Cette situation déçoit la ministre responsable de la Mauricie, Julie Boulet, qui a fait des pieds et des mains pour augmenter la contribution de son gouvernement à cet investissement titanesque.
Rappelons que les lacs La Pêche et des Piles ne répondent plus aux normes de captage du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs.
La Ville de Shawinigan doit donc se tourner vers la rivière Saint-Maurice comme source d'approvisionnement. Cette décision entraînera la construction d'une usine de filtration et de complexes travaux de raccordement.
Selon les dernières estimations dévoilées en avril 2008, ce projet nécessiterait un investissement de 87,1 millions $. Sur ce montant, les coûts admissibles à une aide financière atteignent 78 millions $.
En avril 2006, le conseil municipal de Shawinigan avait adopté une résolution demandant à Québec de défrayer 95 % des travaux. L'ex-ministre des Affaires municipales et des Régions, Nathalie Normandeau, avait mentionné que jamais son gouvernement ne pourrait aller aussi loin, mais que des appels seraient lancés à Ottawa pour obtenir un soutien financier.
Les cas de Thetford Mines, Baie-Comeau et Shawinigan ont causé passablement de maux de tête au gouvernement du Québec au cours des dernières années, en raison de l'ampleur des investissements nécessaires pour rendre conforme leur système d'approvisionnement en eau potable.
Or, grâce au volet Grands projets du Fonds Chantiers Canada et au Plan québécois des infrastructures, les deux paliers réservent maintenant environ 29 millions $ chacun pour réduire la charge de la Ville de Shawinigan.
Cette aide financière représenterait 75 % des coûts admissibles. À l'origine, le volet 1 du Fonds sur l'infrastructure municipale rurale ne pouvait éponger que 50 % du même montant.
L'offre a été faite verbalement à l'administration municipale au tout début de l'été, mais elle n'a pas suscité beaucoup d'enthousiasme.
Pourtant, même le député de Saint-Maurice, Claude Pinard, met la couleur politique de côté pour reconnaître les mérites de la ministre régionale dans le nouvel effort proposé par le gouvernement.
«Elle a vraiment travaillé très, très fort», assure-t-il.
De son côté, Julie Boulet livre un message sans équivoque à l'administration municipale.
«Il n'y aura pas de dérogation de la part du ministère, compte tenu de l'importance de la Ville et de sa capacité de payer. Shawinigan, ça se compare à Thetford Mines ou à Baie-Comeau! Nous payons 95 % dans des cas d'exception, des communautés très petites et dévitalisées. Le 75 % est mis sur la table et pour le moment, la Ville dit qu'elle n'est pas prête. Mais moi, mon travail est fait.»
Bonne affaire
Le dossier se complique d'autant plus pour Shawinigan que les deux autres villes accueillent bien la proposition du gouvernement du Québec de régler 75 % des coûts admissibles. Pourtant, elles avaient aussi exigé d'être accompagnées à une hauteur de 95 %.
Le 8 mai dernier, une grande annonce ministérielle a été réalisée à Thetford Mines. Sur des coûts admissibles de 70 millions $, Québec et Ottawa ont confirmé l'attribution de 52,5 millions $, versés à parts égales. La Ville doit défrayer le reste de la facture, soit 17,5 millions $.
À Baie-Comeau, une annonce imminente est vivement souhaitée à la Ville, confirme André Pratte, directeur des Services publics. Dans ce cas, l'ensemble des investissements atteint 55 millions $.
L'offre ne rencontre peut-être pas toutes les attentes, mais à un moment donné, il faut passer à l'action, fait remarquer M. Pratte.
«Quand on regarde aller les coûts, à quel point le marché varie rapidement, plus on attend et plus ça augmente», explique-t-il. «Même si on attendait encore d'avoir 95 %, on le mangerait avec les coûts qui sautent. Nous sommes donc prêts pour l'annonce; la pelle brille!»












