Plan bois exigé !

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François Saint-Gelais
Le Quotidien

Oubliez la réforme des droits de coupe ou celle des programmes de subventions destinés aux entreprises en difficulté. Pour sortir de la crise, l'industrie forestière a besoin que Québec et Ottawa cessent de tergiverser et accouchent d'une véritable et ambitieuse politique d'utilisation du bois dans la construction et les chantiers publics. Il s'agit de la clé de la relance pour bien des usines de la région. Hier, en page 11, le directeur général de la CRÉ, Marc Dubé, et le président de l'organisme, Georges Simard, ont livré un vibrant plaidoyer en faveur du virage nécessaire afin de sauver une industrie liée à l'avenir du Saguenay-Lac-Saint-Jean. L'instauration d'un «Plan bois» cadre parfaitement dans cet objectif.

Nouveaux horizons

Parler de virage, voire de révolution forestière, signifie aborder de nouveaux horizons. Or, en cette matière, ceux-ci prennent deux formes: la construction non résidentielle et, dans une certaine mesure, l'exploitation de la biomasse.

 

Il est utopique de croire que le secteur des pâtes et papiers pourra, à lui seul, sortir toute l'industrie de la crise. La consommation de papier est appelée à poursuivre sa lente décroissance. L'âge d'or de ce matériau est passé. La région peut cependant espérer conserver certains acquis dans ce domaine, notamment grâce à ses ressources hydrauliques. Elle pourrait se faire une niche dans la fabrication de papiers fins ou spécialisés.

La véritable planche de salut de l'industrie se trouve donc ailleurs. Elle prend la forme de poutrelles et de produits structuraux fabriqués en bois destinés à être utilisés dans la construction de charpentes d'envergure ou d'ouvrages comme les ponts et ponceaux.

À ce chapitre, l'exemple de Chantiers Chibougamau, entreprise en plein essor, est frappant. Récemment, la compagnie a décidé d'investir 12 M$ afin d'augmenter la capacité de production de son unité de fabrication de bois d'ingénierie!

Le succès de cette entreprise est lié à l'utilisation du bois dans les projets de construction d'envergure. Cette-ci écoule sur le marché des produits transformés qui créent de l'emploi. Des produits plus verts que les poutrelles d'acier ou les structures de béton, dont le processus de fabrication nécessite beaucoup d'énergie en plus d'émettre du CO2. La compagnie se trouve ainsi derrière la construction d'un pont à structure de bois à Albanel. Une première québécoise! Elle fournit aussi les poutrelles de bois nécessaires à l'érection d'une tour érigée à Québec.

Politique

Ces exemples démontrent toute l'importance de la mise en place d'une politique publique efficace destinée à promouvoir l'usage à grande échelle du bois dans le domaine de la construction non résidentielle et dans le cadre des travaux publics. Jusqu'à maintenant, les dirigeants de Chantiers Chibougamau ont dû ramer à contre-courant afin de faire accepter leurs produits dans les plans des architectes, des fonctionnaires et des ingénieurs, peu à l'aise avec les structures de bois. D'ailleurs, ce sont des consultants européens qui aident l'entreprise dans l'élaboration des plans des chantiers utilisant des structures tirées de la forêt. En ce domaine, l'Europe a une énorme longueur d'avance quant à son usage dans les projets d'envergure, les ponts et les ouvrages d'art. C'est à cet inconcevable retard que doivent s'attaquer Québec et Ottawa sans plus tarder. L'avenir des régions forestières, et donc du Saguenay-Lac-Saint-Jean, en dépend.

La mise en place d'une politique d'utilisation du bois dans les grands chantiers permettra aux universités québécoises de former des ingénieurs capables d'inclure les poutres de bois dans leurs plans. Elle obligera la publication de normes de construction facilitant et codifiant l'usage de ce matériau. Elle créera de la demande pour de nouveaux produits transformés qui créeront de l'emploi et feront redémarrer les usines. Surtout, une telle politique fera la promotion d'un matériau écologique et renouvelable, qui pousse chez nous!

 

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