Visiblement, les fans des Cataractes n'ont pas oublié le rapide attaquant qui a dû mettre un terme à une carrière qui s'annonçait prometteuse après avoir chuté lourdement lors d'un combat au camp d'entraînement.
Bergeron n'allait pas se laisser abattre par le destin et c'est en brûlant les pistes d'athlétisme à travers le monde, cloué à un fauteuil roulant, qu'il a étanché sa soif de gagner et de performer. La persévérance de celui qui a trouvé aussi le temps de devenir actuaire est incroyable, et tout le monde tenait à le féliciter lorsqu'il a remis les pieds à l'aréna.
«C'est incroyable que je reconnaisse autant de gens», s'exclamait Bergeron, entre une accolade à la Comète Denise Gagnon et une poignée de main à l'annonceur-maison Jean Huard.
Le sourire aux lèvres, Bergeron confiait que ce sont les bons souvenirs qui sont remontés à la surface lorsqu'il a franchi les portes de l'aréna Jacques-Plante. «Ça fait drôle, c'est comme si ça se passait hier. Cette cabane, c'est comme le vieux Garden. Ça fait 21 ans que je suis parti mais c'est beaucoup plus près que ça dans mes souvenirs...»
L'histoire de Bergeron a refait surface en début de saison, pendant que l'athète natif de La Baie se concentrait à gagner trois médailles aux Jeux de Pékin. Son ex-coéquipier Enrico Ciccone a ressorti l'histoire en pointant du doigt l'entraîneur Jacques Grégoire pour sa terrible blessure subie lors d'un match préparatoire. Grégoire a bien sûr donné une autre version des faits, tout comme son adjoint de l'époque Denis Francoeur, qui avait aussi été visé par Ciccone.
«À mon retour de Pékin, j'ai appris qu'on avait reparlé de ma blessure dans le débat entourant la bagarre dans le hockey. 21 ans après, je suis prêt à en parler si ça peut aider les jeunes», raconte-t-il. «C'était pendant le camp d'entraînement. Lors du premier match intra-équipe, j'avais donné un coup de genou à un rival et dans le vestiaire, Jacques m'avait dit que ce n'était pas avec mes genoux que je devais régler mes problèmes, mais bien avec mes poings», relate-t-il.
«Je savais ce que ça voulait dire. Jacques nous avait averti la saison précédente qu'il fallait décoder ses messages étant donné qu'il ne pouvait plus directement nous demander de nous battre car il y avait eu un premier incident du genre au camp d'entraînement précédent. Heureusement, cet incident fut pas mal moins dramatique...»
«Je savais donc que je devais me battre au prochain match simulé. Je m'en souviens très bien, j'ai marqué un but puis je me suis dit qu'il me restait un dossier à régler. J'ai jeté les gants, puis Éric (Saint-Amant) m'a atteint d'un coup de poing et je suis tombé sur la tête, avec les conséquences qui ont suivi. Au même moment, une autre bagarre était en cours un peu plus loin sur la glace...»
Un incident qui aurait pu être évité si Bergeron s'était écouté. Entre le discours de Grégoire et le match du lendemain, il a eu plusieurs heures pour penser à ce qu'on lui demandait de faire. Et sa première idée était de s'en tenir au hockey. Mais la peur de perdre son poste a été plus forte que sa raison. «À 16, 17 ou 18 ans, c'est une pression que personne ne devrait assumer. Tu as un rêve gros comme ça, tu es prêt à faire n'importe quoi pour l'accomplir. J'avais peur de jeter les gants, mais j'avais encore plus peur de me faire couper. Cette sensation, aucun joueur de 16 à 20 ans ne devrait la ressentir. Et pourtant, plusieurs la ressentent.»
Voilà pourquoi Bergeron applaudit les nouvelles règles mises en place pour contrer la bagarre. «Le hockey a changé, c'est la vitesse et la finesse qui dominent maintenant et c'est tant mieux. Les années '70 et '80 sont derrière nous, il est temps de donner toute la place qui revient au talent. Et je sais qu'à Shawinigan, il y en a pas mal cette saison», rigole Bergeron, qui assiste de temps en temps aux matchs des Remparts à Québec. «Je suis un ami de la famille Tanguay et de Patrick Roy. Les Remparts n'ont pas une vilaine équipe eux non plus...», conclut Bergeron avec un petit sourire en coin.
De la nervosité dans l'air
«C'est normal que certains joueurs ressentent de la nervosité. Je le sais, je suis passé par là. En bout de ligne, la meilleure façon d'améliorer ses chances de rester ici, c'est de tout donner lorsqu'on embarque sur la glace», explique Matthew Pistilli, qui avait été sacrifié à la même période il y a trois ans pour permettre aux Cataractes de mettre la main sur Guillaume Labrecque.
Comme ses coéquipiers, Pistilli s'attend à quelques changements. Mais il espère que ses patrons ne chambouleront pas la chimie dans le vestiaire. «Une équipe, ça se bâtit à partir du camp d'entraînement, pas à partir du mois de janvier», fait-il observer. «Ce n'est pas l'équipe qui va obtenir les plus gros noms qui va être avantagée mais bien celle qui obtiendra ceux qui vont le mieux s'incorporer dans son alignement. C'est exactement ce qui s'est produit la saison dernière à Gatineau», rappelle-t-il.
Il semble au moins acquis que les Cataractes vont aller chercher un autre joueur de 20 ans pour remplacer Tommy Gauthier, qui ne devait que remplacer Michaël Dubuc lorsque celui-ci est parti au camp d'entraînement des Bears de Hershey. Depuis que Dubuc a décroché un contrat de la Ligue américaine, plusieurs rumeurs entourant des patineurs de 20 ans ont circulé à Shawinigan mais Gauthier est toujours en place. «C'est aux dirigeants de l'équipe de trancher mais bien honnêtement, je serais à l'aise d'aller à la guerre avec Tommy comme joueur de 20 ans», lance Pistilli. «Il n'est pas le plus spectaculaire, c'est vrai, mais il nous donne du temps de jeu de qualité. En plus, c'est un bon joueur d'équipe. Il me fait penser à Josh Gorges avec le Canadien. Pas flamboyant, mais efficace.»
Pour discuter hockey, TEMPS D'ARRÊT, le blogue de notre journaliste Steve Turcotte












