Abattoir Colbex: la grogne monte

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Jocelyn Dorion et Guy Lessard.   ... (Photo: Stéphane Lessard)

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Jocelyn Dorion et Guy Lessard.

Photo: Stéphane Lessard

Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Yamachiche) La grogne monte chez les producteurs de bovins et de lait du Québec au sujet des frais qui leur sont imposés pour financer la dette sur l'abattoir Colbex, cet abattoir acheté par la Fédération des producteurs de bovins du Québec, en 2006, dans la foulée de la crise de la vache folle.

Un groupe de huit producteurs, parmi lesquels Guy Lessard de Sainte-Ursule, parcourt actuellement le Québec afin de prendre le pouls des producteurs et de demander une enquête sur la gestion de cet abattoir. Hier, ce groupe a tenu une rencontre d'information à Yamachiche.

C'est que pour financer l'abattoir à partir des contributions des producteurs, la fédération s'est basée sur un montant calculé d'après un taux de réforme moyen dans les productions. Dans la production laitière, par exemple, le taux de réforme a été fixé à 27 %, ce qui signifie que sur 100 vaches, 27 d'entre elles sont envoyées à l'abattoir chaque année, explique M. Lessard.

La Fédération des producteurs bovins du Québec facture donc aux producteurs 53,86 $ par vache réformée.

Ce qui déplaît à certains producteurs, c'est que la fédération les oblige à payer pour 27 vaches même s'ils sont en bas de la moyenne et ne réforment que 10 ou 12 vaches dans l'année.

Le groupe de producteurs, qui demande une enquête de la Régie des marchés agricoles dans cette affaire, a parcouru huit régions, jusqu'à présent, pour aller rencontrer d'autres producteurs et récolter des contributions volontaires de 50 $ et plus afin de financer un avocat pour défendre cette cause. Le groupe se scandalise d'apprendre que l'abattoir a été acheté pour la somme de 62 millions $, somme qui n'a été dévoilée aux producteurs de deux ans après l'achat. Selon M. Lessard, cet abattoir ne valait pas plus que 10 à 15 millions $.

Le président de la Fédération des producteurs de bovins de la Mauricie, René Perreault, tient à préciser que l'évaluation de l'abattoir n'a pas été faite par la fédération, mais par une firme spécialisée.

M. Lessard reconnaît que des réunions d'information ont été tenues pour expliquer la situation aux producteurs, mais il plaide qu'à peine 5 % d'entre eux participent à ce genre de réunion. «On ne savait pas que c'était pour virer comme ça», dit-il.

L'an passé, ajoute-il, l'abattoir a fait un déficit de 3,5 millions $ en 10 mois et le déficit est maintenant à 7,8 millions $.

M. Lessard ajoute que la Fédération des producteurs de bovins du Québec est sur le point d'adopter une résolution selon laquelle l'abattoir Colbex deviendra un canal unique par lequel tous les bovins du Québec devront passer pour être abattus, un monopole qui l'inquiète.

M. Lessard affirme que le groupe des huit producteurs a obtenu une rencontre avec la Régie des marchés agricoles en février pour discuter de ce dossier.

 

A la défense de Colbex

Le président de la Fédération des producteurs de bovins de la Mauricie et membre du conseil d'administration de Colbex, René Perreault, explique que le choix de chiffrer à 27 % le taux de réforme, c'est-à-dire de faire débourser 53,86 $ pour chaque vache envoyée à l'abattoir et de facturer systématiquement l'abattage de 27 vaches par 100 têtes, même si le producteur n'en fait pas abattre autant, relève d'une question d'équité entre producteurs.

Ce taux de 27 % est d'ailleurs moins élevé que celui qu'a établi le système de contrôle laitier et qui se situe entre 30 et 33 %, signale M. Perreault.

Ce dernier maintient que le choix d'acheter l'abattoir Colbex a été largement accepté par les producteurs de bovins avec toutes les conséquences que représentaient cet achat. Même si le producteur Guy Lessard de Sainte-Ursule maintient que seulement 5 % des producteurs participent aux assemblées d'information et n'étaient donc pas bien informés de tenants et aboutissants de la gestion d'un abattoir comme Colbex, René Perreault rappelle que des assemblées spéciales à ce sujet ont été tenues dans toutes les régions du Québec et que tous les producteurs de bovins avaient reçu un avis de convocation. «S'il n'y en a eu que 5 % ou 10 % qui sont venus, on ne peut pas les forcer», plaide-t-il. «En Mauricie, il y avait beaucoup de monde dans la salle. Ça a voté au-delà de 60 % pour l'achat et le 53,86 $ par bovin, c'était connu», rappelle-t-il. «Le 24 novembre, on a eu une réunion à Drummondville où les conseils d'administration du bovin et du lait de chaque région étaient présents», dit-il. Les producteurs ont alors réitéré leur appui à Colbex.

Les producteurs bovins du Québec verseront au total 30 millions $ pour payer l'abattoir. Selon M. Perreault, il en aurait coûté beaucoup plus aux producteurs si l'abattoir n'avait pas été acheté en 2006.

Actuellement, dit-il, l'abattoir commence à être rentable. Il l'était au moment de l'achat car il générait 1 million $ par semaine. Le problème, c'est qu'à la suite de la crise de la vache folle, le gouvernement du Canada, par le biais du Conseil canadien des viandes, a imposé des normes pour gérer les matières à risques spécifiés (MRS) afin de que soient retirés des carcasses les éléments du système nerveux comme la cervelle et l'épine dorsale. Cette mesure coûte 31,70 $ par carcasse, une véritable petite fortune qui a occasionné des déficits successifs de 3,5 millions $ et de 7,8 millions $ à Colbex.

Cette mesure affecte aussi la compétitivité des bovins canadiens puisqu'elle n'est pas imposée dans les abattoirs américains. S'il y a une bataille à faire, croit René Perreault, c'est bien celle-là.

«On serait bien mieux, tous les producteurs ensemble, de faire pression sur le gouvernement fédéral», propose-t-il.

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