«On parle du double et sans doute plus comparativement à l'année dernière», note la directrice générale de l'organisme, Geneviève Paré, qui a vu la tendance s'accélérer à l'automne. Le premier décembre 2010, on comptait 115 consultations budgétaires et notre année n'est pas terminée.»
Déjà, à la rentrée automnale, Mme Paré avait noté que la demande d'aide pour les fournitures scolaires avait doublé (65 demandes), un indice qui laissait présager que beaucoup de familles se trouvaient en difficulté financière dans la MRC des Chenaux.
«J'ai été un peu surprise de voir nos chiffres, il s'agit surtout de femmes de plus de 40 ans, vivant seules à la suite d'un divorce ou d'une séparation. Elles doivent assumer seules leur situation financière et parfois elles sont très démunies. Elles manquent souvent de confiance en elles. Quelques unes souffrent de dépression ou de problèmes de santé mentale. On voit aussi quelques hommes et des familles surendettés mais définitivement plus de femmes.»
Mme Paré note que les personnes qui se présentent au Fonds communautaire des Chenaux le font parce qu'elles attendent soit un chèque de l'assurance-emploi, d'allocation familiale, de la sécurité du revenu ou d'un programme de prêts et bourses.
«Il s'agit de gens en situation précaire, victimes de perte d'emploi ou de coupure d'heures de travail, dont les cartes de crédit sont pleines et qui sont menacés de coupe de services. Ils ne viennent pas ici simplement pour payer des factures mais parce qu'ils ne peuvent plus manger.»
Mme Paré croit que les organismes comme le sien ne font que commencer à voir les conséquences de la crise économique de l'année dernière, une crise qui est venue faire basculer des situations financières déjà précaires.
«Nous avons aussi des cas de surendettement. L'année dernière, on a tenu un salon de l'argent et de la consommation pour en parler ouvertement. On l'a fait parce que plus de gens sont touchés par la surconsommation. Il y a de plus en plus de personnes multi- endettées qui ne savent plus comment régler la situation.»
Mme Paré remarque aussi que les personnes concernées attendent trop longtemps avant de passer à ses bureaux pour établir un budget.
«Quand elles viennent ici, nous n'intervenons pas dans les dépenses, sinon elles ne viendraient plus si on commençait à les juger. C'est le budget que nous faisons avec elles qui fait toute l'intervention. Nous leur remettons une petite trousse de travail qui contient une calculatrice et un budget type. Les gens commencent alors à remarquer ce qu'ils dépensent vraiment et ils font: ouf! C'est là qu'ils constatent d'eux-mêmes qu'ils vivent au dessus de leurs moyens et qu'il faut revoir leurs dépenses. Il n'y a plus de place pour la pensée magique.»
Une fois qu'on a fait le tour des dettes, l'organisme intervient souvent auprès des créanciers pour établir des ententes de remboursement: Hydro-Québec, bail, institution financière à hauts taux d'intérêt, magasins de meubles, etc.
Quand ses clients ont un budget clair en main, Mme Paré remarque que la plupart s'y tiennent et qu'ils arrivent finalement à s'en sortir.
Par contre, la directrice du Fonds communautaire des Chenaux a constaté que souvent la clientèle a beaucoup de mal à évaluer correctement les dépenses se rattachant à la nourriture.
L'organisme vient justement d'engager une diététicienne dans le but de mettre sur pied une cuisine collective. Il a pu le faire grâce à une subvention spéciale de l'Agence de santé, dans le cadre de la récession économique.
«Notre rôle, c'est aussi de faire économiser les gens. On peut le faire avec une cuisine collective. Elle prépare actuellement un cours sur la gestion alimentaire. Après le logement, c'est pour leur alimentation que les gens dépensent le plus.»
L'épicerie Métro a déjà été approchée et recevra les personnes inscrites. Le nouveau cours sera prêt en septembre prochain et on espère que l'agence renouvellera son aide car selon les responsables des fonds communautaires, les répercussions de la récession risquent de se manifester encore quelques années.










