«Hurler, c'est comme un cri du coeur, un cri des tripes, qui vient d'en dedans», dit-il. «On fait de la musique avec cette énergie-là . On garde ça ben organique.»
Pour traduire ses intentions musicales dans un son qui lui ressemble, l'artiste de Saint-Élie a concocté le trio qu'il désirait en faisant appel à deux musiciens en qui il a pleine confiance. Simon Lepage, de Québec, et Simon Marion, de Saint-Côme, deux artistes qui partagent tout à fait sa passion musicale et qui ont partagé la réalisation de cet album.
Comme lui, les deux musiciens aiment puiser dans le passé pour le refaçonner au goût du jour, en enrobant les chansons traditionnelles d'atmosphères, le tout servi par des arrangements qui affectionnent les nuances.
À 20 ans, la musique représentait pour Nicolas Pellerin un trip de gang mais aujourd'hui qu'il frôle la trentaine, elle s'apparente davantage à un trip musical qui rejoint ses fibres plus profondes. Et c'est ce qu'il souhaite propager maintenant.
Pour les 12 titres de son album, le chanteur et violoneux a arrêté son choix sur des pièces coups de coeur dans les répertoires d'antan.
«Avant même le texte ou la mélodie, c'est la façon que le vieux chante sa chanson qui me rejoint. La chanson Beauclair (8e titre de l'album) était chantée par une dame âgée avec la petite voix qui shake. Juste à l'entendre, j'en avais des frissons. C'est cette émotion que je veux donner aux gens.»
Certaines ont été puisées dans les 911 chansons traditionnelles que Léo-Paul Landry, un homme de Mont-Carmel, avait données aux Pellerin. Une collection de pièces enregistrées entre 1961 et 1963 qui avait aussi constitué la banque de chansons dans laquelle Fred et lui avaient pigé il y a deux ans. Cette fois-ci, il en a retenu deux ou trois.
Nicolas Pellerin considère que Fred et lui ont puisé très jeunes aux sources mêmes de la tradition orale, dans la cuisine familiale, autour du paternel et de ses amis.
«Chez nous c'était comme un espèce de point de rassemblement. Mon père était ami avec les vieux du village. Ils se retrouvaient chez nous à se raconter des histoires. Au lieu de regarder la télé, Fred et moi, on allait s'asseoir dans la cuisine et on les écoutait. C'est peut-être de là cet espèce de respect et d'envie d'en savoir plus sur la tradition orale et sur le passé.»
Nicolas a trouvé son chemin à travers ses goûts musicaux. À l'adolescence, pendant que ses chums écoutaient Green Day, lui avait la tête aux Richard Desjardins, Raoul Duguay, La Bottine souriante et compagnie.
Avec Les langues fourchues d'abord, puis avec le Bébert Orchestra jusqu'à l'an dernier, il a approfondi ses goûts, en apprivoisant graduellement les airs irlandais, scandinaves, écossais ou bretons. «Ce qui me fait triper, c'est la musique des peuples.»
Pendant quatre ans en compagnie du Bébert Orchestra, il a visité l'Europe, les États-Unis et le Canada anglais.
«En musique traditionnelle, les tounes viennent toutes de la même place. On va s'asseoir avec une gang d'Irlandais, on va jouer avec eux un air et on a le même, à quelques notes près», dit-il. «Même si tu ne peux pas parler avec eux à cause de la langue, tu peux jouer les mêmes tounes.»
Sur ces routes, Nicolas Pellerin a vu comment en Europe, on est dépourvu de préjugés face à cette musique. «Ici, c'est encore difficile de sortir des préjugés», note-t-il.
«On a peur d'avoir l'air d'être refoulé sur des veilles affaires, je pense, mais d'après moi c'est tout le contraire. On est fier de ce qu'on a fait, on aime ce qui a été fait avant nous, on le reprend, on l'arrange et on le modernise avec ce qui existe en 2009. On est jute des passeurs.»
Ceci dit, au Québec, le trio est en train de se trouver une niche qui les ravit. Avec son trio, Nicolas Pellerin a déjà présenté une centaine de shows, plusieurs en première partie du spectacle de Fred Pellerin, mais aussi une autre trentaine d'autres seulement avec sa formation. Dans son agenda, il en compte une cinquantaine à venir, jusqu'en mai, dont Baie-du-Febvre (4 décembre), Shawinigan (18 février), La Tuque (19 février) et Trois-Rivières (25 mars).
«Je connais bien des groupes qui gagnent leur vie avec leur musique ailleurs mais qui ne peuvent pas faire plus de trois ou quatre shows au Québec», dit-il. «On est vraiment chanceux de pouvoir faire ça.»
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