Un couple normal!
Suzie Allen et Sean Rudman
L'histoire de Sean Rudman et Suzie Allen est belle et simple. Il n'y a peut-être que l'aspect biculturel de leur union et le petit côté marginal de leur profession qui les distinguent des autres couples dans la cinquantaine, mariés depuis près de 30 ans, parents de trois enfants, écoulant des jours paisibles à la campagne.
La Trifluvienne Suzie Allen et le Britannique Sean Rudman sont artistes en arts visuels. Ils travaillent chacun sur leur étage, dans l'atelier aménagé dans un bâtiment jouxtant leur maison centenaire dans un rang de Saint-Maurice. À l'étage, Sean Rudman peint, tandis qu'au rez-de-chaussée, son épouse s'adonne aussi à la peinture et à la gravure, entourée de plantes et de fleurs séchées.
Cette vision bucolique représente ce que dégagent les deux artistes, qui se sont rencontrés en septembre 1978 à Londres dans un cours de gravure pour adultes. Ils avaient tous deux complété leurs études respectives en art, mais continuaient d'élargir le spectre de leurs habiletés créatives.
Suzie Allen était à Londres depuis 1973. Après avoir perfectionné sa formation artistique, elle y était demeurée et y enseignait le français quand elle a rencontré son futur époux dans la classe de gravure. L'année suivante, Sean Rudman arrivait au Québec pour rejoindre Suzie Allen, qui était rentrée au pays. Le couple a vécu à Trois-Rivières et à Gentilly avant de s'établir à Saint-Maurice.
Le reste de leur vie ressemble à celle d'autres couples, avec quelques défis quand même. Ils ont élevé trois enfants. Leur aînée, qui aura bientôt 23 ans, est née avec la trisomie et un problème au coeur. Leurs deux fils de 21 et 19 ans complètent la famille.
Les Allen-Rudman ont vécu des revenus de leur art. M. Rudman enseigne et effectue aussi des travaux de traduction pour des catalogues d'expositions, par exemple. À moins d'exception, rares sont les peintres qui peuvent compter sur un revenu stable, régulier et garant de fortune.
«Nous avions une vieille auto, juste une... On a toujours fait attention à notre budget, on vivait assez sobrement», raconte Mme Allen en évoquant les années où les trois enfants étaient jeunes. «Par contre, on se gardait les moyens d'aller voir la mère de Sean en Europe».
Mais cette insécurité financière est compensée par les avantages de vivre de son art et de pouvoir travailler ensemble, pratiquement à même la maison. «Il y a un coté où c'est toujours instable. Mais j'apprécie la liberté, le fait de ne pas avoir de patron», affirme M. Rudman en parlant du métier d'artiste comme tel. Le fait de partager ce métier avec son épouse le réjouit aussi.
«C'est stimulant d'avoir l'autre personne qui travaille à côté. On se conseille, des fois. C'est utile», dit-il. «C'est rassurant de savoir que l'autre personne sait ce qu'on vit», ajoute sa femme. Le statut de travailleur autonome à la maison a aussi permis aux deux parents d'être présents à la maison pour les enfants.
Mme Allen fait même remarquer à son mari que les enfants ont influencé son travail. Il a représenté ses enfants à divers moments de leur vie, dont sa fille lors de son hospitalisation pour une importante chirurgie.
Ce couple est loin des clichés et stéréotypes d'artistes excentriques ou torturés, et ses deux moitiés s'admirent mutuellement. «J'apprécie son travail, sa passion pour la nature, sa délicatesse, sa sensibilité. Ces qualités artistiques débordent dans la vie quotidienne, dans le couple; elles font partie de l'artiste et de la femme», énumère Sean Rudman en parlant de son épouse.
«Moi aussi j'admire la qualité de son travail, sa passion pour l'art, sa rigueur dans son travail. Il est plein de talent et est un bon père de famille!» formule Mme Allen en décrivant son mari.
Antoine Bareil et Valérie Milot composent bien avec leur vie de musiciens classiques à la pige.
Photo: Sylvan Mayer
L'harmonie de deux surdoués
Le plan de Valérie Milot a fonctionné... La stratégie qu'elle avait trouvée pour se rapprocher d'Antoine Bareil lui a permis non seulement de développer un beau projet de duo harpe et violon (l'objectif officiel), mais aussi de conquérir celui avec qui elle partage sa vie depuis deux ans.
La harpiste et le violoniste forment un couple de surdoués de la musique, même si leur modestie modère notre admiration. À 23 ans, Valérie Milot a remporté une foule de prix prestigieux. Forte de son diplôme d'études supérieures au Conservatoire de musique de Trois-Rivières avec la mention Prix avec grande distinction à l'unanimité du jury, elle amorce une carrière déjà prometteuse.
Âgé de 28 ans, Antoine Bareil a également complété ses études supérieures au Conservatoire de Trois-Rivières en moins de temps que prévu, en obtenant la meilleure note (99 %) parmi tous les candidats de tous les conservatoires québécois, tous instruments confondus. Deux fois gagnant du premier prix dans sa catégorie au Concours de musique du Canada, il a aussi étudié deux ans à Salzbourg.
Donc, les deux musiciens se sont côtoyés au conservatoire, mais comme la différence d'âge influence et limite, même, les interrelations lorsqu'on est jeune adolescent, ce n'est qu'au début de la vingtaine que Valérie Milot a abordé Antoine Bareil, dont elle admirait le talent et le parcours.
«Je lui proposé de faire un duo violon et harpe. Mais c'était une sorte d'excuse pour l'approcher...» avoue la jeune femme. Le projet a pris forme et en décembre 2006, pendant le processus de création, Cupidon a fait son oeuvre.
Installés à Trois-Rivières, les deux artistes à la pige sillonnent la province au rythme des contrats. «On habite sur la 40!» rigole Antoine Bareil en faisant références aux multiples déplacements, surtout à Québec et à Montréal. La semaine dernière, il était à Gatineau lundi, à Montréal le lendemain et finissait la semaine à Sault-Sainte-Marie en Ontario. De son côté, parmi ses engagements, sa compagne enseigne au Conservatoire de Québec.
«Puisqu'on est tous les deux à la pige, nos horaires changent continuellement. On travaille beaucoup les fins de semaine. Le fait qu'on soit tous les deux dans ce contexte fait que c'est plus facile de comprendre pour l'autre», observe Antoine, ce à quoi Valérie renchérit: «Non seulement on comprend l'horaire de l'autre, mais il y a plein de choses qu'on n'a pas à expliquer de notre métier».
La harpiste apprécie aussi cette harmonie quand elle s'applique à leur travail en duo. «En situation de concert, on retrouve une grande complicité. Il y a un paquet de choses qu'Antoine comprend. Avant le concert, on n'a pas à discuter comme quand je travaille avec d'autres musiciens», témoigne-t-elle.
Dans une optique plus terre à terre, quand on est un jeune couple de pigistes aux carrières encore en essor, comment compose-t-on avec l'insécurité financière reliée au statut? «Moi, ça me plaît! Je choisis ça. J'ai plus peur de la routine que des changements!» répond Antoine Bareil, qui a toujours gagné sa vie avec son violon.
«C'est une question d'attitude. Il ne faut pas être passif. Il faut toujours avoir des projets», ajoute Valérie Milot, qui aspire à une carrière internationale.
Le couple semble heureux et épanoui.
«On est des bons vivants», affirme la harpiste. «On aime cuisiner. Pour se détendre, on se fait des bonnes bouffes», précise Antoine, assis dans le salon où est rangée sa collection de vinyles comprenant des albums des Beatles, de Michael Jackson (trois exemplaires de Thriller!) et de groupes rock et progressifs des années 1970.
Magali Lemieux et Philippe Bournival, en couple depuis 17 ans, sont parents de deux enfants de un et trois ans et forment le Duo Impromptu.
Photo: Sylvan Mayer
Duo dans la vie, duo sur scène
Comme dans un scénario de film ou d'émission pour ados, Philippe Bournival a invité Magali Lemieux au bal de finissants. Et comme le rêvent secrètement plusieurs jeunes filles, cette soirée magique fut le début d'une histoire d'amour qui dure encore, après 17 ans. Le parcours de ce duo dans la vie et sur la scène se joue sur fond musical.
Les deux adolescents ont commencé à se côtoyer en troisième secondaire dans le programme de musique de l'école Sainte-Ursule. Philippe jouait de la trompette dans l'harmonie, et Magali du piano. C'est toutefois à l'approche du bal de fin d'études que le jeune homme a manifesté son intérêt à celle qu'il allait épouser six ans plus tard.
Et pour dire à quel point la musique est liée à la vie du duo, Philippe a composé deux oeuvres spécialement pour la cérémonie de son mariage à Magali en 1998. Il faut dire que celui qui est entré au Conservatoire de musique de Trois-Rivières en trompette a bifurqué vers l'orgue, pour obtenir son diplôme d'études supérieures II dans cet instrument, avec un module de spécialité en écriture.
Aujourd'hui directeur musical du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, Philippe Bournival a toujours gagné sa vie avec la musique. Quant à Magali, après des études au Conservatoire en piano et en orgue, elle a étudié à l'Université du Québec à Trois-Rivières en enseignement et en musique. Elle y a complété une maîtrise en éducation en élaborant un programme d'éveil musical pour les enfants de trois à cinq ans.
En 2001, le couple a formé le Duo Impromptu. Magali, qui s'est perfectionnée en chant en privé, interprète les compositions du couple qui a fait paraître deux disques. Elle a donné naissance à Oscar en 2005 et à Florence en janvier 2008.
La trentenaire se décrit comme «une nomade dans l'âme» et se plaît dans le côté bohème associé à la vie d'artiste. La naissance des enfants a tout de même nécessité un ajustement, ce qui n'est pas exclusif aux couples d'artistes. Magali consacre trois jours par semaine à la gestion des affaires du duo et son mari incarne le «père au foyer» une journée par semaine. Avec l'aide de leurs parents, ils peuvent honorer leurs engagements les soirs et les fins de semaine.
La souplesse des horaires est à la fois un avantage et un inconvénient de la vie d'artiste... «C'est un choix de vie. Ça permet de travailler à la maison. Mais le petit désavantage est qu'on ne peut pas faire appel aux services de garde traditionnels. Nos parents sont très présents, heureusement», observe Magali.
Son époux corrobore: «L'avantage de la souplesse des horaires est que je peux pratiquer quand je veux. Le désavantage est que je travaille les dimanches et à des occasions comme Noël. Ça fait 17 ans que je ne vais pas aux partys de Noël familiaux. Mais quand tu es musicien, ça fait partie du choix».
Toutefois, les deux s'entendent pour dire qu'ils voient plus de bénéfices que d'irritants à leur vie de couple de musiciens. Magali rêve de voyager avec les enfants pour faire connaître la musique du Duo Impromptu et les talents d'organiste de son mari. Elle imagine la famille en tournée en Europe, ou dans une Westfalia sur les routes des États-Unis...










