Dans la région depuis la veille, la flamme des Jeux olympiques d'hiver 2010 s'est arrêtée au Centre-de-la-Mauricie, hier matin, vers 7h. Son passage sur une brève distance (3,2 kilomètres) et de courte durée (une trentaine de minutes) avait préalablement inspiré le comité qui travaille activement à la candidature de Shawinigan en prévision des Jeux du Québec de l'été 2012. Les organisateurs n'allaient pas rater l'occasion de provoquer un mariage entre leur flamme et celle qui se dirige allègrement vers Vancouver.
Agent aux communications à la Ville de Shawinigan, Jean-François Hinse ne cache pas qu'au départ, le comité souhaitait allumer la flamme des Jeux du Québec à partir de la torche olympique.
«On s'est fait dire «non» malheureusement. On a négocié mais ça n'a pas abouti», a expliqué M. Hinse avant de rappeler que Shawinigan est une ville de passage où, contrairement à Trois-Rivières, aucune célébration particulière n'était prévue par les organisateurs du relais de la flamme olympique, un parcours rodé à la minute près. Attendue à Nicolet à 8h16, la flamme devait compléter sa course de la journée vers 19 h, à Longueuil.
Cela dit, le rendez-vous entre les deux flammes a eu son effet, même sans feu d'artifice. Le porteur du flambeau olympique, Réjean Dubord, s'est retrouvé épaule à épaule avec Sylvie Gervais, directrice générale du Centre d'action bénévole de Grand-Mère et membre du comité de candidature de Shawinigan.
Ils ont rapidement été entourés d'enfants invités à vivre ce moment historique. L'espace de quelques minutes, les quelques dizaines de supporteurs présents ont pu immortaliser la scène.
Directeur général du comité de candidature, Yves Renaud comprenait très bien le refus de l'équipe du relais de la flamme olympique d'allumer le flambeau des Jeux du Québec. «Sinon, d'une région à l'autre, il y aurait eu toutes sortes de demandes et beaucoup trop d'intermédiaires», a-t-il dit avant de rappeler l'importance d'associer deux événements qui, tout en étant incomparables, ont des objectifs similaires.
Marcel Jobin était présent à l'arrivée de la flamme olympique sur la rue des Cèdres. Qualifié pour les Jeux de Munich, Montréal, Moscou et Los Angeles, M. Corbin a porté la flamme, jeudi dernier, dans les rues de Québec, à la demande de la Fédération canadienne d'athlétisme. Hier, l'ancien marcheur olympique était devant l'hôtel de ville de Shawinigan, cette fois, à titre d'invité du comité de candidature.
«Ça fait un petit velours. C'est un peu notre paie», a commenté M. Jobin avant de faire référence aux nombreux sacrifices qu'il a dû s'imposer pour concilier sa vie de travailleur, de père de famille et de sportif amateur.
Aujourd'hui, sa plus grande satisfaction est de croiser des hommes et des femmes qui, très tôt comme lui à une certaine époque, courent ou marchent pour garder la forme.
Pour l'occasion, Marcel Jobin était accompagné d'une autre ancienne athlète olympique originaire de la région, Linda Crutchfield, qui a fait sa marque en 1964 et en 1968 dans le domaine du ski alpin et de la luge.
Pour eux, force est d'admettre qu'après toutes ces années, la flamme olympique les rattrape. Mme Crutchfield était particulièrement émue de vivre cet événement qui représente à la fois une tradition sacrée et des souvenirs qui ne s'oublient pas.
«C'est très émouvant de voir ici l'esprit des Jeux olympiques. Ça m'excite encore», a-t-elle dit avant de lancer avec enthousiasme: «Durant les Jeux, je ne dors pas. Je suis toujours devant la télé!»
Des porteurs transformés
«Mémorable! Inoubliable!», ont été les premiers mots de Réjean Dubord qui a porté la flamme olympique à partir de la 5e Rue jusque sur la rue des Cèdres, devant l'hôtel de ville de Shawinigan.
«Pour moi, l'activité physique, c'est un mode de vie», a déclaré le secrétaire du Club Milpat qui, une heure après avoir couru 300 km avec le flambeau, sautait sur une patinoire pour une joute de hockey amicale.
Heureux d'avoir été choisi pour participer au relais de la flamme, M. Dubord ne regardera pas les prochains JO d'hiver avec les mêmes yeux. Hier, un responsable du parcours lui faisait remarquer que sans sa présence, il manquerait 300 mètres à la flamme pour atteindre la vasque olympique, à Vancouver.
Ingénieur en génie civil pour la firme BPR, à Trois-Rivières, Jean-François Baril n'a eu aucun problème à remonter en courant la rue Summit, la torche olympique à la main. Transporté par l'adrénaline du moment, le jeune homme a fait honneur à ses collègues de travail qui ont eu la bonne idée de l'inscrire, l'an dernier, lors de la sélection des participants au relais.
«J'ai peut-être été choisi pour ce que j'apporte aux gens autour de moi», avoue timidement le jeune homme qui est reconnu comme un leader positif dans son entourage. «Indescriptible», commente-t-il pour résumer son expérience en tant que porteur de la flamme. Plus que jamais, il se dit convaincu de continuer d'adopter une attitude de gagnant.
Originaire de Saint-Léonard d'Aston, Monique Bachand travaille à Trois-Rivières, à Formation Conseil Mauricie (FCM), un service aux entreprises chapeauté par les commissions scolaires du Chemin-du-Roy et de l'Énergie.
C'est à la toute dernière minute qu'elle a appris que sa candidature pour porter la flamme olympique était retenue, une personne s'étant désistée. L'organisation des Jeux s'est alors tournée vers Mme Bachand qui n'en revenait pas encore de sa chance, hier matin.
«Je considère que mon athlétisme, c'est le travail que j'ai réalisé en éducation. L'éducation, c'est ma vie», a commenté Mme Bachand au terme de ses 300 mètres, le flambeau au bout de bras.
«C'est touchant. Je n'ai eu que quelques jours pour me préparer», fait remarquer la dame, impressionnée par le message d'excellence qui est associé à la flamme olympique. À sa façon, dans son domaine, elle se définit comme une athlète.
Originaire de Shawinigan, Mario Gélinas travaille à La Tuque depuis six ans au Centre de santé et des services sociaux. En 1988, il avait soumis sa candidature pour porter la flamme olympique. En vain. Ce qui ne l'avait pas empêché de suivre la flamme en courant, lui qui cumule une cinquantaine de marathons.
Hier, c'était la bonne. «Je suis bien impliqué dans le domaine sportif. Je travaille en santé mentale et je peux vous dire que c'est important de s'activer. Ça évite parfois bien des pilules», ajoute M. Gélinas qui compare sa participation au relais de la flamme olympique à un véritable cadeau de Noël.
«Ça nous donne l'énergie de continuer», ajoute l'homme de 51 ans qui n'a surtout pas l'intention de ralentir le rythme.
Ce matin, M. Gélinas entend se présenter au travail avec son flambeau. Intervenant auprès de jeunes schizophrènes, M. Gélinas leur a promis qu'ils se feraient tous photographier avec ce symbole de l'excellence mais aussi de la persévérance.











