Leader de l'ADQ, «ce n'est pas dans mes plans»

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Leader de l\'ADQ, «ce n\'est pas dans mes plans»

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Sébastien Proulx s'interroge sur son avenir.

Photo: Stéphane Lessard

Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'ex-député adéquiste de Trois-Rivières et ex-leader de l'opposition officielle, Sébastien Proulx, ne cesse de répéter depuis lundi soir que ce n'est pas dans ses plans de devenir le nouveau chef de l'Action démocratique du Québec et jure qu'il n'a même pas encore pris le temps de réfléchir à cette possibilité.

Le problème, c'est qu'il n'arrive pas à convaincre la meute de journalistes qu'il a à ses trousses depuis 24 heures.

C'est avec une heure de retard qu'il s'est présenté à son rendez-vous au Nouvelliste, le cellulaire collé à l'oreille en train d'accorder une entrevue à une radio de Québec. Pendant ce temps, des dizaines de courriels non ouverts s'accumulaient dans son blackberry à une vitesse effarante, sans qu'il ait eu le temps d'y répondre. Sur la table où il prend finalement place, se trouve un exemplaire de La Presse où on le désigne comme le successeur naturel de Mario Dumont.

De la pression sur les épaules? «Moi, je refuse de m'en mettre. Ce n'est pas que ça ne me tente pas mais je n'ai pas encore réfléchi à ça. Franchement», répond-il. Et de fait, bien que son horaire soit très chargé, il semble d'excellente humeur et en pleine forme.

Comme tout le monde, le départ de son chef l'a pris par surprise en pleine soirée électorale. Quand on lui fait remarquer que c'est difficile à croire, vue sa position dans le parti, il assure que c'est cinq minutes après que Mario Dumont eut terminé son allocution à la télévision que son cellulaire a sonné. C'était lui.

«J'imagine que la réflexion de quitter devait exister et qu'il restait à décider quand il l'annoncerait. Je sais qu'il s'est isolé une heure avec sa famille au souper. C'est là que la décision s'est prise. Je ne suis pas choqué de ça. La gentillesse qu'il m'a toujours témoignée s'est manifestée à nouveau hier soir (lundi soir).»

On a beau insister, lui demander ce que les adéquistes devraient lui dire pour qu'il accepte la direction de l'ADQ, il se contente de sourire.

C'est que les lendemains de l'élection du 8 décembre sont difficiles. Plus de chef, plus de statut d'opposition officielle, une poignée de députés orphelins, plus d'argent, plus de cabinet, plus de budget de recherche...Les rares élus de l'ADQ se retrouvent avec un simple statut de député indépendant presque muet. Le prochain chef aura un défi incroyable à relever. Or, Sébastien Proulx n'est même plus député.

L'ADQ fera un post mortem, assure ce dernier, qui compte à tout le moins rester un militant.

Si on insiste pour lui rappeler que beaucoup de gens le voient au fédéral, dans un autre parti provincial et même à la mairie trifluvienne, il répond en boutade qu'il pense se présenter aux élections scolaires... ce qui, venant d'un adéquiste, ne manque pas de saveur. «Comme marguillier, alors?» rétorque-t-il.

Conscient de jouir d'un véritable capital de sympathie qui pourrait disparaître rapidement, il confie vouloir laisser les événements venir à lui.

«Dans la vie, on ne peut tout provoquer, au risque de s'y perdre et d'échapper des morceaux. Je le sens ce capital de sympathie. Les gens m'arrêtent sur la rue pour me dire qu'ils sont déçus et qu'ils ont apprécié ma franchise. Je sens un certain attachement.»

Sébastien Proulx assure que s'il a déménagé à Trois-Rivières avec sa petite famille, ce n'est pas pour en repartir demain. «Ce n'est pas dans mes plans. Nous sommes bien implantés ici. Nous adorons ça. Je vais laisser venir, me désintoxiquer de l'information.»

La raison de la défaite

Qu'est-ce qui a perdu l'ADQ? L'analyse reste à faire, mais l'ex-député de Trois-Rivières est d'accord avec ceux qui ont dit que Mario Dumont a été plus efficace en campagne électorale que comme chef de la première opposition officielle.

Sébastien Proulx répète que les attentes de la population envers un parti de l'opposition étaient trop élevées.

«Les gens nous pensaient au pouvoir. Nous ne l'étions pas! Ils ont été déçus. Et puis, à l'Assemblée nationale, on a joué beaucoup contre Mario Dumont. Il a été la cible longtemps des deux partis. Il faut être fort. Mais bon, c'est ça la réalité. Moi aussi je suis déçu mais on n'est pas morts. On est en forme et en santé.»

L'ex-leader de l'opposition officielle rappelle aussi que l'ADQ incarnait une vision d'avenir. «Les gens sont d'accord avec nos constats. Il faudra vendre mieux nos solutions. Mais quand je regarde ça, (le journal avec les photos des députés élus en Mauricie) je constate que ce n'est pas ma génération qui est au pouvoir.»

Sébastien Proulx estime par ailleurs que la façon dont on a traité la candidature dans Champlain de Luc Arvisais (le directeur du CLD de Shawinigan) n'est pas pour encourager les gens à se présenter en politique.

«Ce matin, je ne suis pas sûr que les décideurs de Shawinigan sont mieux servis après ce qu'ils ont fait. Ils ont mis du brouillard sur la ligne. Luc Arvisais est une personne intègre, honnête et bien en vue. Il est capable de faire affaires avec n'importe qui au gouvernement. Ce n'est pas parce qu'il s'est présenté pour l'ADQ qu'il faut faire vivre de mauvais moments à Shawinigan. Il va demeurer un intermédiaire crédible», assure-t-il.

Proulx ignore ce qu'il fera

Avocat, employé de l'ADQ, chef de parti, communicateur, Sébastien Proulx affirme qu'il ignore encore ce qu'il fera demain, sinon qu'il lui faut assurer l'avenir de sa famille et prendre un peu de repos.

Cet avocat spécialisé dans le droit des assurances ne ferme pas la porte à un retour à une pratique qu'il a délaissée depuis cinq ans.

«On verra, ce n'est pas moi qui vais aller cogner aux portes. Si quelqu'un pense que je peux lui être utile, il va me solliciter», croit-il.

Il ne cache pas avoir découvert le monde des médias, mais là encore, il n'enverra pas son C.V. Il attend des propositions et ne semble pas douter qu'il y en aura.

Pas question de vider ses filières

Sébastien Proulx n'a pas l'intention de faire subir à la nouvelle députée libérale de Trois-Rivières le traitement qu'André Gabias lui avait réservé lors de son arrivée comme député, alors qu'il avait trouvé des filières de dossiers de comté complètement vides.

Il quittera son bureau en laissant les dossiers actifs, histoire de faire gagner du temps à sa remplaçante.

L'intérêt des contribuables

«C'est les intérêts des gens de Trois-Rivières qui priment là-dedans. Nous, il est clair qu'on va mettre fin à nos dossiers le plus rapidement possible. On va éliminer les renseignements nominatifs, au sens de la loi, mais les dossiers institutionnels et d'organismes, seront transférés en bonne et due forme.»

M. Proulx, qui a croisé Danielle Saint-Amand à l'occasion des nombreuses entrevues qu'il a accordées, hier, lui a déjà fait part de ses intentions et en a profité pour la féliciter.

Attitude généreuse

«Je l'ai assurée de ma collaboration et je pense que c'est comme ça que ça doit se faire.» Pour sa part, Mme Saint-Amand dit trouver cette attitude très généreuse.

Le parti va survivre

Sébastien Proulx est convaincu que l'Action démocratique du Québec va survivre au départ du chef fondateur Mario Dumont même si bien des gens n'arrivent pas à imaginer leur avenir sans lui.

ADQ, le parti de Mario Dumont

«C'est vrai qu'on écrivait sur les bulletins de vote: ADQ, le parti de Mario Dumont, concède l'ex-député de Trois-Rivières. Mais je pense que c'est notre défi comme parti politique. Je ne prétends pas que c'est un exercice assuré. Mais je dis que ce véhicule-là, qui est fait de gens de partout au Québec et qui est tissé serré, s'il trouve une incarnation suffisamment forte pour livrer le message, ce parti va survivre.»

Questions sur la survie

Sébastien Proulx constate que l'ADQ est revenue avec son noyau de base, son noyau dur, et qu'elle devra travailler avec cette base. Les questions qu'elle se pose sur sa survie sont saines, analyse-t-il, et il faut commencer par celles-là.

D'autres transfuges?

Craint-il que les sept députés adéquistes passent du côté péquiste ou libéral? Il répond qu'il ne serait pas étonnant qu'il y ait des tentatives de la part des deux autres partis mais, fait-il remarquer, les libéraux, maintenant majoritaires, n'ont plus les mêmes raisons d'agir ainsi.

«Bon, on fait des gestes dans la vie. Si des députés font ce choix, ça ne me concerne pas.»

 

 

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