En sept ans, l'homme y a écrit un total de 21 romans historiques. Quatorze ont déjà été publiés et sept sont terminés, en attente de parution. «Ce devait être juste une occupation de retraité, ça...», sourit M. David, qui s'est découvert une carrière de romancier après 33 ans années d'enseignement du français au secondaire.
L'homme, âgé de 64 ans maintenant, est le premier surpris de cette tournure du destin, et de son imposant succès. Car lorsqu'on dit succès, il faut souligner l'euphémisme. À ce jour, le joyeux retraité a vendu plus de 800 000 livres au Québec, rien de moins. Chez Costco, réputé pour procéder à un roulement rapide, les romans signés Michel David se renouvellent sur les tablettes.
L'homme est l'auteur des trois sagas historiques de quatre tomes chacun, soit Le Petit monde de Saint-Ansèlme (autour de 100 000 exemplaires vendus), La Poussière du temps, (près de 300 000), et la saga À l'Ombre du clocher (près de 400 000). C'est sans compter les deux premiers tomes de sa nouvelle série Chère Laurette, publiés en septembre et octobre derniers, dont on ne connaît pas encore les chiffres de vente, alors que les deux tomes suivants sont prévus pour mars et mai 2009.
Mais attention, la saga suivante se nommera La Quête du bonheur et est déjà fin prête pour parution en septembre prochain. Les quatre romans sont tous terminés. «Je suis déjà dans une autre, qui aura deux romans seulement celle-là. J'en ai terminé un et demi.»
Or quand on sait que ses sagas cumulent en moyenne 2200 pages (500 à 600 pages par tome), on est en droit de se questionner sur son quotidien. «C'est un horaire de sept heures par jour, sept jours sur sept, mais rien ne m'y oblige, ce n'est pas du travail», précise-t-il. «Je ne le fais que par plaisir. Et ça paye les voyages. Ma femme et moi adorons voyager.»
Le duo voyage partout dans le monde. Pour Noël, M. David a offert à son épouse sa 25e croisière. Quant à ses lecteurs, il leur réserve de toutes autres destinations. Des périples parfois urbains, parfois ruraux. Il alterne. Pour une saga qui décrit un quartier de Montréal, il en écrit une suivante qui visite le Centre-du-Québec.
Sa première saga se déroulait autour des villages de Sainte-Brigitte, Saint-Elphège et Pierreville. La troisième transportait ses lecteurs dans un petit village inventé, «qui ressemble étrangement à Saint-François-du-Lac», sourit-il. Mais encore, la cinquième, qui paraîtra en septembre, se situera cette fois à Sainte-Monique-de-Nicolet. «C'est mon coin, le Centre-du-Québec», plaide-t-il.
L'homme est natif de Montréal, y a passé toute sa vie d'enseignant, mais le Centre-du-Québec est la région de ses grands-parents maternels (Saint-Elphège) et de sa parenté (Sorel et Pierreville). Du côté paternel, on était Montréalais pure laine, et dans ses romans, il rapatrie toutes ses origines, au grand plaisir de ses lecteurs.
Ceux-ci ont toutefois bien failli ne jamais lire sa plume. «Mon premier roman, je l'ai présenté à huit maisons d'édition et on me répondait toujours: Ça ne répond pas à notre ligne éditoriale... Je ne savais même pas ce que cette phrase voulait dire.»
En bout de piste, c'est Hurtubise HMH qui a misé sur sa plume, et qui a gagné le gros lot. Or depuis décembre 2008, voilà que France-Loisirs, (cousine de Québec-Loisirs) le distribue aussi outre-mer. Il compte déjà bon nombre de lecteurs là-bas, qui ont obtenu ses livres via la Librairie du Québec à Paris. Ce fait le sidère autant qu'il le ravit.
Quant à sa propre histoire, elle a de quoi surprendre. Lui, il en sourit tout bonnement. Dans son bureau, outre les deux ordinateurs, se trouve une petite table garnie de morceaux de puzzle. C'est pour la détente, dit-il, tout comme le golf qui occupe ses beaux jours. Le tout entre l'écriture au quotidien et une quarantaine de conférences par année.
«Moi, quand les gens me disent qu'ils ne savent pas quoi faire à leur retraite, je ne comprends pas ça.»
Le repaire de l'imaginaire
Sa maison de Sainte-Brigitte-des-Sault représentait au départ sa maison de campagne, mais il en fait désormais sa demeure principale, son havre de paix où il se donne rendez-vous au quotidien avec un imaginaire qui ne s'essouffle pas.
«Je n'ai jamais eu le syndrome de la page blanche. Même que je rêve à mes romans. Le matin, mes scènes sont toutes en place», dit-il. «Parfois, la nuit, je me réveille et mes personnages sont en plein dialogue.»
Pendant qu'il enseignait, il a écrit 152 manuels scolaires et cahiers d'activités pour les élèves de la province.
«J'étais un professeur très exigeant et très sévère», dit-il, mais créatif. Pendant 30 de ses 33 ans d'enseignement, il a écrit des histoires pour ses élèves, pour enrichir leurs vendredis après-midis.
«J'ai adoré l'enseignement, ça m'a manqué beaucoup quand j'ai arrêté.»
Même chose quand il termine l'écriture d'une saga. «C'est un vrai deuil. C'est un monde que je ne revivrai pas. Ça m'affecte pendant deux ou trois jours.» Après quoi, il retombe dans un autre univers, toujours à caractère historique. Car si les lecteurs de Michel David lui sont si reconnaissants, c'est qu'il leur fait revivre le dernier siècle. «Mon intention, c'est de faire l'histoire du 20e siècle au Québec. J'essaie de couvrir tout le siècle, par périodes différentes.»
Pour ce faire, il prend toutefois grand soin de ne pas donner des cours d'histoire. Il préfère inclure les références du temps tout au long de ses romans. «Je m'imagine d'abord et avant tout la période. Qui était au pouvoir, quelles étaient les histoires judiciaires, les chansons populaires, les émissions de radio ou de télévision de l'époque... L'environnement vient en premier, après quoi, je décide où ma famille va demeurer. Viendra ensuite le synopsis...»
Le tout premier roman qu'il a écrit était un heureux accident. «C'était un cadeau pour le 80e anniversaire de ma mère, mais elle l'a adoré, et elle voulait la suite.» La dame a été imitée par des centaines de milliers de Québécois depuis. «La réponse des gens, c'est ce qui m'a le plus étonné. J'en suis estomaqué.»












