Après avoir pris connaissance de la situation à Chalk River, l'an dernier, le maire de Bécancour, Maurice Richard, avait enclenché des démarches, d'abord auprès d'ingénieurs spécialisés dans le domaine afin d'en connaître un peu plus sur le sujet, puis auprès de la direction de Gentilly-2 et finalement, auprès du cabinet de la ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau. L'isotope médical est une substance radioactive surtout utilisée pour le diagnostic de maladies en médecine nucléaire.
«Si ça se peut, pourquoi pas des isotopes à Bécancour?» a demandé le maire Richard, mercredi soir, alors qu'il était un des trois conférenciers au Souper des autorités de la Chambre de commerce et d'industrie de Bécancour.
M. Richard rappelle que le réacteur de Chalk River est un réacteur CANDU comme celui de Gentilly-2. Comme les élus de Bécancour étaient questionnés sur le sujet par des citoyens qui se demandaient si la fabrication d'isotopes était possible à la centrale nucléaire, le conseil a donc décidé de s'enquérir plus avant de la question.
Réponse de Gentilly-2
À la direction de Gentilly-2, M. Richard mentionne que la réponse, polie, est venue assez rapidement à l'effet que cette centrale était là pour fabriquer de l'électricité. C'est la réponse qui lui a été faite, mentionne-t-il, par le directeur, Mario Désilets.
«Comme la Société SNC-Lavalin est celle qui a créé les réacteurs CANDU, avec le directeur général de la Ville, Gaston Bélanger, nous sommes allés rencontrer des ingénieurs spécialisés dans le domaine de cette société et d'une autre firme d'ingénierie à Montréal. On ne nous a pas dit que ce n'était pas faisable. On nous a dit que c'était faisable mais qu'il y avait un prix évidemment. Et que, s'il y avait une volonté de le faire, on pourrait corriger les plans de réfection de la centrale en conséquence. On nous a donc dit que techniquement, ça pourrait se faire», relate M. Richard.
Celui-ci a aussi rencontré, également à Montréal, les représentants d'une importante compagnie européenne qui est en concurrence avec EACL (Énergie atomique du Canada ltée) dans le but de les questionner sur le sujet des isotopes. Cette compagnie a déjà bâti un petit réacteur qui fabrique des isotopes en France et a même manifesté son intérêt, selon le maire, pour en construire un au Québec.
Après cette rencontre, le maire Richard a demandé et obtenu, à l'automne 2009, un rendez-vous avec le chef de cabinet de la ministre Normandeau, Bruno Lortie, après avoir pris soin d'acheminer au préalable au cabinet de la ministre, toute la documentation concernée en lien avec le sujet.
MM. Richard et Bélanger étaient accompagnés d'ingénieurs spécialisés dans le domaine nucléaire pour l'occasion, ceci, a expliqué le maire, «afin de sensibiliser le cabinet ministériel à la possibilité d'avoir la production d'isotopes au Québec».
La Ville en est là pour le moment dans ses démarches dans ce dossier. «Le reste relève d'une décision gouvernementale», a conclu le maire Richard au sujet de la production d'isotopes, en estimant entre 100 et 150 millions $ l'investissement additionnel qu'il faudrait ajouter à celui prévu (en août 2008) de 1,8 milliard $ pour la réfection de la centrale Gentilly-2.
Idée reçue froidement
Autant à Hydro-Québec qu'au cabinet de la ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau, l'idée que Gentilly-2 puisse produire éventuellement des isotopes après les travaux de réfection de la centrale a été accueillie plutôt froidement, hier.
À Hydro-Québec, Marie-Hélène Deveault, attachée de presse à Montréal, a d'abord rappelé que dans son état actuel, la centrale Gentilly-2 ne pouvait pas fabriquer des isotopes.
«Ce n'est pas un réacteur qui a été conçu pour produire des isotopes. Il est de nature différente. Cette centrale a été conçue pour produire de l'électricité», a-t-elle signifié.
Mme Deveault ajoute que si on devait profiter des travaux de réfection à venir à cette centrale pour l'adapter de telle sorte qu'elle puisse produire des isotopes, on en changerait alors la nature même. Elle n'aurait plus la même vocation.
Elle affirme donc que pour plusieurs raisons, ce n'est pas possible de fabriquer des isotopes à cette centrale.
Même son de cloche du côté du cabinet de la ministre Normandeau. Son attaché de presse, Christian Tanguay, rappelle que ce n'est pas le même type de technologie. «Quand le réacteur est fait pour produire de l'électricité, comme c'est le cas à Gentilly, il fonctionne en continu alors que pour les isotopes, il ne fonctionne pas en continu», explique-t-il.
M. Tanguay confirme la rencontre du maire Richard avec le directeur de cabinet de la ministre, mais il précise que s'il a été question de l'idée à ce moment-là, il n'y a pas eu de projet concret qui a été soumis. Et il ajoute que tant qu'il n'y aura pas de projet de soumis par la municipalité ou un promoteur, le ministère ne se penchera pas davantage sur la question.
Il n'y a donc rien d'autre de prévu pour le moment sur le sujet, a laissé savoir le porte-parole gouvernemental.










