Plus profondément Québécois que jamais

  • Taille du texte
  • Imprimer
  • Envoyer

    Vous pouvez indiquer plusieurs adresses séparées par des virgules.

    Le commentaire peut contenir un maximum de 1500 caractères.

    Transfert des données
    Merci:

    Votre message a bien été envoyé!

    Pour envoyer à d'autres amis, cliquez ici

Sur le même thème

Marc-André Grondin      ... (Photo: François Gervais)

Agrandir

Marc-André Grondin

Photo: François Gervais

François Houde

François Houde
Le Nouvelliste

 Il aurait toutes les raisons d'être le plus prétentieux des acteurs québécois: un César en poche, quatre films tournés là-bas et un autre à venir, sept films ici, un Jutra pour son rôle dans C.R.A.Z.Y., un des films québécois les plus primés de l'histoire. Tout ça à 25 ans.

Il n'y a pourtant rien de spécial chez Marc-André Grondin si ce n'est sa casquette noire du Canadien qu'il porte au moment de l'entrevue et quelque chose dans le regard. Une lumière. Reste que c'est en parlant avec lui que ce qu'il a de spécial se révèle.

On comprend rapidement qu'il n'est en aucune façon récupéré par le cinéma français qu'il critique sans gêne. La crise d'identité? Connaît pas.

«En allant en Europe, j'ai compris combien je suis nord-américain. Je me suis aperçu que notre culture est fortement influencée par les anglo-saxons si bien que je me suis senti plus chez moi à Londres qu'à Paris. Moi, je suis nord-américain par le besoin que j'ai d'air, d'espace, d'arbres. À Paris, je me sens constamment oppressé: les rues sont petites, les trottoirs sont petits, les appartements sont petits, etc.»

«Je trouve que les Français sont très centrés sur eux-même et ils jugent beaucoup. Si bien qu'ils ont un fort sens de l'observation des humains et comme ils sont beaucoup dans la réflexion, ils peuvent faire un film complet autour d'un seul personnage qui parle constamment. Ils ont beau se donner une allure de démocrates revendicateurs sociaux, je les trouve très individualistes. Ça paraît dans le cinéma aussi sans compter qu'il est également très centré sur Paris.»

Selon lui, Le premier jour du reste de ma vie qui lui a valu le César du meilleur espoir masculin, a plusieurs caractéristiques qui le rapprochent d'un film nord-américain par le côté plus collectif qu'il évoque.

«On a, ici, un plus grand souci de naturel au cinéma qu'en France où on sent beaucoup la volonté des réalisateurs et scénaristes de faire quelque chose d'intellectuel. À ce qu'on me dit, je pense que c'est ce qu'ils apprécient dans mon jeu, le côté naturel que j'ai développé ici où on veut des personnages simples et crédibles. Ce qui est sûr, c'est que je travaille différemment des Français. Là-bas, il semble qu'ils n'apprennent pas leurs textes. J'arrive avec mes textes bien appris et ça les étonne.»

«Au Québec, on arrive bien à marier un très bon scénario, de super beaux personnages, bien écrits, avec une facture visuelle intéressante. Il y a une préoccupation égale pour les divers aspects. J'ai comme l'impression qu'en France, c'est souvent l'un ou l'autre: un scénario fort dans un contenant ordinaire ou un film visuellement sublime avec un scénario faible.»

L'art du non-dit

Le succès de Grondin est d'autant plus étonnant qu'il n'a pas, à proprement parler, de formation d'acteur. Seulement du talent et de l'expérience.

«J'ai été formé à la télé, j'ai fait énormément de téléromans. J'ai tellement mangé de club sandwiches de la cafétéria de Radio-Canada, tu n'as pas idée. J'ai aussi fait du cinéma assez jeune, au début des années 90 (il est né en 1984). J'ai fait quelques rôles mais je faisais plus de télé. Je n'ai pratiquement jamais joué au théâtre. Au secondaire, je m'intéressais plutôt à la photo. À un moment donné, on m'a demandé de jouer dans une pièce mais j'ai quitté la troupe tout de suite après. En vieillissant, j'ai découvert que c'est le cinéma qui m'intéresse. J'aime exprimer mes émotions dans la subtilité, le non-dit. Parfois, je suggère même de couper des dialogues au réalisateur, sachant que l'émotion va compenser pour ce qu'on ne dit pas.»

«C'est important de vivre les émotions que le personnage doit avoir mais je n'aime pas les imposer au public. Je cherche à jouer le moins possible pour arriver à passer le message, sachant que le spectateur va vivre l'émotion à sa façon qui est différente de celle de n'importe qui d'autre. On a tendance, je crois, à prendre les spectateurs pour des cons et à tout faire à leur place. On n'a pas besoin d'avoir une grande culture cinématographique pour sentir un film, le comprendre et avoir son propre jugement sur lui.»

Pour ce qui est de ses choix de comédien, l'acteur y va toujours par coups de coeur.

«Le cachet n'est pas un critère. Il y a bien des gens au Québec qui pensent que parce que je joue beaucoup en France, ils n'ont pas les moyens de m'avoir pour jouer dans leur film. Je n'ai jamais refusé un rôle à cause d'un cachet. Si un acteur refuse un rôle à cause du cachet, c'est qu'il ne tient pas vraiment à le faire.»

«Si j'ai dix scénarios à lire au cours du mois, il y en a peut-être deux qui vont retenir mon attention, que j'ai envie de relire. En fait, il faut que je me vois dans le rôle.» Son chiffre de dix scénarios est réaliste: certains mois, c'est ce qu'il reçoit.

«Il faut comprendre qu'il peut n'y en avoir aucun qui va se faire, par contre. En France, on ne se gêne pas pour envoyer un scénario à un comédien. Ici, on dirait que les scénaristes ont peur. Aux États-Unis aussi, on en envoie beaucoup. Si j'ai un coup de coeur pour le scénario, l'étape suivante, c'est d'avoir un coup de coeur pour le réalisateur.»

Il en a eu un, apparemment, pour Insoupçonnable, de Gabriel de Bomin, qu'il tournera dans les prochaines semaines en Europe avec Charles Berling et Laura Smet. Ensuite, retour au Québec pour les Fêtes et pas encore de projet concret pour 2010. Si ce n'est de suivre le Canadien.

publicité

la liste:246:liste;la boite:267:box

Aujourd'hui sur Lapresse.ca

Précédent

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Les plus populaires sur Auto

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

image title
Fermer