Discrète ou pas, la candidate conservatrice n'aurait pour ainsi dire jamais eu de chances d'être élue, si on se fie aux résultats pour la circonscription de Trois-Rivières du sondage Segma Unimarketing, réalisé pour Le Nouvelliste et le Groupe Gesca.
Si l'élection fédérale avait eu lieu cette semaine, la députée bloquiste sortante, Paule Brunelle, aurait obtenu plus du double des appuis de la candidate conservatrice Claude Durand, dont on disait pourtant en début de campagne qu'elle pourrait ravir assez facilement la circonscription au Bloc québécois.
À 53 % d'intentions de vote, après répartition de 15 % d'indécis, Mme Brunelle pourrait obtenir une victoire aussi éclatante qu'en 2004 (56,5 %) indique la maison de sondage.
L'avance de Mme Brunelle semble par ailleurs insurmontable et très solide. Fait notable, elle obtient de bons scores tout autant dans les secteurs de Trois-Rivières que de Cap-de-la-Madeleine et ce, auprès de différents groupes (sexe, et âge). La députée bloquiste qui a mené une campagne efficace mais sans éclat paraît indélogeable. Elle a par ailleurs bénéficié de nombreuses visites de son chef, Gilles Duceppe, au cours des dernières semaines.
Claude Durand, présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières, une candidate de prestige pour le Parti conservateur et que certains voyaient même ministre régionale, n'obtient que 23 % des intentions de vote, contre 13 % seulement pour le candidat libéral, Marcos Simard, la révélation de cette campagne.
Malgré ce score un peu décevant, (il ne fait pas mieux que Jean-Éric Guindon en 2004 qui avait obtenu 27,3 %) plusieurs ont émis le voeu de revoir ce jeune homme dynamique et charismatique.
Ces résultats laisseraient peu d'espoir aux adversaires de Mme Brunelle de renverser la tendance même si 39 % des répondants affirment pouvoir encore changer d'idée d'ici le 14 octobre. La députée sortante est en effet celle dont les intentions de vote sont les plus fermes (ses appuis grimpent à 57 % dans le vote définitif).
Par ailleurs, la majorité des répondants (59%) croient dans l'élection d'un gouvernement conservateur minoritaire à Ottawa, le 14 octobre, et plus de la moitié (51 %) disent craindre la perspective d'un gouvernement conservateur majoritaire.
Mme Brunelle profite largement de ce phénomène, puisque 66 % de ses partisans considèrent qu'il serait dangereux de voir les conservateurs devenir majoritaires... ce qu'elle a d'ailleurs martelé pendant la campagne, dénonçant l'idéologie de droite de cette formation politique.
Devant de tels résultats et la quasi-impossibilité de voir des changements d'ici le 14 octobre, on peut se demander si le premier ministre Stephen Harper prendra quand même le temps de faire un arrêt en Mauricie en fin de semaine.
Rappelons qu'il est attendu dans Saint-Maurice-Champlain, plus précisément à la propriété de Roger D. Landry, à Sainte-Geneviève-de-Batiscan, où un rassemblement partisan est prévu.
Soulignons par ailleurs que la candidate du Nouveau parti démocratique, Geneviève Boivin, que l'on n'a pas vue du tout pendant la campagne électorale, obtiendrait 8 % des intentions de vote et la candidate du Parti vert, Ariane Blais, 3 %.
Ce résultat est d'autant plus décevant pour Mme Blais qu'elle a et de loin mené la meilleure campagne pour les verts dans la région, n'hésitant pas à prendre part à plusieurs débats où la pertinence de ses interventions a été remarquée.
Laforest en très bonne position
Avant de sabler le champagne, le candidat bloquiste doit cependant garder un oeil sur Ronald Saint-Onge Lynch, surtout si l'engouement en faveur du Parti libéral prend de l'ampleur en fin de semaine.
Le sondage réalisé par la firme Segma-Unimarketing pour Le Nouvelliste démontre que M. Laforest dispose d'une forte avance. Avec 49 % des intentions de vote après la répartition des indécis, il devance par 26 points le conservateur Stéphane Roof. M. St-Onge Lynch suit à 20 %, tandis que le Nouveau parti démocratique et le Parti vert recueillent des miettes.
Des résultats assez étonnants, dans la mesure où le PC avait amorcé sa campagne le torse bombé dans Saint-Maurice?Champlain, convaincu de pouvoir renverser le député sortant. Il semble toutefois que les électeurs du comté suivent la tendance nationale et larguent l'équipe de Stephen Harper.
«Le Bloc ramène les brebis qui s'étaient égarées», observe Raynald Harvey, président de Segma-Unimarketing. «Les conservateurs sont en chute libre au Québec et ça explique les résultats dans Saint-Maurice - Champlain.»
Stéphane Roof a pourtant bien équilibré ses apparitions publiques et n'a pas ménagé les poignées de main durant la campagne. Mais depuis le débat des chefs, son parti est entraîné dans une glissade qui ne pourra visiblement pas être renversée à temps.
«M. Roof n'a pas fait la pire campagne, puisqu'il a eu le courage de se montrer à gauche et à droite», commente M. Harvey. «Mais les Québécois en sont venus à la conclusion que les conservateurs ne reflétaient pas leurs valeurs. Au mieux, le PC pourrait conserver les comtés qu'il possède déjà... et pourrait même en perdre si la tendance se poursuit.»
Les attaques répétées sur la pertinence du BQ se sont finalement retournées contre les conservateurs. Me Roof ne s'était pas privé de cette arme au lancement de sa campagne.
«Une erreur monumentale», constate M. Harvey. «Ils disaient à la clientèle qu'ils souhaitaient aller chercher qu'ils avaient voté comme des idiots depuis une dizaine d'années! C'était une stratégie complètement stupide.»
Par ailleurs, 61 % des électeurs du comté pensent que le prochain gouvernement à Ottawa sera minoritaire. Un peu plus de la moitié des personnes sondées craignent une majorité conservatrice.
Et voilà Ronald
Les libéraux partaient de très loin dans cette campagne, surtout en région où les organisations étaient réduites à leur plus simple expression. Mais M. Harvey considère que l'attitude du premier ministre du Québec au cours des dernières semaines produit des effets positifs sur le grand frère fédéral.
Le président de Segma-Marketing reconnaît aussi les mérites de Ronald Saint-Onge Lynch pour réussir à séduire un électeur sur cinq... jusqu'ici. En janvier 2006, les libéraux n'avaient récolté que 11,5 % des votes dans Saint-Maurice?Champlain.
«Vingt pour cent, c'est déjà un succès d'estime pour lui», convient M. Harvey. «La marque libérale n'a plus beaucoup de valeur au Québec depuis le scandale des commandites.»
En raison de la tendance observée au cours des derniers jours, M. St-Onge Lynch pourrait gagner encore des points d'ici mardi.
On peut difficilement imaginer qu'il coiffera Jean-Yves Laforest au fil d'arrivée, mais à 18 %, le taux d'indécis dans le comté est deux fois plus élevé que la moyenne québécoise. De plus, 34 % des électeurs de Saint-Maurice?Champlain estiment qu'ils peuvent encore changer d'idée, un bassin qui peut être influencé par une tendance nationale forte.
«Peut-être que les gens en viendront à voter libéral pour avoir un député au pouvoir», réfléchit M. Harvey. «Il manquerait peut-être une semaine au PLC pour vraiment jouer cette carte. Mais dans Saint-Maurice?Champlain, ce n'est pas impossible que les libéraux finissent devant les conservateurs.»?
Méthodologie
L'échantillon a été tiré aléatoirement parmi les échanges téléphoniques des circonscriptions et les répondants ont été sélectionnés de façon aléatoire parmi les personnes de 18 ans et plus au sein des ménages contactés. Au total, 500 entrevues ont été réalisées dans chacune des circonscriptions fédérales. Les résultats d'ensemble comportent une marge d'erreur échantillonnale maximale de +/- 4,4 % et ce, 19 fois sur 20. Notez que dans le rapport, les résultats en % peuvent ne pas totaliser 100 % à cause du facteur d'arrondissement.











