Erik Gosselin est maquilleur d'effets spéciaux pour le cinéma

Modèle-moi un cadavre

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Le Madelinois d'origine Erik Gosselin est maquilleur d'effets spéciaux pour le cinéma. Il fabrique des faux corps, simule des blessures, vieillit des personnages ou modifie leur apparence.

 

Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Quand on demande à Francis Gosselin ce que son père exerce comme métier, le garçon de 11 ans peut répondre: «Il modèle des faux cadavres, simule des blessures et vieillit des acteurs». Son père, Erik Gosselin, est maquilleur d'effets spéciaux pour le cinéma.

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Ici, l'artiste Érik Gosselin travaille sur un faux corps dédié au film Whiteout.

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Erik Gosselin a créé un faux corps de David Bowie pour la série britannique The Hunger.

La dépouille dans le cercueil du film Le secret de ma mère, c'est lui qui l'a créée. Les lésions sur le corps de Johnny Depp dans Secret Window sont aussi de son oeuvre. Bientôt, on pourra voir la transformation qu'il a opérée sur le comédien qui incarne Dédé Fortin dans Dédé à travers les brumes.

Né dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, Erik Gosselin est déménagé à Montréal à l'âge de cinq ans, après le décès de son père. «Mon père avait plusieurs commerces et nous revenions à Trois-Rivières à toutes les fins de semaine avec ma mère. Je suis donc resté connecté à la ville!» raconte-t-il.

Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, le jeune Erik n'était pas un de ces adolescents fascinés par les images de têtes tranchées ou d'abdomens éventrés. Son chemin n'était pas naturellement tracé vers le métier assez peu conventionnel qu'il perfectionne depuis deux décennies.

«J'étais assez bollé. J'ai étudié en sciences pures au Cégep et je me suis inscrit en physique optique à l'université. L'été entre les sciences pures et la physique optique, j'ai eu une hésitation. Je me suis dit qu'un esprit créatif comme le mien s'ennuierait avec un sarrau blanc. J'ai pris une année sabbatique», relate celui qui, pendant cette période de réflexion, a travaillé comme garde du corps.

C'est en feuilletant le magazine Fantagoria qu'il a eu une révélation. «C'était un article sur un gars qui faisait ce que je fais aujourd'hui, et qui disait que les sciences l'avaient beaucoup aidé. Je me suis dit que comme mix entre arts et sciences, c'était assez cool comme métier», explique-t-il.

Pendant deux ans, Erik Gosselin a élaboré son portfolio, en y réunissant des photos de faux égorgements, de blessures factices, de postiches de chiens morts ou de miniatures d'extraterrestres qu'il avait conçus. Sa mère a même servi de mannequin pour des expériences de vieillissement de personnages.

Son premier contrat lui a été accordé via sa coiffeuse de l'époque. Connaissant son intérêt pour le maquillage de cinéma, la coiffeuse qui participait à son premier court métrage (Bloody Madonna), a suggéré le nom de son client aux producteurs. À partir de ce moment, c'est le bouche à oreille qui a permis à Erik Gosselin de gagner sa vie en maîtrisant un amalgame unique entre la sculpture et la peinture.

L'artiste de l'illusion a développé sa technique de création de prothèses de gélatine ou de silicone pour transformer la physionomie des comédiens, et aussi pour créer de toutes pièces des personnes ou des animaux morts. Il travaille souvent avec son frère jumeau Karl, spécialisé dans la mécanique.

Erik Gosselin crée dans son atelier de la banlieue de Montréal, et travaille surtout sur les plateaux montréalais. Mais il lui arrive aussi de suivre des équipes de cinéma dans des endroits comme la Tchécoslovaquie ou la Roumanie. Il a notamment passé deux mois en Roumanie l'été dernier pour le tournage de Rise of the Gargoyl.

Son fils Francis a eu la chance d'assister son père pendant le tournage de ce film qui met en vedette Eric Balfour et Caroline Néron. La production sera sur les écrans en 2009, tout comme Dédé à travers les brumes ainsi que le film tiré du roman 5150, rue des Ormes, de Patrick Senécal. Pour ce projet, Erik Gosselin a relevé le défi de concevoir 32 cadavres.

Ce contrat compte parmi les réalisations dont le Québécois est le plus fier. «Côté québécois, 5150 a été un des mes meilleurs projets. Le plus gros. Et pour la qualité du travail, je dirais que c'est Le secret de ma mère pour la qualité du faux corps dans le cercueil. Côté américain, c'est Gothika», énumère celui qui s'est associé à une trentaine de productions pendant la dernière année.

Le travail d'Erik Gosselin ne se limite pas au cinéma et à la télévision. L'artiste a été mandaté par l'École nationale de police de Nicolet pour modeler différentes sortes de corps mutilés ou de personnages décédés. Ces mannequins réalistes sont utilisés dans la formation des futurs policiers, pour les familiariser à la vue de dépouilles d'enfants ou de suicidés, par exemple.

Il a aussi fabriqué des dizaines de poissons en silicone, des intestins d'orignaux et des poitrines de perdrix pour la formation d'agents de la faune confrontés aux scènes de braconnage. Il a également collaboré avec le Cirque du Soleil et le festival Juste pour Rire.

Manger un steak chez Donald Sutherland

La liste des vedettes hollywoodiennes avec lesquelles Erik Gosselin a travaillé comprend les Johnny Depp, Bruce Willis, Eddie Murphy, Halle Berry, Brendan Fraser, Brad Garrett... Le maquilleur compare sa relation avec les acteurs à celle d'un coiffeur avec les clients assis sur sa chaise.

Certains clients sont moins bavards que d'autres... David Bowie, par exemple, a gardé le plus grand silence pendant les nombreuses heures qu'Erik Gosselin a passées à le transformer pour la série The Hunger. «C'est la seule personne qui n'a pas dit un mot pendant que je le maquillais. Il était là pour travailler, c'est tout. Ce doit être une personne très secrète, très privée», analyse-t-il.

D'autres vedettes, par contre, se distinguent par leur gentillesse.

Le maquilleur garde un excellent souvenir de son travail avec Halle Berry pendant le tournage de Gothika à Montréal.

«Elle venait de gagner un Oscar, elle avait été désignée star la plus sexy, je me disais qu'elle serait sûrement une vedette à la tête enflée. Pas du tout! Pendant le tournage, elle divorçait, après avoir appris que son chum la trompait», se souvient Erik Gosselin, qui a partagé le quotidien et les confidences d'Halle Berry pendant deux mois.

«Mon fils Francis avait cinq ans à l'époque. Halle voulait que je l'amène sur le plateau, elle lui achetait des jouets!» raconte-t-il aussi.

Il se souvient également d'un tournage avec Brad Garrett, qui amenait son coiffeur et son maquilleur (lui!) dans les restaurants pendant le tournage de Gleason. Erik Gosselin a d'ailleurs reçu un prix (de la Hollywood Makeup & Hair Stylist Guild) pour son travail de vieillissement et de transformation du personnage incarné par Brad Garrett, dans ce film qui se déroule sur plusieurs années.

Erik Gosselin prend conscience des privilèges accordés par son travail dans certains moments. Comme lors d'un barbecue à la maison de Donald Sutherland en bordure du lac Memphrémagog. «Il a un domaine d'un kilomètre sur le bord du lac. Je mangeais mon steak en discutant en français avec Donald Sutherland, qui est marié avec une Québécoise, Francine...» 

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