Alain Hébert signait une lettre ouverte dans la section «Opinions» et elle n'est pas passée inaperçue.
Joint hier, M. Hébert précise que sa petite entreprise de trois employés avait répondu à un autre appel d'Alcan il y a cinq ans. Il avait alors réduit ses prix de 15 %.
M. Hébert comprenait que s'il refusait de réduire ses marges cette fois-ci, Rio Tinto Alcan offrirait son contrat à un autre fournisseur, possiblement du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il s'est finalement résigné à réduire ses prix d'un autre 5 %.
«Rio Tinto aurait dû commencer à couper à l'interne, à voir où sont les pertes de temps et s'asseoir avec le syndicat pour demander une contribution. Par exemple, 10 % du salaire», suggère-t-il.
«Les gars tomberaient à 30 $ l'heure; ça ne les affecterait pas tant que ça! Chez moi, celui qui gagne 13 $ l'heure est sûr qu'il n'aura pas d'augmentation cette année.»
Malaise
Jean-François Venne, propriétaire de l'entreprise Plomberie Venne & fils, a participé à la rencontre convoquée par Rio Tinto Alcan Métal primaire le 23 janvier, à Montréal. La multinationale souhaitait alors sensibiliser les sous-traitants aux difficultés qu'elle affrontait.
«C'est un travail de partenariat», explique-t-il. «Alcan nous demande de trouver, à l'interne, des moyens pour améliorer les coûts. La directive est claire: la santé et la sécurité des travailleurs ne doit jamais être touchée par les coupures. Mais pour le reste, l'objectif est de redonner une viabilité à l'usine.»
«Tout le monde coupe à travers le Québec», enchaîne-t-il. «C'est un privilège de faire affaire avec Alcan, pas un droit! Ce n'est pas aux fournisseurs de sauver Rio Tinto. Mais comme citoyen corporatif, nous avons le devoir de faire notre effort.»
Les doléances de M. Hébert résonnent dans les oreilles de Guy St-Arnauld, propriétaire d'Usinage Tremblay à Trois-Rivières... et ex-travailleur à l'aluminerie. Au cours des derniers mois, il a ressenti les secousses chez Aleris, les papeteries et Rio Tinto Alcan.
«Tout le monde doit mettre la main à la pâte», explique-t-il. «Il faut remodeler nos affaires un peu. J'ai travaillé 17 ans à cette usine. La survie de l'aluminerie, je l'ai à coeur.»
Hier, M. St-Arnauld sillonnait l'Abitibi à la recherche de nouvelles opportunités d'affaires. C'est aussi la stratégie que privilégie Nicolas Massicotte, vice-président, finance et administration chez TecFab International.
Traditionnellement, la réfection de cuves occupait jusqu'à 20 % du chiffre d'affaires de cette PME de Shawinigan. Depuis dix ans, TecFab International est parvenue à gruger 20 % de ses coûts pour ces travaux, afin de maintenir de bonnes relations d'affaires avec son client.
Prochainement, l'entreprise lancera un nouveau produit pour contrebalancer la fin de la réfection de caissons, une opération qui était de toute façon condamnée à moyen terme.
Tout de même, huit emplois, dont deux à temps plein, ont dû être sacrifiés pour le moment, parce que Rio Tinto Alcan déplacera sans doute des cuves de Beauharnois à Shawinigan.
«Aujourd'hui, peu importe le domaine, l'objectif demeure de livrer des résultats», soutient M. Massicotte. «Il faut s'adapter. Quand Alcan a fermé Arvida, nous avions été arrêtés pendant 18 mois. La vie continue.»











