Le facteur de risque le plus important pour être affectés est, évidemment, l'âge. Si on a cessé de faire des enfants, on n'a pas cessé de devenir vieux Quelques chiffres : 2,4% des gens de 65 à 74 ans seront atteints. Ce nombre passe à 11% chez les 75 à 84 ans. Au-delà de 84 ans, on frôle les 35%. Et la maladie évolue pendant 12 à 17 ans. Ce processus de sénescence est normal, le cerveau vieillit comme le corps.
Ce qui fait peur, dans le déficit cognitif (qu'il soit de type vasculaire, Alzheimer ou sénile), c'est que cette démence est chronique, évolutive et irréversible. Dernièrement, le Comité des usagers du CHSLD Christ-Roi de Nicolet recevait Anne Monat, spécialiste en ergothérapie et en gérontologie. Cette dame agit comme conseillère en milieu de vie, et elle nous a appris ce que sont les unités prothétiques, mais plus encore, qui sont les humains qui en ont besoin. Elle nous a sensibilisés sur les moyens à prendre ou à mettre en place pour continuer à vivre quand la maladie nous rattrape, au détour de l'âge.
Qui d'entre nous sait vraiment ce que veut dire «unité prothétique»? La présence de cette ressource m'a grandement fait réfléchir. Non seulement pour mon père, placé en centre, mais pour tous ses voisins de chambre et de soins. Instaurer une unité prothétique pour eux, c'est également le faire pour nous, plus tard.
Ainsi, est prothèse tout ce qui vise à redonner à la personne son autonomie. Pour un aîné aphasique, il faut utiliser nos mains, notre gestuelle plutôt que nos mots. On l'invitera à manger en faisant nous-mêmes le signe de porter la nourriture à la bouche. Il s'agit là d'une mesure prothétique. Il en va de même pour le milieu où vit l'aîné. Des murs beiges et des planchers noirs ou bleus miroitants induiront la peur: peur de se perdre, de se noyer. Tout ou presque, de nos gestes à l'architecture, peut devenir prothèse, agissant ainsi comme moteur pour nos âgés en perte cognitive.
En 2030, nous formerons la nation la plus vieille au monde. Il y aura plus d'âgés que de jeunes. Cette épidémie silencieuse qu'est la démence nous verra privés d'hébergement public, car ce dernier sera réservé aux gens qui en ont vraiment besoin.
La désinstitutionnalisation des années 80 laissera de plus en plus pour compte les âgés. Que voudrons-nous qu'il soit fait pour nous? Les fusions, les restructurations des CLSC, des hôpitaux, des CHSLD ont changé la manière de fonctionner. On hébergera de moins en moins. Vers qui se tourneront les enfants de ces âgés que nous formerons? Vers les centres privés. Seront-ils à la hauteur? Y serons-nous protégés? Le Ministère veille à la certification des résidences privées et tente de mettre en place des structures pour absorber un hébergement public de 38 000 places. Mais ce nombre va en augmentant. Où seront les autres qui n'ont pas trouvé place en centre?
Il faut, de toute urgence, que nous apprenions à vivre avec nos âgés, que nous apprenions à les aider, que nous nous rappelions aussi qu'il y a, en chacun, une mémoire qui ne disparaît jamais: la mémoire affective. Aimons les aînés, comme nous aimerons un jour être aimés. Continuons de développer cette connaissance des prothèses, de l'unité prothétique, continuons de mettre en place et d'exiger des structures adaptées à leur état.
Voilà, en résumé, ce dont nous a entretenus Anne Monat, véritable missionnaire de l'autre.
Christiane Asselin
Trois-Rivières









