La barque de Pierre secouée

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La barque de Pierre secouée

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Le pontificat de Benoit XVI est décevant.

Le Nouvelliste

Le gouvernement de l'Église catholique vit une crise profonde. Le pape Ratzinger se révèle un pilote malhabile et des voix s'élèvent pour demander sa démission. La révolte s'exprime de façon ouverte et radicale par des fidèles de tous âges. La vague d'apostasies qui frappe de nombreuses Églises en est un indice.

Les médias sont accusés de mauvaise foi, de citer le pape hors contexte, ou encore les proches collaborateurs seraient responsables de ces bévues. Pourtant Benoît XVI n'est pas une victime de la curie romaine; il en a fait partie depuis 1981 et en a fortifié le pouvoir alors qu'il débusquait les erreurs et réduisait au silence théologiens, prêtres, évêques.

 

L'exclusion et la marginalisation des femmes est un irritant majeur. Elles sont exclues du sacerdoce, de l'épiscopat et de la papauté sous prétexte que Jésus ne peut être représenté que par des hommes. Benoît XVI interdit formellement de débattre ce sujet et en fait une vérité intouchable.

Durant la visite du pape au Brésil, les autochtones des Amériques ont réagi avec colère à ses propos à savoir que les «indiens» espéraient silencieusement le Christ à l'arrivée des Européens.

Le pape Ratzinger refuse le pluralisme religieux. Il ne considère pas les autres confessions chrétiennes comme de véritables Églises. À Ratisbonne, les musulmans ont été offensés lorsqu'il a cité un texte ancien qui parlait de Mahomet comme quelqu'un qui n'a professé «que des choses méchantes et inhumaines». En levant l'excommunication de quatre évêques intégristes qui professent l'antisémitisme, l'indignation a atteint un paroxysme.

Des événements récents ont mis le feu aux poudres : d'abord, Benoît XVI a condamné le débranchement d'Éluana, une jeune femme dans un état végétatif sous respirateur depuis 17 ans, comme s'il s'agissait d'un meurtre. Cette insensibilité s'est aussi affirmée alors que le Saint-Siège s'est opposé à la proposition aux Nations Unies de décriminaliser l'homosexualité, puisque dans huit pays l'homosexualité est punie de mort.

L'excommunication de la maman et de l'équipe médicale qui a procédé à l'interruption de grossesse d'une fillette de neuf ans au Brésil, a mis en évidence l'insensibilité, le manque de compassion et de gros bon sens et la manie d'asséner des lois et des dogmes sur la tête des gens.

En Afrique, où il a affirmé que «l'on ne peut vaincre le sida avec la distribution de préservatifs ; au contraire, cela augmente le problème», le pape entrait en contradiction avec les efforts des scientifiques et humanitaires qui luttent contre cette pandémie qui tue.

Cela doit changer. L'Église catholique a été séquestrée et détournée par la curie romaine depuis déjà trop longtemps. La barque de Pierre est aux mains de pirates vêtus de pourpre. La curie est une machinerie gigantesque, improductive et inutile. À Rome, 35 cardinaux divisés en groupes antagoniques contrôlent l'Église. Le pape doit être libéré du Vatican et ne plus être le chef d'un État symbolique. Les nonces apostoliques ne sont pas des pasteurs, mais des fonctionnaires avec un trop grand pouvoir, entre autre chose dans le choix des évêques. Il faut redonner aux évêques, uniques successeurs des apôtres, leur rôle de dirigeants des Églises locales et d'assumer collégialement la gouvernance de l'Église universelle avec le pape.

Nous ne voulons plus d'une Église pyramidale, autoritaire et machiste qui exclut et excommunie; nous voulons que le message de Jésus soit vécu et traduit dans les grandes causes de la justice et de la paix, des droits humains dans la société et dans l'Église, en dialogue avec la société civile. Nous voulons une Église fraternelle, ouverte et accueillante, une Église samaritaine disposée à donner la vie pour que l'humanité et la planète vivent pleinement. Nous voulons une Église où il fait bon penser et chercher la vérité librement, sans l'omerta qui prévaut actuellement. Nous voulons une Église qui aime le monde à la folie, comme Jésus nous l'a démontré.

Claude Lacaille, p.m.é.

Trois-Rivières

 

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