Un laboratoire de Boston s'approvisionnera en radio-isotopes en Australie pour produire du Technétium 99m, le produit servant à l'imagerie médicale dans les centres de médecine nucléaire.
L'approbation de cette nouvelle source de radio-isotopes permettra de réduire la dépendance technologique au réacteur de Chalk River, mais la question de fond se pose toujours: pourquoi, depuis 2007, le gouvernement du Canada était-il au courant de ce problème de sûreté dans l'approvisionnement sans jamais agir pour trouver une nouvelle source de production?
Après la première crise des radio-isotopes médicaux, il était clair que des mesures expéditives et en concertation avec le monde médical devaient être prises. Lundi, la Société de médecine nucléaire a même souligné que la crise canadienne est la plus grave ayant touché le domaine de l'imagerie nucléaire.En fait, des problèmes graves et connus menaçaient l'approvisionnement en radio-isotopes depuis bien avant 2007. La négligence d'Énergie atomique du Canada Limitée (EACL), société d'État
propriétaire des réacteurs de Chalk River, et du gouvernement canadien a causé des dommages au système de soins de santé canadien alors qu'ils étaient en mesure de les prévenir. Heureusement que la ministre de la Santé du Canada a eu une attitude progressiste dans ce dossier et a cherché à trouver des solutions aux problèmes graves d'approvisionnement.
Espérons que les élus et les gestionnaires auront à l'avenir une attitude plus prévenante et le réflexe d'être à l'écoute des problèmes qui peuvent sembler simples, mais que si l'on n'agit pas pour les résoudre, peuvent s'aggraver et devenir des crises. Je me permets de rappeler ici quelques principes de base que les gestionnaires doivent appliquer pour prévenir des crises de ce genre.La phase de prévention d'une crise est l'étape qui précède toute intervention lors d'une crise. C'est le moment où une entreprise cherche à éviter qu'elle ne se produise. Cette phase est influencée par plusieurs facteurs, dont les caractéristiques de son système. Il peut être linéaire ou interactif. Les systèmes interactifs sont plus vulnérables à l'émergence de crises
puisqu'ils comportent une part d'imprévisibilité cognitive de la part des gestionnaires. C'est cette anticipation de l'inconnu qui caractérise en partie une culture de crise.
Les principales caractéristiques des systèmes linéaires et interactifs sont la proximité entre les composantes, l'interconnexion entre les unités, la substitution des composants et le niveau de contrôle ? toutes des caractéristiques que l'on retrouve dans l'industrie du nucléaire par exemple.
Plus les composantes d'un système sont proches, plus un système est interactif, plus un composant est irremplaçable et plus le niveau de contrôle est bas, plus un système est porté à connaître des échecs. Par exemple, les réacteurs Maple qui ont coûté 700 millions ne permettaient pas d'avoir le niveau de contrôle suffisant pour éviter des incidents nucléaires. Ils ont été fermés.
Mais, comme nous l'avons mentionné plus haut, une erreur dans un système ne déclenche pas nécessairement une crise. C'est la multiplication de ces erreurs qui crée des conditions propices à une situation d'exception.
En résumé, la phase de prévention est le potentiel avec lequel une entreprise peut entreprendre une préparation efficace aux crises en prenant en considération les limites de son système. Dans le cas de la crise des radio-isotopes, c'est la mauvaise communication entre les organisations et la négligence des gestionnaires d'EACL qui ont été les principales causes de l'émergence de la crise.
L'auteur, Guillaume Sirois, est étudiant en lettres en communication sociale à l'UQTR. Il prépare un essai sur la communication du risque en santé publique et a réalisé une étude de cas sur la crise des radio-isotopes.










