L'habit ne fait pas le moine, mais la coupe Mohawk, la boucle d'oreille, le T-shirt noir moulant les muscles, et son escorte de sbires ne donnent en effet pas envie de le croiser dans une ruelle. Il est intimidant. Même sans le chercher.
Mais sa candeur le rend presque sympathique, tant il démontre par ses propos exactement ce qu'il tente de nier: il faut enquêter et assainir le monde de la construction.
Il commence: «On était une gang de chums, on s'est monté un exécutif». Dans un syndicat démocratique, un exécutif est élu par les membres, pas monté entre amis!
Ça parle fort
Des entrepreneurs d'ailleurs sont arrivés sur la Côte-Nord avec leurs employés: «On les a invités à quitter». Comment? «On l'a trouvé le bobo. On a fait la job que le gouvernement a pas été capable de faire. On s'est organisé, laissez-nous donc tranquilles». Organisé pour que les indésirables décampent, et que les entreprises lui confient l'embauche, ce qui leur garantit «le service après-vente» ... Sans intimidation?
Il raconte qu'un entrepreneur qui a engagé lui-même, sans son aide, s'est retrouvé avec une manif, obligé de battre en retraite. «Ça parle fort, c'est normal». Non, M. Gauthier, en 2010, ce n'est pas normal de crier et de sacrer dans un milieu respectueux.
Il ajoute: «On a donné des coups de main à bien du monde ici autant dans le milieu politique qu'économique». Il pointe la députée, trop frileuse pour le défendre. Quels services? Ça sonne comme un rappel d'ascenseur... un brin intimidant.
Mais il a raison sur une chose, M. Gauthier: les grands chantiers dans les régions devraient embaucher prioritairement dans ces régions. Or, il faut toujours rouler des biceps pour ça. Alors, faute de système officiel et neutre, les entrepreneurs achètent la paix à des «Rambos» locaux. Dans tout autre domaine que la construction, l'embauche, c'est le job du patron, pas du syndicat!
Rappelez-vous le chantier d'Alcan à Alma: la partie de bras de fer entre syndiqués de la construction et Béton Préfabriqué du Lac, les billets de mystérieux moitié-moitié vendus par un agent syndical à qui nul n'osait dire non, les chicanes entre corps de métier qui paralysaient sporadiquement les travaux.
À la tête
L'ancien directeur de la FTQ, Jocelyn Dupuis, gratifié de 140 000$ de prime de retraite après avoir été pincé pour des comptes de dépenses frauduleux, sera enfin inculpé. Richard Goyette, le successeur et protégé de M Dupuis, n'a pas convaincu en distribuant les menaces de poursuites en conférence de presse lundi.
Récemment, on apprenait que tout l'establishment de la Commission de la construction du Québec a participé au tournoi de golf de la FTQ-Construction... La même CCQ semble jusqu'ici avoir pris relax les plaintes touchant la Côte-Nord. Quatre inspecteurs viennent à peine d'y être dépêchés. Pourtant, certaines plaintes remontent à plusieurs mois. «Rambo» admet: «Des plaintes, ça fait six ans que j'en ai, parce que je dérange».
Le gouvernement est pathétique: il ordonne à la police d'enquêter sur les allégations des médias, soudain investis du rôle d'une commission d'enquête! Il prétend extirper les pommes pourries du système; mais quand il produit à répétition des fruits avariés, c'est l'arbre qu'il faut soigner...
Des agents d'affaires qui en mènent large, des dirigeants syndicaux qui roulent grand train et frayent avec les entrepreneurs et les politiciens, un organisme de contrôle qui copine ses surveillés... Il y avait de ça dans la Commission Cliche en 1975, avec plus de violence, et un saccage...









