaire régulier. Elle vit avec son chat, Charlie, dans un 4 et demi, tout ce qu'il y a de plus normal. Elle a une voiture pratiquement neuve, fait ses courses comme tout le monde et sort avec ses amis le week-end venu. Pourtant, elle se fait tous les jours regarder de haut. Kathleen est une petite personne.

Du haut de ses 4 pieds et 3 pouces, elle se décrit comme une «géante» dans le monde des gens de petite taille. Malgré cela, le quotidien est une succession d'embûches pour elle.

 

Se promerner à l'épicerie avec elle permet de s'apercevoir qu'elle doit bien souvent se contenter d'acheter de petits formats, souvent plus chers, lorsque les gros se retrouvent sur une tablette inaccessible pour elle. Il en est de même pour les sortes d'aliments qu'elle préfère, mais qu'elle ne peut s'acheter faute d'aide.

«Je suis pas forte là-dessus, demander de l'aide, je suis un peu gênée avec ça», explique-t-elle.

Lorsqu'elle doit payer par paiement direct, elle ne peut bien souvent assurer la confidentialité de son NIP puisque les machines fixées, elle les atteint à bout de bras. Il en est de même lorsqu'elle veut passer à la caisse, dont elle peut à peine regarder par-dessus.

«Quand on vit avec un handicap, on en vient à développer des trucs pour compenser. On vient qu'on ne s'en rend plus vraiment compte...»

Celle qui travaille au BAIL, où tout l'équipement est adapté, espère cependant qu'un jour les commerces seront davantage accommodants pour les personnes comme elle.

Son véhicule? Bien ordinaire à première vue. Quand on y entre, on constate que des extensions sont fixées aux pédales, qu'un coussin spécial se retrouve sur le banc du conducteur et qu'un bras Bruno, qui lui permet de ranger le triporteur qu'elle doit parfois utiliser, a été installé.

Outre son chat, son fidèle compagnon à la maison est un banc d'appoint. «Je n'utilise pas les armoires du haut puisque je ne peux pas les atteindre. Je me suis acheté deux armoires plus basses pour les remplacer. Et pour la laveuse, la sécheuse et le four, j'ai des installations aux commandes frontales», décrit Kathleen pour résumer les ajustements qu'elle a dû faire à son appartement situé au rez-de-chaussée.

Des préjugés... qu'elle aussi a dû surmonter

«À l'école primaire et même jusqu'au cégep, j'ai toujours eu des gardes du corps», se souvient Kathleen avec amusement. Ce n'était pas les gens de son âge qui étaient les plus insolents à son égard. «Souvent, c'était les plus jeunes qui étaient méchants avec moi, mais les gens de ma classe me défendaient.»

Elle raconte que l'attitude des aînés est bien souvent la pire et la plus blessante. Kathleen est la seule à être atteinte de nanisme dans sa famille. «Une fois, je me promenais avec ma mère dans la rue et un vieil homme lui a lancé: ''Tu promènes ton petit chien?''.»

Bien que le regard des autres ait pu être surmonté, elle signale que le pire était de s'accepter elle-même.

«J'ai fait partie d'une association jusqu'à l'adolescence. Par la suite, je me suis mise à ressentir de la honte à me promener aux côtés de personnes handicapées. Je croyais jusque-là que je m'acceptais bien, mais il s'est avéré que je ne m'acceptais pas tant que ça.» De ce fait, son cercle d'amis ne comprend pas de personnes handicapées.

C'est en commençant à travailler au Bureau d'aide et d'information sur le logement (BAIL) en Mauricie que Kathleen a passé outre ses barrières et brisé son isolement. «Maintenant, ça va bien. C'est peut-être plus au niveau de se faire un chum qui est moins évident, mais à part de ça, je m'accepte très bien. J'accepte mon corps, ma grandeur et mes limitations.»

«Les gens normaux ont bien souvent des préjugés sur les gens handicapés, mais nous aussi on en a parfois et on doit apprendre à les surmonter.»

Un handicap trop souvent oublié

Quand on parle d'handicap ou de mobilité réduite, il est inévitable de penser aux gens qui se meuvent à l'aide d'une chaise roulante. C'est d'ailleurs la forme d'handicap la plus médiatisée. «Pourtant, les gens qui se retrouvent en chaise roulante ne représentent qu'une forme de handicap parmi tant d'autres et ils ne représentent pas la majorité», soutient Mme Bibeau.

Selon le site de l'Association québécoise des personnes de petite taille, le nanisme est un handicap sérieux qui entraîne, dès la naissance, des conséquences importantes sur la santé physique, la vie quotidienne et la participation sociale des individus.

catherine.lapointe@lenouvelliste.qc.ca

 

publicité

la liste:246:liste;la boite:267:box

Aujourd'hui sur Lapresse.ca

Précédent

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Les plus populaires sur Auto

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

image title
Fermer