Cadre en acier, hanches en titane et émotions à fleur de peau

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Le 25 mai prochain, Michel Beaudoin de Gentilly... (Photo: François Gervais)

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Le 25 mai prochain, Michel Beaudoin de Gentilly entreprendra un long périple à vélo. Il pédalera en solitaire de l'Alaska à la Terre du feu, en Argentine.

Photo: François Gervais

Isabelle Légaré

Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Gentilly) En apprenant que leur ami, porteur de deux hanches artificielles, s'apprête à enfourcher son vélo pour engloutir en huit mois quelque 22 000 kilomètres entre l'Alaska et la Terre du feu, plusieurs réagissent spontanément par un: «T'es malade!». Dans les oreilles de Michel Beaudoin, cette exclamation résonne comme un encouragement à appuyer encore plus fort sur ses pédales.

Michel Beaudoin, 65 ans, m'accueille avec une poignée de main ferme suivie immédiatement d'un conseil d'ami. Le gars se décrit comme un passionné et insiste pour que ça paraisse entre les lignes. Message reçu. Pour se sentir en vie, notre retraité a besoin de sortir de sa zone de confort.

J'ai devant moi un ex-policier et enquêteur à la Sûreté du Québec qui connaît tout le monde et que tout le monde connaît à Gentilly. Pour toutes sortes de raisons qui vont de ses longues heures d'implication bénévole aux projets les plus fous. À commencer par le dernier en lice.

D'ailleurs, je soupçonne les concitoyens de Michel Beaudoin de faire semblant d'être surpris quand celui-ci annonce qu'il entamera dans une dizaine de jours son expédition sur deux roues. M. Beaudoin est du genre (très) obstiné. Ce n'est pas deux hanches artificielles, posées à quelques mois d'intervalle il y a un an et demi à peine, qui vont le ralentir dans sa volonté d'arriver à ses fins.

«Mes hanches sont en titane», souligne-t-il fièrement comme s'il nous vantait la résistance, la légèreté et la haute qualité inoxydable du cadre de son vélo.

Quelques semaines après sa première opération, en juin 2009, M. Beaudoin avait déjà les deux mains sur le guidon et pédalait 15 kilomètres. «Il fallait que je les essaie pour voir si ça allait bien», dit-il en parlant de ses nouvelles articulations qui ont changé sa vie.

Michel Beaudoin affirme que les douleurs de l'arthrose sont maintenant chose du passé. Il en a pour preuves toutes ces randonnées qu'il a multipliées pour se prouver à lui-même et aux autres que peu importe le poids des années, il ne faut jamais abandonner ses rêves sur l'accotement.

Le 25 mai prochain, M. Beaudoin prendra l'avion jusqu'à Prudhoe Bay, tout en haut de l'État de l'Alaska. Une route se dressera devant lui, et il a bien l'intention de la descendre jusqu'à Tierra del Fuego, en Argentine.

«Ce n'est pas un coup de tête. J'ai toujours voulu faire ça, vivre l'aventure, mais je ne pouvais pas. Il y avait la famille, le travail, etc. J'étais au bureau des enquêtes criminelles. C'était super prenant», explique M. Beaudoin qui, depuis sa retraite, accumule les voyages un peu partout sur la planète.

Il déplie sur la table de la salle à manger ses cartes géographiques du Canada, des États-Unis, du Mexique, de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud. Excité à l'idée de découvrir l'Alaska, M. Beaudoin est cependant conscient que la Dalton Highway, qui traverse le nord de l'État américain, est aussi isolée qu'empruntée par des poids lourds. Le cycliste mentionne au passage que les 800 premiers kilomètres sont en gravier. L'hébergement y est quasi inexistant. Sans oublier les caribous et les boeufs musqués qui risquent d'apparaître dans le paysage, à la sortie de sa tente.

L'inconnu ne ralentit pas notre explorateur. «C'est la beauté de la chose», soutient celui qui, au milieu des années 90, a parcouru le Canada à vélo. Grisé par le décor, l'homme pleurait souvent d'émerveillement. Il verse une autre larme en pensant au jour où il posera le pied à l'extrémité de l'Amérique du Sud, à la Terre du feu. Michel Beaudoin aura alors sillonné les routes de l'Alaska, de la Colombie-Britannique, de la côte ouest des États-Unis, du Mexique, du Guatemala, du Honduras, du Savaldor, du Nicaragua, du Costa Rica, du Panama, de la Colombie, de l'Équateur, du Pérou, du Chili et de l'Argentine.

Abstraction faite de l'Alaska, l'adepte du «tourisme sac au dos» a déjà visité ces endroits, mais jamais à vélo, pendant plus de 22 000 kilomètres, porté par le courant d'air ou face aux vents contraires. «Un voyage comme celui-là, c'est beaucoup dans la tête que ça se passe», rappelle Michel Beaudoin qui a longuement réfléchi à son affaire avant d'annoncer à ses proches qu'il devait assouvir sa soif de faire le vide et le plein, de s'ouvrir sur le monde et d'aller à la découverte de lui-même.

«Je suis un excessif, un émotif. J'suis d'même...», dit-il simplement. Michel Beaudoin a l'intention de décrire son expédition et ses états d'âme sur un blogue qui pourrait s'appeler «Les Amériques à vélo». À suivre.

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