Dans les coulisses du hockey junior

À genoux devant les gros marchés

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À genoux devant les gros marchés

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Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, n'obligera pas les prospects à signer une lettre d'intention même s'il en avait laissé entrevoir la possibilité après le repêchage de 2007.

Photo: La Presse

Steve Turcotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Maintenant qu'elle s'est attaquée à la violence gratuite, il est grand temps que la LHJMQ prenne le taureau par les cornes et pose des gestes concrets afin de diminuer le fossé de plus en plus large qui sépare les gros des petits marchés.

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Même s'il n'en a pas l'air, Léo-Guy Morrissette n'est guère entiché par le virage qu'a effectué la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Photo: Sylvan Mayer

On va s'entendre sur une chose, l'équilibre parfait ne sera jamais que théorique. Ce n'est pas non plus honteux de faire davantage d'argent que son voisin. Peu importe la ligue, il y a toujours des équipes plus riches que d'autres. Ceci dit, c'est aberrant que la LHJMQ refuse pour autant de mettre en place des mécanismes simples afin de permettre une saine compétition entre les 18 équipes.

Déjà que les riches se paient les meilleurs Européens et peuvent attirer des Américains avec d'alléchantes bourses d'études, il n'est pas normal qu'ils peuvent en plus faire des ententes sous la table avec les meilleurs espoirs au repêchage sans que personne ne se penche sérieusement sur le problème.

L'histoire regorge de récits d'horreur à ce sujet. Le plus célèbre est évidemment celui de Vincent Lecavalier, dont la légende veut qu'il se soit caché dans le coffre arrière d'une voiture pour arriver incognito au repêchage.

Depuis ce temps, une bonne proportion des meilleurs espoirs bluffent. Ils jurent qu'ils vont aller dans les collèges américains pour glisser au repêchage jusqu'au rang où l'équipe avec qui ils ont un pacte secret puisse prononcer leur nom.

Courteau s'avance

Malgré plusieurs exemples, la ligue a toujours nié avoir un problème à ce niveau, jusqu'en 2007 où six des 12 meilleurs espoirs ont décidé de bouder la séance de sélection. Gilles Courteau avait alors piqué une sainte colère et promis que sa ligue allait mettre fin au chantage des joueurs. Et pour la première fois, il avait avancé la possibilité d'imposer une lettre d'intention.

Tous ont applaudi le commissaire, qui montrait enfin un peu de courage devant ceux qui bafouaient les règles. La lettre d'intention, semblable à celle signée par les joueurs qui veulent se faire repêcher dans la Ligue nationale, viendrait prouver l'intérêt des jeunes pour la LHJMQ. Finies, les menaces. Tu la signes, tu es disponibles pour les 18 équipes. Tu ne la signes pas, tu ne peux jouer nulle part dans la ligue.

C'est simple comme bonjour, non? Pourtant, Courteau a confirmé au Nouvelliste, la semaine dernière, qu'il reculait dans ce dossier qui traîne en longueur depuis plus d'un an et demi.

Aucune consultation

Plus question d'imposer une lettre d'intention. Pire, Il n'a même pas consulté les équipes avant d'en arriver à cette conclusion. «En étudiant le dossier avec mon comité hockey, nous sommes venus à la conclusion que la lettre d'intention ne réglait rien, car elle ne garantissait pas que les joueurs allaient se présenter à leur équipe. Nous pensons donc qu'une harmonisation du système de bourses apporterait de meilleurs résultats et c'est là-dessus que nous travaillons.»

C'est une blague? Bien sûr que la lettre d'intention ne garantit pas que les joueurs vont se présenter à Baie-Comeau, Val-d'Or ou Shawinigan. Mais elle permettrait de différencier ceux qui veulent vraiment passer par les universités américaines de ceux qui veulent faire monter les enchères ou qui tiennent à choisir leur équipe.

Remontons en 2007. Si la lettre était en vigueur à cette époque, Louis Leblanc et Danny Biega ne l'auraient pas signé. Mais les quatre autres espoirs de premier plan qui ont brandi le spectre des universités américaines (Steven Anthony, Matt Brown, Devon MacAuslad et Maxime Clermont) n'auraient pu bluffer comme ils l'ont fait.

Maintenant, à qui ont profité ces bluffs? À Halifax, Moncton et Gatineau. Deux ans auparavant, c'est Angelo Esposito qui avait eu recours au même manège pour se retrouver à Québec. La liste est longue et à tout coup, elle implique les gros marchés.

S'il voit le jour, le nouveau système de bourses ne changera rien à la situation. Après tout, il faut être un peu naïf pour croire que ces jeunes mercenaires n'exigent que des bourses d'études.

N'ayons pas peur des mots, la ligue est à genoux devant les gros marchés. On n'a qu'à se rappeler les suspensions ridicules écopées par Jonathan et Patrick Roy le printemps dernier. Si la ligue avait mis ses culottes après les incidents impliquant les Remparts et les Saguenéens, la ministre Courchesne n'aurait pas eu à intervenir et la ligue ne s'en porterait que mieux aujourd'hui.

La lettre d'intention ne serait qu'un premier pas pour réduire l'écart qui existe entre gros et petits marchés. D'autres mécanismes pourraient aussi être instaurés. Y compris un système de bourses uniforme. Les gens payés pour voir aux meilleurs intérêts de la ligue devraient y voir au plus vite.

�«Nos meilleurs joueurs sont en danger�»

Vous pouvez ajouter le nom de Léo-Guy Morrissette à la liste des gens qui gravitent autour de la LHJMQ et qui déteste le virage Courchesne. Morrissette n'a jamais eu la langue dans sa poche et ce n'est pas aujourd'hui qu'il va commencer à patiner quand on lui demande ses impressions sur les méthodes prises par la  ligue pour enrayer la violence gratuite. «C'était important de mettre un terme aux gestes déplacés. Mais nous sommes allés trop loin. Il y avait peu de gens autour de la table qui étaient d'accord pour instaurer autant de nouvelles règles, mais on s'est fait dire qu'il fallait acheter la paix avec le gouvernement. Reste qu'on aurait dû s'écouter afin de s'assurer que l'essence du hockey soit préservé.»

Morrissette ne fait pas que parler, il promet d'interpeller le commissaire Gilles Courteau au cours des prochains jours afin de voir si des correctifs peuvent être mis en place rapidement. «Je suis fatigué de voir des pratiques. Ça ressemble à des pratiques quand 15-16-17 ou 18 punitions sont appelées au cours du même match. Il y a certainement quelque chose à faire. Les amateurs qui se déplacent pour voir du hockey junior ne s'attendent pas nécessairement à des batailles, mais à du jeu robuste, viril et intense. Ce n'est pas ce que nous offrons par les temps qui courent.»

Le grand manitou du Titan d'Acadie-Bathusrt dit avoir l'appui de quelques équipes dans sa croisade. «Il n'y a pas que l'aspect spectacle qui soit en jeu. De la façon dont le hockey se joue cette saison, nos meilleurs joueurs sont en danger. Personne ne peut les protéger dans le feu de l'action avec les règles actuelles. Il faut se pencher là-dessus.»

Morrissette ne lance pas la pierre à Courteau dans le dossier. Enfin, si peu. «Si Patrick Roy et Richard Martel avaient écopé de sanctions justes à la suite des événements du printemps passé, la ministre Courchesne n'aurait certainement pas voulu faire du hockey plutôt que de la politique. Avec le gouvernement sur le dos, la pression était énorme sur les épaules de notre commissaire. On a instauré des choses et on voit que certaines ne font pas l'affaire du tout. Il faut agir.»

Il hoche de la tête quand on lui rapporte les propos de Guy Lapointe, qui a dit que «bientôt, on va leur mettre des tutus», en faisant référence à la rigidité qui encadre les joueurs de la LHJMQ. «Lapointe a dit les vraies choses. La ministre s'inquiétait récemment parce qu'il y avait de moins en moins de joueurs québécois repêchés. Je  peux te dire sans me tromper que des joueurs repêchés, il va y en avoir encore moins avec les nouveaux règlements.»

De mauvais poil

Morrissette va profiter de son petit tête-à-tête avec Courteau pour lui faire part également de ses frustrations. Le vieux routier voit le fossé s'élargir d'année en année entre les petits et les gros marchés et il aimerait que la ligue prenne des mesures pour stopper l'hémorragie. «C'est comme si on jouait dans un film et que les premiers rôles appartenaient uniquement à quatre ou cinq équipes. Les autres doivent se contenter de faire de la figuration», soupire-t-il. «Quand un petit marché va-t-il mettre à nouveau la main sur la Coupe du Président? J'ai toujours gagné à tous les trois ans depuis que je fais du hockey, mais depuis 10 ans, ça s'est arrêté. Il y a des choses à changer.»

Morrissette sait bien que le combat va être difficile. Un dossier comme la lettre d'intention imposée aux joueurs midgets devrait être réglé depuis longtemps et, pourtant, il vient d'être à nouveau envoyé dans la filière 13. «J'ai toujours été estomaqué de voir certains petits marchés voter contre leur propre bien-être à la table. C'est clair que tout se joue en coulisses, qu'il y a toujours quelqu'un qui doit un service à un autre. Sauf qu'à un moment donné, il va falloir penser au bien-être de la ligue au complet, pas seulement à celui de quatre ou cinq franchises...»

 

Consultez le blogue de Steve Turcotte.

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