Parfois, pour les comprendre encore davantage, elle va jusqu'à déborder de son texte en répétitions, en ajoutant à haute voix un sous-texte pour appuyer encore l'émotion qui y est reliée. C'est ainsi que chaque mot qui sort de sa bouche, le soir de la représentation, prend tout son sens et que son personnage revêt toute sa pertinence.
Son grand complice, le metteur en scène André Brassard, se plaît à nommer cette façon de travailler: la méthode Lafontaine. Même qu'il l'enseignait à ses étudiants l'École nationale de théâtre. Mais encore, Rita Lafontaine sait qu'un autre professeur enseigne aujourd'hui lui aussi ses trucs à l'UQAM.
Ceci dit, la vraie méthode Lafontaine, ce sont les étudiants de l'UQTR qui l'auront, puisqu'elle sera enseignée par l'auteure elle-même dès l'automne 2010 dans un tout nouveau «Certificat en interprétation théâtrale». Un certificat d'un an qui sera réservé à 30 élèves seulement, pour un maximum d'efficacité.
La comédienne n'en sera pas à ses premières armes comme professeure. Rita Lafontaine a dispensé des ateliers de théâtre dans son église de Ham-Sud en 2006, puis en 2007 à Montréal. Elle a aussi déjà donné des cours privés, sans compter sept semaines à l'École nationale de théâtre, où elle enseignait l'oeuvre de son autre acolyte de toujours, Michel Tremblay.
«J'adore enseigner, être en contact avec les gens qui s'intéressent aux grands auteurs, aux grandes pièces et à toute l'essence qu'on peut en tirer. Quand on essaie de comprendre les personnages, c'est l'humain qu'on étudie», dit-elle.
«Je trouve ça beau de voir travailler des comédiens, de voir l'intelligence et la passion qui se dégagent de tout ça.»
À Trois-Rivières, la perspective d'encadrer le tout dans un programme universitaire lui sourit d'autant plus qu'elle sera ainsi appelée à vivre trois jours par semaine dans sa ville natale, là où elle cultive de belles amitiés et retrouve sa parenté. «De me retrouver ici, dans mes pas de jeune fille, ça fait drôle et ça me réjouit en même temps.»
L'idée d'offrir un tel cours à Trois-Rivières lui est venue de son ami, l'artiste Jean Beaulieu, et tout s'est orchestré au cours de la dernière année pour concrétiser le tout. «C'est un beau rêve, un bel événement dans ma vie», dit-elle. «J'aime la vie parce qu'elle est pleine de surprises et quand elle sont bonnes, ça fait du bien...»
Un métier d'humilité
À Trois-Rivières, les élèves du nouveau programme apprendront une panoplie de notions, de l'histoire du théâtre jusqu'à la diction et le mouvement en passant par la représentation sur scène. En deuxième session, ils se produiront devant public à Trois-Rivières. Or dans ce cours, ils apprendront aussi l'humilité.
«J'ai appris que le métier de comédienne en est un d'humilité où il fait aimer et respecter les autres» dit-elle. «Dans mon métier, il y a souvent des comédiens et comédiennes qui ne sont pas simples. Chez ceux qui veulent apprendre, il y a une curiosité, une passion, et moins d'ego généralement.» Par ailleurs, l'apprentissage est parfois moins une affaire de talent que de confiance en soi, considère-t-elle.
Pour accéder au programme, les étudiants devront passer par une présélection, puis par une audition. Ceci dit, Rita Lafontaine estime qu'il n'y a pas d'âge pour s'y adonner. Le but de son programme n'est pas conçu spécifiquement pour diriger les étudiants vers une grande école de théâtre. «Peut-être que des gens de 50-60 ans aimeraient avoir la chance de jouer un tout petit rôle au cinéma... Ça en prend aussi.»
La comédienne a pour sa part débuté des cours de théâtre au deuxième étage de l'édifice qui abrite aujourd'hui le Café Morgane, coin Royale et des Forges, avec George Carrère, puis à Montréal auprès de l'acteur Paul Hébert, et enfin avec Paul Buissonneault, à l'Université de Montréal, où elle était secrétaire. C'est là qu'en juin 1964, elle est montée sur scène et qu'André Brassard l'a remarquée. En septembre 1964, elle rencontrait Michel Tremblay. On connaît la suite.
«Des fois, si on n'a pas la volonté féroce de réussir, on dirait que ça dégage une espèce de liberté. Prenez Fred Pellerin», donne-t-elle en exemple. «Il a commencé sans savoir où ça le mènerait. C'est souvent comme ça que ça arrive....»
L'enseignement, en marge de la scène et du cinéma
Si on la voit moins ces temps-ci au petit écran, Rita Lafontaine est passablement occupée sur scène. En 2006 et 2007, c'est la pièce Oscar et la dame rose, d'Éric-Emmanuel Schmitt, qui lui a fait faire le tour de la province. Depuis août 2008, ce sont les mots de Michel Tremblay qui l'occupent avec la pièce Le paradis à la fin de vos jours.
Le 1er avril prochain, elle terminera sa tournée au bout de 89 représentations en un an et demi. Or le 30 mars, elle a rendez-vous avec Trois-Rivières et son trac n'en sera que plus grand, dit-elle. Car il est toujours là, peu importe l'expérience. «Le trac en fait, c'est de vouloir toujours bien faire, être impeccable, ne pas décevoir. Quand je joue à Trois-Rivières, il y a beaucoup de gens que je connais dans la salle...»
Jusqu'en juin, la préparation de ses cours et la sélection des étudiants occuperont son agenda, sans compter que cet été, il est possible qu'elle soit en tournage pour la suite du film familial Noémie.
Au cinéma, c'est toutefois dans le premier film du réalisateur Michel Monty qu'on la verra tout d'abord, possiblement à l'automne, sous le titre Cent milliards de neurones. Elle y sera entourée de François Papineau, Julie Le Breton, Raymond Cloutier et Charles-Antoine Perreault, un jeune homme qu'elle a trouvé admirable sur le plateau.
Le garçon incarne un enfant qui a perdu son père et qui tentera de le remplacer et d'honorer sa mémoire jusqu'à s'en faire une obsession. Rita Lafontaine incarnera sa grand-mère. Le tout est filmé dans le contexte de l'année 1964, avec les costumes de l'époque. «Ça m'a fait revivre de bien belles choses...»











