Yves Beauchemin propose un tout autre univers avec Renard Bleu

En toute fantaisie

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Yves Beauchemin sera au Salon du livre de Trois-Rivières cet après-midi avec son dernier-né, Renard Bleu.

Photo: Krystine Buisson

Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Oubliez immédiatement Juliette Pomerleau, Charles le téméraire et ce fameux Matou. L'écrivain Yves Beauchemin propose un tout autre univers à son lectorat ces jours-ci avec Renard Bleu.

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Yves Beauchemin tente une incursion dans le monde adulte.

Photo: Krystine Buisson

Pour y adhérer, il faut savoir croire aux animaux qui parlent et qui s'immiscent au coeur de la société actuelle. Quitte à ce que ces colorés personnages croisent au passage les Conrad Black, Paul Desmarais, Jean Charest ou une horde de fonctionnaires.

Dans le tête du romancier Yves Beauchemin, Renard Bleu existe depuis près de 30 ans. Le petit animal a servi le père de famille au chalet d'Entrelacs, près de Rawdon, là où l'écrivain se transformait en conteur pour ses deux fils à l'heure du coucher.

«Je leur ai raconté ça pendant au moins deux ans, chaque soir, comme tout papa qui invente des histoires au fur et à mesure. Alexis croyait complètement en l'existence de Renard Bleu. Je me rappelle d'un après-midi du mois d'août où il l'appelait dans les bois. Il l'aimait tellement», raconte Yves Beauchemin.

Le fils a aujourd'hui 32 ans, il est désormais ingénieur et depuis plusieurs années, il taraude son père pour qu'il mette sur papier tout l'imaginaire qui a émerveillé son enfance. Cet univers peuplé par la famille de Renard Bleu mais aussi par Gustave l'ours, le Canard Athlète, Bruno le squelette et une  famille d'heureux fantômes.

Yves Beauchemin a acheté graduellement cette idée. Il imaginait alors une suite de 5 ou 6 romans jeunesse autour de Renard Bleu mais devant son éditeur, ses plans ont changé. Chez Fides, on acquiesçait bel et bien à cette nouvelle aventure, mais pas pour les enfants. On visait un plus large public, incluant le lectorat adulte. «J'étais songeur au départ mais je voyais aussi le défi...», souffle Beauchemin. «Il y avait du nouveau pour moi aussi là-dedans.»

Pour parvenir à donner un deuxième niveau à son histoire et pour intéresser l'adulte, Beauchemin n'a pas boudé son plaisir, en ajoutant à son univers des visages bien connus, d'où les hommes d'affaires et politiciens cités plus haut. Autant de personnages qui lui permettent de jeter un regard critique sur le Québec et sur les thèmes de la coupe à blanc, du fast-food et de l'éducation, entre autres.

Il se paye aussi une traite en taquinant ses collègues de l'Académie des lettres du Québec. Mais surtout, il fait place à une critique des intervenants du ministère de l'Éducation. «Je ne leur pardonne pas les générations d'analphabètes et d'amnésiques qu'ils nous ont laissées.»

Pour apprendre à ses enfants à écrire convenablement, Yves Beauchemin leur a servi lui-même une dictée chaque matin. «J'ai gagné beaucoup de concours d'impopularité avec ça, mais ils savent écrire aujourd'hui.»

Enfin, avec Renard Bleu, il se replonge dans les décors d'Entrelacs, de son Abitibi natal, de Montréal, de Québec et de Clova.

«Pour moi, c'était comme des vacances. J'avais un grand sentiment de liberté et je m'amusais à taquiner des gens ou des institutions qui existent mais avant tout, je voulais avoir une histoire passionnante et un bon suspense.»

Jusqu'à sa parution le mois dernier, Yves Beauchemin n'en a pas moins été un brin inquiet quant au lectorat qui serait interpellé. «C'est sûr qu'il va y avoir une différence. Le lecteur doit accepter de faire le saut dans le monde de la fantaisie, qui n'est tout de même pas si loin que ça du monde réel.»

En observant les ventes en librairie et le bon accueil qu'il reçoit, il est toutefois rassuré. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir drôlement hâte de rencontrer enfin ses vrais lecteurs aujourd'hui-même, au Salon du livre de Trois-Rivières. Il sera au stand #12 entre 16h45 et 17h45.

Ce dernier bouquin a occupé le quotidien d'Yves Beauchemin ces deux dernières années. Après la saga de Charles le téméraire, qui avait occupé ses années 2000 à 2006 pour livrer 1500 pages en trois tomes, il ne souhaitait pas se rembarquer dans un autre projet à long terme. Renard Bleu l'en a sauvé, quoiqu'aujourd'hui, il réalise qu'il pourrait fort bien créer une suite. Il a déjà une idée en tête, «mais ce n'est qu'un embryon», dit-il.

Urbain mais amoureux de la faune

Yves Beauchemin a beau se décrire comme un urbain d'abord et avant tout, il adore le monde des animaux, héritage de son enfance passée à Clova sans doute, dit-il.

«Je ne peux pas croiser un chien sur la rue sans aller lui jaser un peu et le flatter. J'ai même eu un raton laveur chez moi pendant un an. Il dormait à mes pieds pendant mes cours lorsque j'enseignais», sourit-il. «C'est passionnant à regarder, un raton laveur. Ça tourne les poignées de portes et ça ouvre les pots de confiture...»

À sa résidence de Longueuil, il ne peut se permettre maintenant autre chose qu'une chatte baptisée Fonzine Beauchemin, qui ne dort toutefois pas à ses pieds lorsqu'il écrit puisque M. Beauchemin n'écrit pas à la maison. Il s'est plutôt loué un local, à trois rues de chez lui. «Dans ce local, il n'y a même pas de téléphone. C'est un foutoir», rigole-t-il. «C'est rempli de curiosités que j'ai ramassées et d'images d'animaux sur les murs.»

Au quotidien, il s'y donne rendez-vous entre 10h30 et 18h30, histoire de pratiquer le métier qui le fait vivre depuis 1983. Au préalable, il a été recherchiste à Radio-Québec (Télé-Québec), éditeur et professeur de littérature sans jamais avoir fait de plans de vie mais aujourd'hui, il prédit que sa plume n'est pas près de se déposer. «J'ai beau avoir 67 ans, je ne me vois pas en train de jouer au golf.»

Et le plaisir d'écrire est intact. «Le plaisir, vraiment, c'est de créer, bâtir, construire. Quand j'ai écrit Charles le téméraire, je l'ai vu naître, je l'ai vu grandir, je l'ai connu adolescent, jeune homme, c'était comme mon troisième fils. Je le rencontrerais sur la rue que je ne serais pas si surpris que ça.»

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