Son huitième roman vient de gagner les tablettes ces jours-ci sous le titre évocateur Hell.com et prochainement, deux de ses précédents thrillers gagneront le grand écran. 5150 rue des Ormes prendra l'affiche le 9 octobre (avec Marc-André Grondin), suivi en février 2010 du long-métrage Les Sept jours du Talion (Claude Legault, Rémy Girard et Fanny Mallette).
«Ça va être une grande année, et tout ça n'était absolument pas calculé. C'est la bizarrerie du cinéma...» sourit Patrick Senécal. «Je me trouve très chanceux, extrêmement privilégié. Je peux vivre de ma plume, baigner dans la littérature et le cinéma, je ne peux vraiment pas me plaindre...»
Son ton est léger, joyeux, à l'opposé de l'esprit qu'il a adopté pour nous donner Hell.com, un roman diablement efficace, lire un aller direct dans l'enfer pour quiconque se laisse prendre au jeu de sa plume. L'écrivain est tout à fait conscient de l'effet qu'il produit avec son imaginaire sanglant. Lui s'en tire indemne.
Patrick Senécal a beau patauger dans cet univers noir foncé au quotidien, il n'est pas homme à se laisser imprégner par l'esprit glauque qu'il aime créer.
«Quand je ferme mon ordinateur, c'est fini. Je suis toujours content d'écrire un roman. C'est tellement épouvantable ce que j'écris que je me protège probablement. Et je suis toujours tellement dans la mécanique du suspense qu'il n'y a pas de place pour l'émotivité.»
Avec Hell.com, Patrick Senécal visite la torture en direct, les viols les plus sadiques, les supplices de tout acabit, bref il sonde les limites de l'être humain dans une réflexion peu banale.
«Si tout était possible, on irait jusqu'où avant d'y perdre notre âme?», suggère-t-il. Or l'auteur ne se défile pas. Il y répond. «Je suis un peu tanné de la vague: ?je ne pose que des questions mais je n'y réponds pas...? C'est un roman moral et je l'assume complètement. C'est trop extrême pour que ce soit neutre.»
Senécal a donc créé le personnage de Daniel Saul, un homme d'affaires qui possède fortune, intelligence, séduction et succès. Un homme blasé, qui ne trouve plus grand-chose pour le faire vibrer, jusqu'à ce qu'il rencontre Martin Charron, qui l'initiera à un site Internet «digne de sa caste», exclusif aux plus gros bonnets de la planète.
Tenté par l'avenue sexuelle au départ, le site éveillera toutefois en lui suffisamment de bas instincts pour poursuivre sa route vers des avenues de plus en plus sombres, ligne directe pour une chute vertigineuse. «Je cherchais à décrire cette espèce de recherche de plaisirs extrêmes de la part d'une élite blasée, à qui le monde appartient.»
Il a donc adopté Internet. «Je pense que tout existe sur Internet. Imaginez le pire, il peut s'y trouver. On sait déjà que la pédophilie existe, que des gens sont assez fous pour filmer des viols d'enfants, alors... J'ai donc imaginé une organisation qui regrouperait toutes ces folies-là», dit-il.
«L'enfer, on peut le créer. On a tous les moyens, toute la technologie pour le faire.»
Aujourd'hui, Patrick Senécal réalise que Hell.com se présente dans la continuité de son précédent roman Le Vide, qui baignait dans la téléréalité extrême.
«Plein de thèmes me sont revenus. Si on est dans une société tout croche, c'est nous qui en sommes responsables. Je me rends compte aujourd'hui que je suis très pessimiste envers la société, mais optimiste envers l'individu. Le Vide et Hell.com, ce sont des romans que je n'aurais pas eu la maturité d'écrire il y a 10 ou 12 ans.»
Autre thème récurrent, note-t-il, la relation père-enfant. «Je crois que j'essaie d'anticiper les erreurs que je ne voudrais pas faire plus tard», dit-il.
Trève d'analyse, un aspect qu'il laisse à sa conjointe, psychologue.
«Au début, elle trouvait bizarre que j'écrive tout cela mais elle a fini par conclure qu'il faut que je le fasse. Je ne suis pas en train de dire que je m'adonnerais à la torture si je n'écrivais pas, mais je sais que j'exorcise ma noirceur. Si je ne le faisais pas, je crois que je serais plus sombre, plus déprimé, moins joyeux et moins heureux.»?











