Il s'agit du dernier chapitre d'une saga dans laquelle la Corporation du Parc de l'Île-Melville et la Ville de Shawinigan s'enfoncent depuis le printemps.
Rappelons que Maisons S. Turner avait obtenu le mandat de construire le nouveau pavillon d'accueil en avril 2009. La Corporation du Parc de l'Île-Melville croyait alors qu'elle pouvait procéder sans appel d'offres, puisqu'il s'agit d'un organisme indépendant. Par contre, en gérant des bâtiments appartenant à la Ville, elle pourrait être soumise aux mêmes obligations que celle-ci.
Lorsque des doutes ont été soulevés sur la légalité de ce contrat conclu de gré à gré, le conseil d'administration a décidé d'inviter des entrepreneurs locaux à déposer des soumissions pour construire ce pavillon d'accueil.
À la suite de cet exercice, devant l'évidence que le prix de l'entreprise trifluvienne ne pouvait être égalé, la Corporation décidait de rejeter toutes les propositions et de poursuivre son association avec Maisons S. Turner... même si cette entreprise n'avait même pas participé à cet appel d'offres organisé en catastrophe.
Construction André Magny, qui avait présenté la plus basse soumission, a vivement dénoncé ce processus. Jugeant s'être fait berner pour sauver les apparences, l'homme d'affaires a mis en demeure le Parc de l'Île-Melville et la Ville de Shawinigan de le dédommager pour le temps investi dans la participation de cet appel d'offres. M. Magny étudie toujours la possibilité d'intenter une poursuite dans cette affaire.
Prudence
Même si elle héritait à nouveau du mandat, Maisons S. Turner est parvenue à obtenir une nouvelle clause au contrat initial, le 4 mai, qui prévoyait une pénalité en cas de résiliation.
Le prix pour ce pavillon d'accueil, qui aurait pu être livré le 25 mai, était fixé à 193 050 $, plus taxes. Selon un document déposé à la Cour, la nouvelle entente prévoyait «une somme équivalente à 50%, excluant toutes les sommes reçues du contrat, à titre de dommage au sens de l'article 1623 du Code civil du Québec». Cette annexe est signée par Katy Turner, directrice générale de l'entreprise et Marie-Louise Tardif, directrice générale du Parc de l'Île-Melville.
Tout le bruit provoqué par le processus d'attribution de ce contrat a incité l'Hôtel de ville à se mêler du dossier. L'ex-mairesse, Lise Landry, avait demandé la démission du président de la Corporation du Parc de l'Île-Melville, Yves Bordeleau.
Son successeur, Robert Dupont, a tenté de rapprocher les parties, sans succès. Craignant être accusé d'avoir cautionné un processus illégal, le conseil municipal décidait finalement d'annuler le contrat avec Maisons S. Turner et de reprendre le processus d'appel d'offres.
Ainsi, le 28 novembre, Mme Tardif écrivait à Mme Turner pour confirmer la résiliation, pour des raisons «hors de notre contrôle». La réplique est arrivée le 2 décembre. Mme Turner donnait alors cinq jours pour payer la pénalité de 96 525 $, plus taxes. La facture s'élevait donc à 108 952 $.
La Corporation du Parc de l'Île-Melville a versé deux acomptes, l'un de 23 400 $ et l'autre de 50 000 $. Selon l'entente, ce montant de 73 400 $, non-remboursable, n'est pas déduit du prix de départ en cas de résiliation de contrat.
Si les parties ne parviennent pas à régler hors cour, la requête sera présentée devant le tribunal le 2 mars.
Le Parc aura son pavillon, assure Angers
Le Parc de l'Île-Melville sera équipé d'un nouveau pavillon d'accueil en 2010, assure le maire de Shawinigan.
Prudent dans ses commentaires au sujet de la requête déposée à la fin janvier par Maisons S. Turner, Michel Angers avance néanmoins que sur le fond du débat, il ne fait aucun doute que les employés doivent intégrer de nouveaux locaux cette année. «Il va y avoir un nouveau pavillon», confie-t-il. «Pour nous, le Parc de l'Île-Melville est un joyau. Si on veut continuer à le développer, ça prend un pavillon.»
En décembre, la Ville avait présenté une version ambiguë sur son degré de responsabilité dans cette résiliation de contrat. Or, ce dossier est maintenant géré par le directeur général, Gaétan Béchard, ce qui indique que l'Hôtel de ville prend le dossier en charge pour la Corporation du Parc de l'Île-Melville.
Avec ce nouveau litige, le processus d'appel d'offres pour la construction d'un nouveau pavillon n'a pas encore été lancé. Peu importe le dénouement de cette affaire, ce poste d'accueil finira par coûter très cher.
En effet, la Corporation du Parc de l'Île-Melville a déjà versé 73 400 $ à Maisons S. Turner, un acompte non-remboursable. En ajoutant ce montant à la pénalité prévue au contrat, on se retrouve avec une somme qui équivaut pratiquement à la valeur d'un pavillon neuf. «Notre décision aura des conséquences financières sur la Ville, mais nous tenons à être blindés», répète M. Angers. «Pour le reste, nous voulons trouver le meilleur règlement possible.»
Le président de la Corporation du Parc de l'Île-Melville, Serge Aubry, sent également la volonté du conseil municipal d'acquérir un pavillon d'accueil une fois pour toutes. «La Ville s'engage à prendre tous les moyens pour que tout soit en opération cet été», confie le conseiller du district des Montagnes. «Les négociations avec Maisons S. Turner vont orienter les démarches pour la construction du pavillon. J'ai confiance en un dénouement assez rapide. En tout cas, je l'espère!»
Avec les nouveautés qui s'annoncent à l'activité d'Arbre en arbre et la popularité du camping, M. Aubry souhaiterait que son équipe puisse amorcer la saison estivale dans ses nouveaux quartiers pour bien accueillir les visiteurs. «Idéalement, il faudrait que ce soit prêt au début de la saison», convient-il. «Mais on n'a pas le choix de composer avec la façon dont les choses vont se présenter.»











