Jean Guilbert est à l'emploi du Cégep de Trois-Rivières et, jusqu'à tout récemment, du Collège Laflèche. Pour ses collègues, il est le professeur de sciences humaines qui vient de la campagne. Pour la population de Saint-Maurice où l'homme est né, a grandi et habite toujours, il est le «gentleman-farmer» qu'on regarde aller du coin de l'oeil, avec un mélange de curiosité et d'amusement.
Jean Guilbert est le président-fondateur de la Fête des Moissons de Saint-Maurice. Depuis une dizaine d'années, lui et sa famille accueillent sur son terrain un peu plus d'un millier de visiteurs venus à la découverte du travail agricole à la façon d'autrefois. Sur place, des démonstrations du savoir-faire traditionnel par des artisans, des expositions d'outils et de machineries de «l'ancien temps», des dégustations de produits du terroir, etc.
L'événement, on l'aura deviné, célèbre les récoltes du mois d'août mais aussi le patrimoine, un mot qui coule dans les veines de notre Tête d'affiche. Pas étonnant que Jean Guilbert ait décidé de mettre ses connaissances du passé et son enthousiasme au service du présent. Ce qui était au départ une initiative familiale est devenue un organisme sans but lucratif chapeauté par la Société Saint-Jean-Baptiste. Il contribue financièrement aussi à la Fabrique de Saint-Maurice et à la société d'histoire locale.
M. Guilbert s'est inspiré de fêtes du battage qui ont lieu en Europe pour mettre sur pied la Fête des Moissons. À l'été 2009, la fin de semaine devrait exceptionnellement se déplacer à l'Île Saint-Quentin et profiter de la vague des festivités entourant les 375 ans de Trois-Rivières.
La maison au toit bleu de M. Guilbert, mais surtout la grange à l'arrière. constitue un véritable musée du patrimoine. «On sauvegarde tout ce qui se perd», confirme celui qui parle toujours au «on», les siens faisant partie intégrante de l'univers qu'il aime recréer.
«À l'heure où l'on parle beaucoup de persévérance scolaire, notre ferme familiale constituait une véritable école pour nos enfants», tient à souligner M. Guilbert qui peut notamment compter sur Charles et Éveline pour prendre sa relève. Les deux étudient à l'Université Laval, dans le domaine de l'agronomie.
Dès l'âge de 15 ans, leur père collectionnait les outils d'époque et la littérature s'y rattachant. Ses voyages et séjours prolongés à l'étranger ont toujours eu aussi un objectif pédagogique. «Nous réalisons l'importance de notre culture en étant en contact avec celle des autres», affirme celui qui a décidé de valoriser le patrimoine rural alors que d'autres préfèrent nier leurs origines de paysans ou d'«habitants».
Son souhait le plus cher: créer un centre d'interprétation du patrimoine rural, un lieu où les racines prennent tous leurs sens. En attendant, Jean Guilbert parcourt le Québec afin de faire revivre le passé. Il est membre de l'organisme Les Vieux Métiers qui réunit plus de 200 artisans, des hommes et des femmes qui maîtrisent des habiletés manuelles traditionnelles.
«Ça regroupe des trippeux», illustre M. Guilbert, un verbo-moteur infatigable qui prend le temps de préciser que lui et les siens aiment la vie. La preuve? «Chaque automne, nous ramassons des centaines de sacs de feuilles mortes que les citoyens du village (Saint-Maurice) mettent à la poubelle et nous les compostons. Je suis convaincu que nous évitons un camion complet de vidanges sur la route», dit-il.
Producteur, avec son fils Charles, de veau biologique, M. Guilbert vient également d'intégrer la nouvelle Coopérative de solidarité Écomarché CA qui permet aux producteurs de rejoindre les consommateurs via Internet, un outil incontournable de l'ère moderne, est bien obligé d'admettre notre passionné du passé.











