Le Parlement du Canada débattra prochainement du projet de loi C-384, loi modifiant le Code criminel (droit de mourir dans la dignité), qui vise à légaliser l'euthanasie et le suicide assisté au Canada.
Alors que s'actualise dans notre pays une question aussi importante, des questions de vie s'imposent: qu'est-que l'euthanasie, qu'est-ce que le suicide assisté, qu'est-ce que l'acharnement thérapeutique et quelles conséquences entraînerait, entre autres, une législation de l'euthanasie ou du suicide assisté?
Y a-t-il une différence réelle entre l'euthanasie et l'abstention ou l'interruption d'un traitement? Et, finalement, qu'est-ce que mourir dans la dignité?
Je vous ferai grâce de toutes ces définitions, mais il est important de bien les distinguer et de se conscientiser au débat actuel.
Il ne fait aucun doute que la douleur physique et morale remet en question le coeur même de l'être humain et ses plus profondes convictions.
Il faut aussi reconnaître nos limites. Je lisais récemment les dernières volontés d'Alexandre Le Grand et je cite un extrait du texte: «Je veux que les médecins les plus éminents transportent eux-mêmes mon cercueil pour démontrer ainsi que face à la mort, ils n'ont pas toujours le pouvoir de guérir.»
Mais, ils en ont le devoir. L'interdiction légale de tuer est fondamentale. Leur devoir consiste à éradiquer la souffrance ou bien sûr à l'atténuer.
Les idéologies s'affrontent lorsqu'il est question d'euthanasie ou d'acharnement thérapeutique.
Qui, un jour ou l'autre ne s'est pas posé la question de cesser toute forme de traitement curatif face à une grave maladie ou devant un être cher qui se soustrait lentement du monde des vivants?
La question est légitime. Les progrès de la médecine dans la préservation et le prolongement de la vie ont connu des percées étonnantes.
La profession médicale, les théologiens et aussi les philosophes débattent de la qualité de la vie, des droits pour un être humain de déterminer le moment où cette qualité s'est dégradée. Le fil conducteur est parfois mince et teinté de dentelle.
Il n'y a pas si longtemps j'ai eu un préjugé défavorable envers ce que je croyais être un acharnement thérapeutique. J'ai eu tort.
Le retour à la vie en a été la plus extraordinaire des preuves et j'avoue avoir été troublée par ce que je nommerai Le miracle des hommes et le miracle de Dieu et cette volonté de vivre a renversé mes convictions.
Mon expérience d'accompagnatrice en soins palliatifs me permet aussi de vivre une toute autre dimension de la dignité. Elle est viscéralement présente.
Elle ne s'invente pas, elle ne s'apprend pas, elle se vit et elle se termine en son temps.
Tout comme la vie a un début et un sens, elle a aussi un terme puisque nous avons tous une finitude. Lorsque les traitements curatifs sont inutiles et que l'on s'abstient de donner un traitement ou lorsqu'on l'interrompt, la mort est causée par l'évolution de la maladie.
Dans le cas de l'euthanasie, la mort est causée par tout autre moyen et il y a une grande différence entre laisser mourir ou faire mourir.
Je crois profondément que lorsque la maladie est irréversible, il reste à palier à la douleur physique par une médication appropriée.
Les médecins sont largement habiletés à l'appliquer faisant honneur à leur serment d'Hyppocrate «je ferai tout pour soulager les souffrances.bJe ne prolongerai pas abusivement les agonies et je ne provoquerai jamais la mort délibérément.» - France 1996 - Professeur Bernard Hoerni.
L'équipe multidisciplinaire, la famille et l'équipe des bénévoles tiennent compte aussi de la souffrance morale qui nécessite une approche incontournable.
On est présent par notre empathie, par notre compassion mais aussi en répondant aux besoins les plus fondamentaux de l'être humain.
Au moment de mourir, la présence des autres devient réconfortante tout comme elle l'a été pour vivre et la finalité naturelle en son temps et lieu se transforme en une boucle de la vie.









