Jeannine Tremblay conseillère à Mashteuiatsh, Gilles Potvin maire de Saint-Félicien et Jacques Asselin maire de La Doré en avait plein leur « casque « après avoir planté des pins gris pendant trois heures, vendredi dernier. Vidés, ils n'avaient que des bons mots pour ces « négligés » de travailleurs forestiers.
« C'est une job extrême! C'est très difficile, je ne pensais pas que c'était si dur. On saisit mieux l'importance de leur travail dans la chaîne de l'industrie forestière. Ils sont drôlement importants et doivent être mieux reconnus pour leur grande valeur. C'est un métier à valoriser », a commenté Gilles Potvin après avoir enfilé un sandwich assis sur les caissettes qu'il a vidées. Ce dernier a mis en terre 270 arbres à 9,5 cents du plant, ce qui lui aurait rapporté 25,65$.
Jacques Asselin compare presque ce travail aux planteurs de cannes à sucre. « C'est probablement aussi difficile. S'ils ne sont pas là, la forêt se régénère moins vite. Ils sont d'une importance capitale, mais ils travaillent dans des conditions difficiles. Le terrain est accidenté, il faut s'y reprendre à six fois pour percer à la bonne place. Ça prend du jugement et il faut être un athlète. Je leur lève mon chapeau», a-t-il lancé visiblement exténué par l'exercice. Lui aussi a planté 270 arbres.
Jeannine Tremblay a vu cette expérience avec philosophie, alors qu'elle n'a semé que 90 arbres. «C'est vraiment trop dur. J'ai plutôt pris mon temps en me disant que c'est de la vie qu'on met en terre pour le bien des générations futures. Les reboiseurs font un noble métier», a-t-elle témoigné.
Chaque «Reboiseur d'un jour» était accompagné d'un planteur expérimenté qui enseignait les rudiments du métier. Ces planteurs ont accepté d'offrir leur temps bénévolement pour l'organisme Reboiseur d'un Jour.
Les élus ont vécu une journée dans la vie d'un reboiseur. Ils ont dû se lever tôt pour être à La Doré à 6h du matin. Ensuite, un voyage d'autobus scolaire de 90 minutes pour se rendre près du lac Chapeau au kilomètre 77 du Chemin de la Branche Ouest. Un secteur de reboisement effectué par la Coopérative de solidarité de la rivière Aux-Saumons de La Doré.
L'initiateur de cette journée, Guillaume Maziade était très satisfait des résultats obtenus. Cette expérience modeste prendra plus d'ampleur l'an prochain et servira à financer « Reboiseur du monde « un organisme qui réalise des projets en Afrique et en Haïti. Gilles Potvin propose qu'une municipalité par année y participe pour saisir toute l'importance de ce métier. Les « Reboiseurs d'un jour » pourraient se trouver des commanditaires qui donneraient un montant pour chaque arbre planté.
Vécu de l'intérieur
Le journaliste du Quotidien a aussi vécu l'expérience. Grâce à une forme relativement bonne, il a planté 495 arbres, loin de ce que peut faire un reboiseur en trois heures. J'ai été bien guidé par Fanny Bard, cette enseignante du collège de Saint-Félicien a fait ce travail pendant cinq étés. Elle est loin d'avoir perdu son tour de main. Ses trucs m'ont permis d'être plus efficace. Après ces trois heures bien remplies, j'avais amassé une somme de 47$ et une belle lourdeur dans les jambes. Au bout de la journée, si j'avais gardé la même cadence, j'aurais récolté un gros 94$, pour une journée de six heures de travail et trois heures de transport, l'équivalent du salaire minimum.
La besogne est loin d'être facile. Le terrain était rocailleux et en légère pente. Il y a pire selon les planteurs. Malgré un rythme soutenu, il fallait prendre le temps de bien faire le trou, placer le plan et bien le rechausser. Il faut suivre les sillons creusés lors de la scarification du terrain. Impossible de tricher, un technicien s'assure que les plants sont bien en terre.
Le visage dégoulinant de sueur, les mouches noires et les «frappe-à-bord» en orbite autour de la tête, je me disais qu'il y a bien peu de gens qui accepteraient de travailler dans de telles conditions. Il faut se plier des centaines de fois tout en traînant une cargaison d'arbres pesant une trentaine de livres.
À quelques reprises, j'ai eu l'«agréable surprise» de frapper de la roche cachée sous l'humus avec mon manche à planter; un choc désagréable qui vibre jusque dans l'épaule.
Le reboiseur est donc condamné à performer s'il veut faire de l'argent. Les élus et moi en avons fait le dur constat.
lpotvin@lequotidien.com
À la une
Jacques Asselin a réduit la cadence, la difficulté du travail l'a rattrapé. Il a apprécié le support fourni par le reboiseur Dave Gagnon.











