«La demande a été très forte jusqu'à l'an dernier», explique Monique Thomas, directrice de l'Association des producteurs de canneberge du Québec.
«En 2001, le prix était très bas, mais il a augmenté progressivement et des producteurs se sont mis à trouver que la canneberge représentait un investissement rentable. Par exemple, dans Lanaudière, d'anciennes terres à tabac ont été transformées en cannebergières et ça fonctionne très bien.»
«Nous sommes passés d'une quinzaine de producteurs, au début des années 90, à 66 actuellement», ajoute-t-elle. «Ils se sont associés à des transformateurs, qui ont longtemps manqué de fruits parce que la demande était forte, surtout des États-Unis. Mais la crise économique a fait chuter le prix de la canneberge.»
En fait, la valeur d'un kilogramme sur le marché est passée de 1,83 $, en 2008, à 0,75 $ cette année. Il s'agit de la fin abrupte d'un cycle haussier amorcé en 2005.
Le prix est toutefois descendu à 0,55 $ le kilo en 2000. À ce moment, les producteurs du Québec récoltaient 14,3 millions de kg de canneberges alors qu'en 2008, ce volume s'établissait à 36,1 millions de kg.
«Les prix vont remonter», assure Mme Thomas. «C'est une industrie cyclique, la crise économique va passer et de nouveaux marchés seront développés.»
Ce contexte défavorable n'effraie pas trop Jean-François Lasnier, actionnaire de la Perle Rouge qui s'établit présentement dans le rang Lamothe, secteur Shawinigan-Sud. «Les exigences environnementales sont de plus en plus élevées, les coûts d'aménagement sont de plus en plus chers et les prix de vente sont à la baisse», résume-t-il.
«Ce n'est pas une période idéale pour le financement, mais il faut le voir comme un projet à long terme. De toute manière, je n'ai rien à vendre avant trois ans. L'avantage, c'est que le prix des boutures devrait aussi baisser.»
Luc DeCubber, président de l'Association des producteurs de canneberges du Québec, hésite à qualifier cette audace. Il ne s'attend pas à ce que la crise vienne à bout des producteurs expérimentés, mais de façon générale, il observe un report dans certains investissements.
«La situation n'est pas dramatique», rassure-t-il. «Depuis 40 ans, le prix historique moyen se situe à 40 cents la livre. Nous sommes actuellement à 35 cents, donc à un niveau un peu plus bas. Mais la plupart des producteurs vont passer à travers.»
«Il reste encore beaucoup de marchés à développer», explique M. DeCubber. «En Amérique du Nord, on connaît une baisse. Mais on voit une grande demande pour l'Europe et le Japon, en raison des qualités antioxydantes du fruit.»
De plus, la variété des produits de transformation aide les producteurs. Lors de la baisse des prix au début du nouveau millénaire, la canneberge était essentiellement transformée en jus ou en concentré. «Depuis les cinq dernières années, on retrouve beaucoup plus de produits, notamment la canneberge séchée qui a pris une bonne part de marché», fait remarquer le président de l'APCQ. «Ça a aussi permis de diversifier notre clientèle.»
Jusqu'à l'appel du Nouvelliste, M. DeCubber n'avait jamais entendu parler de M. Lasnier ou de la Perle Rouge. L'APCQ souhaite maintenant être associée de près à ce projet, notamment en se déplaçant pour apaiser les craintes de la population locale sur les impacts environnementaux.










