Privilège des grands que de se voir décortiqué sur la place publique, dépouille encore chaude ou presque. J'ajouterai donc ma pierre à l'édifice. Cette pierre sera rugueuse, à son image, mais tout de même polie, malgré son goût pour l'insulte.
Plus jeune, j'ai été souverainiste. Souverainiste émotif. Indépendantiste dans les trippes, séparatiste de coeur. Ne sachant pas distinguer un argument d'un coup de gueule, Falardeau fut un de mes héros de jeunesse. J'ai lu et relu ses livres et vu presque tous ses films.
Les slogans s'adressant à l'affect furent nombreux, les diatribes émotives aussi, les arguments eux le furent beaucoup moins. Pierre Falardeau digne représentant et chef de file d'un discours populiste basé sur un nationalisme linguistique primaire dont la réflexion ne dépasse guère le stade de slogan.
Ce discours fit office de terreau fertile pour une génération de Québécois revanchards; le propos politique le plus entendu de mon adolescence se résume ainsi: maudits Anglais. T
rop facile. Vous l'aurez compris, je ne suis ni fan de Falardeau, ni souverainiste. En fait, il fut une des causes de mon revirement. Aujourd'hui, je suis fédéraliste. Je veux garder mes montagnes rocheuses!
N'y aurait-il aucune différence entre un artiste, un artiste engagé et un propagandiste? Cinéaste en chemise brune, Falardeau a abaissé le septième art à son niveau et à ce niveau, on ne peut parler d'art, mais bien de pure propagande.
L'absence totale de recherche esthétique, le mépris du réalisme combiné à un propos simplement politique toujours véhiculé au premier degré font de l'oeuvre de Falardeau une oeuvre de propagandiste politique.
On ne peut parler d'art cinématographique ni même d'art engagé. L'art ne cherche pas à convaincre, le propagandiste oui. Et à n'importe quel prix.
Pierre Dupont
Trois-Rivières









