La famille en filigrane

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Réjean Bonenfant... (Photo: Stéphane Lessard)

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Réjean Bonenfant

Photo: Stéphane Lessard

Marie-Josée Montminy

Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

Que l'on parle de Réjean Bonenfant comme enseignant, comme auteur ou comme inter- venant impliqué dans son milieu, la constante de la famille colore l'histoire de sa vie et le développement de ses passions.

Né à Saint-Narcisse en décembre 1945, Réjean Bonenfant s'est installé à Trois-Rivières en 1962 afin d'entreprendre sa formation à l'École normale Duplessis pour pouvoir enfin devenir enseignant.

Le mot «enfin» décrit la vocation du 16e des 19 enfants d'Alphonse Bonenfant et d'Alice Saint-Arnaud qui se plaisait, enfant et jeune adolescent, à enseigner à ses plus jeunes frères dans la grange, l'été...

Le nouveau diplômé a accepté un des cinq contrats qui lui furent proposés en 1967 et a commencé sa carrière d'enseignant au salaire annuel de 5125 $. Pendant les années qui suivirent, cet avide de connaissances a complété deux baccalauréats (en pédagogie et en littérature) ainsi qu'une maîtrise en création littéraire.

Il avait déjà écrit avant, mais c'est le décès de son troisième enfant, un bébé de quatre mois, qui a nourri l'élan de publier. «Tu mets des enfants au monde pour qu'ils te survivent. La publication s'est imposée pour moi avec le fait de perdre un enfant. Quand je ne serai plus là, mes livres seront encore là», s'est alors dit l'auteur de Descente aux octobres.

La mort de cet enfant s'est aussi incarnée dans l'écriture d'un autre roman, Les vendredis amoureux, publié en 2000. À travers cette oeuvre, l'écrivain met en scène sa fille adolescente qui parle symboliquement à son jeune frère encore bébé. La famille sera aussi au coeur d'autres ouvrages dont Mamerlor - Chroniques autour d'un Q-tip, qui explore son rapport à sa mère.

Réjean Bonenfant a été contraint d'abandonner l'enseignement à la fin des années 1980, après avoir subi une importante intervention à coeur ouvert à l'issue de laquelle on lui donnait 10 ans à vivre. Après son retrait du monde de l'éducation, il a continué à écrire, à publier et à collaborer à divers périodiques, mais s'est aussi impliqué dans plusieurs organisations.

On a notamment pu le voir aux conseils d'administration de la Société des écrivains de la Mauricie, de Culture Mauricie et de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois. Il a aussi siégé au sein de jurys et de comités et a parrainé des écrivains de la relève.

«Maintenant, je suis spectateur. J'ai un droit de parole tout à fait libre», apprécie celui qui, détaché des conseils d'administration d'organismes culturels, apprécie écrire dans les pages d'opinion des journaux et pour des publications comme Le Volontaire, La Galère et Le Chinook.

Au fil de la conversation concernant ses implications, il mentionne aussi son expérience à s'occuper jusqu'à la fin de son grand frère Joseph et de son épouse (qui fut son institutrice) dans la lutte commune du couple contre le cancer.

«J'ai passé 20 mois à Sherbrooke comme aidant naturel avec la femme qui m'a montré à écrire et mon frère qui était aussi comme un père spirituel», témoigne Réjean Bonenfant en évoquant la mémoire de Joseph, docteur en littérature de la Sorbonne, poète, romancier et professeur à l'Université de Sherbrooke, décédé en 2000.

Ce frère a influencé le cheminement de Réjean Bonenfant l'écrivain; mais son intérêt pour l'art des mots a également été stimulé par son père agriculteur, qui citait régulièrement des fables de La Fontaine et autres proverbes, maximes et références littéraires entrées dans la culture populaire.

«Je suis un terrien, un fils d'agriculteur, je ne suis pas un intellectuel. Les mots pour moi sont le matériau le plus démocratique. Le mot est une coquille vide que l'on remplit avec ses émotions», observe cet écrivain du concret qui a terminé un ouvrage à paraître prochainement et travaille déjà sur un prochain, un roman jeunesse.

 

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