La blanche à la voix noire

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La chanteuse Nadja     ... (Photo: Sylvain Mayer)

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La chanteuse Nadja

Photo: Sylvain Mayer

Linda Corbo

Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ceux qui ne l'ont entendue qu'à la radio jusqu'à ce jour ont tout le loisir de croire que la chanteuse Nadja est une magnifique artiste noire qui trouve tout le soul de sa voix dans des origines qui baignent quelque part à Memphis ou en Nouvelle-Orléans.

Sauf que Nadja est une Tanguay de Saint-Méthode, au Lac-Saint-Jean. Une jeune femme vive qui, à 36 ans, peine à croire ce qui lui arrive depuis la sortie de son tout premier album éponyme.

À sa première semaine sur le marché, fin septembre, cet album s'est rapidement hissé au sommet des ventes anglophones au Québec.

Au moment de l'entrevue, Nadja avait toutefois perdu deux rangs. Devant elle, Madonna et Barbra Streisand. «Je peux comprendre...» blague-t-elle.

Sur les conseils de son producteur Mario Pelchat, Nadja a misé sur des reprises pour ce premier album, de Hound Dog (Elvis) à Who's Loving You (Jackson Five), en passant par Rescue Me (Aretha Franklin) et autres Me & Mr Jones.

Un choix de douze pièces qui plaît aux uns, moins aux autres, mais qui est tout à fait fidèle à son cheminement.

«Le rythm and blues a été ma base, mes racines musicales. Cette musique a été et est toujours mon plus grand amour, même si j'adore le jazz. Je suis contente pour un premier album de pouvoir présenter mon école.»

Son premier coup de coeur pour le R&B est survenu alors qu'elle n'avait que 11 ans, à l'écoute d'une cassette de Stevie Wonder. Cette voix a trouvé un écho peu commun chez elle.

«Et comme sur cette pochette il y avait une personne noire, j'ai vu un lien et je me suis mise à écouter tous les disques de Noirs...» sourit-elle. «

Ça s'est imprégné et ça a développé le son que j'ai aujourd'hui. Je n'ai jamais suivi de cours de chant. Ça a été ça, mon école.»

Aujourd'hui, elle constate avec ravissement à quel point toutes ces pièces rétros des années 60 trouvent preneurs alors qu'il y a quelques années encore, ce matériel aurait pu être considéré tout autrement.

Le temps est bon pour Nadja. «J'ai toujours fait cette musique, mais Amy Winehouse m'a rendue à la mode!» sourit-elle.

Conflit de valeurs

Ceci dit, loin des dédales d'Amy Winehouse en Grande-Bretagne, Nadja a baigné plutôt dans une famille de Témoins de Jéhovah, une religion qu'elle aimait beaucoup, qui correspondait à ses valeurs spirituelles mais qui ne pouvait pas lui permettre de chanter en public, notamment parce qu'elle interdit à ses membres de se glorifier ou de fréquenter des bars.

Quand, adolescente, elle a compris dans le regard des autres qu'elle possédait réellement une voix qui pouvait s'imposer, les conflits ont commencé à la gruger.

«Je voulais plaire à Dieu et être une bonne fille. J'étais toujours en conflit avec mon rêve. C'était une zone grise pour moi, mais grise très foncée.»

Nadja chantait parfois en cachette ici et là, avec la complicité de sa mère, mais a rapidement été ciblée par ses pairs. Si bien que lorsqu'elle a eu 20 ans, elle et toute sa famille ont fait le choix de quitter le mouvement, à défaut de quoi, elle aurait été exclue des siens.

Longtemps, la jeune femme a cru qu'elle retournerait chez les Témoins de Jéhovah un jour mais plusieurs recherches spirituelles plus tard, elle a révisé ses plans.

«Ce sont de très belles valeurs, mais aujourd'hui je suis en paix totale avec mes choix.»

Aujourd'hui, Nadja vit à Brossard, est mariée depuis neuf ans à un pianiste de jazz du New Jersey qu'elle a rencontré à Singapour, et est touchée de constater qu'elle peut rejoindre le public d'ici.

«On fait un album en souhaitant que ça arrive mais on n'ose jamais espérer que ça aille jusque-là. Ce qui arrive présentement me donne de l'essence, de l'ardeur. C'est un désir de travailler encore plus fort car il n'y a rien de gagné d'avance.»

Ce qui ne l'empêche pas de cultiver de beaux espoirs pour la suite des choses. Son prochain album pourrait bien être dans le même esprit.

«Le deuxième album va être basé beaucoup sur la réception de celui-ci.»

Or si elle optait pour une avenue francophone, elle choisirait sa deuxième passion, la grande chanson française. «J'aime ça, moi, les grandes chansons mélancoliques, les grandes ballades à faire pleurer...»

Enfin si elle demeurait dans le soul, mais avec des chansons originales, elle saurait à quelles portes aller cogner, dit-elle. «J'ai beaucoup de contacts aux États-Unis. Il faudrait aller voir dans ma banque d'amis...»

Six ans en Asie

Pendant six ans, entre ses 26 et 32 ans, Nadja a évolué dans des grands hôtels de luxe du continent asiatique en compagnie d'un band qui l'avait recrutée dans un bar de karaoké à Montréal.

Le groupe de six musiciens faisait la tournée des pianos-bars au sein de la Métropole avant d'opter pour l'Asie. Or ce qui devait être un intermède de six mois s'est finalement étiré à six ans.

Dans ce band de rythm' blues, Nadja partageait la scène avec un chanteur de Géorgie (Atlanta) et certains musiciens de Brooklyn.

«Sur les six, il y avait quatre Noirs et les Asiatiques tripent très fort sur les Noirs», rigole-t-elle.

«On changeait de pays à tous les trois mois. On avait tellement de contrats que les choses se sont enchaînées. Pendant des années, c'était le luxe total pour nous. Une vraie vie de princesse.»

Mais une vie éreintante tout de même, à raison de six spectacles par semaine. Si bien qu'à son retour au Québec, Nadja est demeurée neuf mois sans chanter.

Elle avait recommencé depuis peu quand, dans un bar où un artiste l'avait invitée en fin de soirée à monter sur scène, elle a entonné Georgia on My Mind, qui a trouvé écho dans la salle où se trouvait Mario Pelchat.

Le chanteur devenu producteur y était pour entendre un autre garçon, qui ne correspondait toutefois pas à ses aspirations artistiques.

En entendant Nadja, il a toutefois écarquillé les yeux et demandé qu'on la lui présente. La rencontre était aussi surprenante qu'inespérée.

Aujourd'hui, la chanteuse en est tout bonnement comblée. «C'est un homme extrêmement généreux et très simple. Un bon jack terre à terre...»

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