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Le Nouvelliste

Les 12 et 13 septembre se tiendra à Québec le Moulin à paroles, une activité qui sera l'occasion de lire plus d'une centaine de textes qui rappelleront le parcours du Québec depuis la Conquête.

Contrairement au projet de la Commission des champs de bataille nationaux qui prenait prétexte du 250e anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham pour organiser des fêtes et des spectacles, il s'agit au contraire, dans ce cas-ci, de faire ressortir la pleine signification historique et la pertinence actuelle de cet épisode de notre passé.

Même si les historiens débattent encore aujourd'hui de la portée réelle de cette bataille, il reste que dans l'imaginaire québécois elle demeure le symbole par excellence du passage de la Nouvelle-France au statut de colonie britannique.

Mais pour nous, aujourd'hui, c'est surtout le point de départ du parcours des Canadiens désormais coupés de leur mère patrie, déterminés à préserver les caractéristiques essentielles de leur société, mais condamnés dès lors à ne compter que sur leurs propres moyens pour y parvenir.

Toute l'histoire du Québec est marquée par cette opposition entre, d'une part, les efforts et les forces qui auraient pu amener les Canadiens à se fondre dans l'Amérique britannique et, d'autre part leur volonté d'assurer d'abord leur survivance, puis leur épanouissement, comme société distincte au Canada et en Amérique du Nord.

Ce projet et ce combat traversent l'histoire du Québec et, au-delà de leurs divergences politiques et d'autres natures, tous les Québécois, même si ce n'est parfois que du bout des lèvres, prétendent encore y souscrire. Car ce combat n'est pas achevé et se poursuit encore aujourd'hui.

Ce parcours du Québec a été parsemé de victoires et de défaites, d'avancées et de reculs, de moments glorieux et d'autres moins honorables. Il s'est déroulé sur de multiples terrains, celui de la politique et de la langue, mais aussi ceux de la culture, de la religion, de l'économie et même de la vie quotidienne et de la démographie.

Il y a dans cette histoire des épisodes qu'on aime se rappeler, d'autres qu'on préférerait oublier, des personnages dont on est fier, d'autres dont on voudrait qu'ils n'aient pas existés mais, qu'on le veuille ou non, ils ont fait l'histoire et il serait futile de vouloir la réviser pour en faire une épopée édifiante.

C'est pour dresser un portrait le plus complet possible des différentes facettes de ce parcours que les organisateurs de cet événement ont non seulement invité des descendants de Montcalm et de Wolfe à y participer, mais ont aussi choisi des textes dont les auteurs vont de Mordecai Richler à Gilles Vigneault, le manifeste du FLQ tout autant que des passages du rapport Durham, des extraits de Jehane Benoît mais aussi de Mgr Bourget.

De même, ils ont invité pour lire ces textes des gens de divers horizons politiques et des milieux les plus variés, des personnalités appartenant aux différents paliers de la vie politique, mais aussi des gens de théâtre, de la chanson, des médias, des patrons et des syndiqués, des autochtones et des communautés culturelles, etc.

Compte tenu de l'importance qu'ont eue la bataille des plaines d'Abraham et la Conquête dans l'histoire du Québec on aurait pu s'attendre à ce que ce soit les autorités québécoises qui prennent l'initiative de commémorer ces événements pour en faire ressortir le caractère déterminant sur le destin subséquent du Québec.

On a plutôt laissé à de simples citoyens le soin de s'en charger et on leur fait maintenant des procès d'intention qui ont davantage à voir avec leurs allégeances politiques qu'avec la nature du projet conçu.

En prenant prétexte de la lecture du manifeste du FLQ pour boycotter le Moulin à paroles, les fédéralistes risquent d'accréditer l'idée qu'ils sont réticents à la perspective d'assumer la responsabilité du projet et du combat qui traversent l'histoire du Québec depuis la Conquête pour défendre le caractère distinctif de notre société.

Yves Saint-Pierre,

président de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie

 

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